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4 septembre 2017 - 17:09 | Mis à jour : 17:54

LE SAVIEZ-VOUS ? Connaissez-vous l’origine de la fête du Travail au Canada ?

Par Stéphane Quintin, Journaliste

Contrairement à la plupart des pays dans le monde, et notamment aux Européens, qui ont instauré un jour de congé le 1er mai pour célébrer la Journée internationale des travailleurs, la fête légale du Travail, en Amérique du Nord, est célébrée le premier lundi de septembre. Connaissez-vous la signification originelle de cette journée et les raisons qui ont motivé le choix de cette date ?

Selon un article de l’historien Jacques Rouillard, paru en 2010 dans la Revue d’histoire de l’Amérique française, la tradition remonterait au début des années 1880. « Cette fête a perdu énormément de lustre au cours des dernières décennies et les démonstrations se font de plus en plus rares dans les villes en Amérique du Nord. Il fut pourtant une époque où des milliers de travailleurs et travailleuses syndiqués défilaient dans les rues de nombreuses villes pour marquer leur force et leur solidarité », explique l’universitaire de Montréal. « De nos jours, rien ne vient marquer cette prétendue fête du premier lundi de septembre. Elle est une journée de congé chômée voulant commémorer le travail, mais elle a perdu toute sa signification originelle pour se transformer en borne symbolique, marquant la fin de l’été et des vacances et le début de l’automne avec la rentrée scolaire et le retour plein et entier au travail », précise le chercheur dans son article.

Les origines américaines de la fête du Travail

L’initiative de cette journée de congé provient des États-Unis. Dans un contexte de développement du capitalisme industriel et d’avènement de la classe ouvrière, près de 15 000 travailleurs syndiqués ont défilé à New York en 1882 devant une foule estimée à 250 000 personnes. L’objectif consistait à consacrer une journée pour honorer les travailleurs syndiqués de la ville afin de montrer leur force et leur solidarité. La date du premier lundi de septembre a été retenue non pas pour commémorer un évènement particulier mais parce qu’elle se situe à peu près entre le 4 juillet, chômé aux États-Unis, et Thanksgiving. L’idée se développe alors et la fête est célébrée dans 400 villes américaines en 1889. Le président américain consent à institutionnaliser la date en 1894, année des émeutes ayant suivi la Grève Pullman à Chicago.

Une fête populaire au Québec pendant près de 50 ans

Inspirée par les Américains, une célébration équivalente voit le jour avec éclat en 1886 à Montréal, donnant lieu à un important défilé renouvelé jusqu’en 1952 et organisé par le Conseil des métiers et du travail de Montréal. Selon l’historien, « cette célébration avait une ampleur considérable, dépassant toute autre manifestation publique à l’occasion d’une fête civique, y compris la fête des Canadiens français, le jour de la Saint-Jean-Baptiste. C’était le défilé annuel structuré le plus imposant de l’histoire du Québec en termes de participation au cortège, à tout le moins jusqu’à la Seconde guerre mondiale. En occupant collectivement un espace public, les syndiqués veulent manifester symboliquement la fierté de leur travail, la force du syndicalisme et leur identité comme classe sociale ». La même année que les Américains, en 1894, le gouvernement fédéral du Canada a fait du premier lundi de septembre un jour férié, le 4e à l’époque, avec trois autres fêtes chômées non religieuses : le Jour de l’An, le jour de la Confédération et la fête de la reine Victoria. Quant au gouvernement du Québec, il a légalisé la fête en 1899. C’est de cette époque que les commissions scolaires ont pris l’habitude de retarder le début de la rentrée au lendemain de la fête du Travail.

Une manifestation récupérée par la religion

Ne commémorant pas un évènement dramatique comme le 1er mai, l’objectif de la fête du Travail américaine est alors de « célébrer une identité sociale, celle des travailleurs salariés, une classe sociale en pleine expansion à la fin du XIXe siècle, (…) de glorifier le rôle joué dans la société par la classe ouvrière, pour reconnaître la part importante qu’elle prend dans la marche en avant du progrès et de la civilisation », rappelle Jacques Rouillard dans son article. Le succès de la fête amène certains groupes sociaux à récupérer la signification de la manifestation. C’est ainsi qu’au Québec, la religion catholique a tenté de s’approprier cette journée afin de donner aux travailleurs un modèle pieux à travers la figure de Saint-Joseph, le saint patron des travailleurs. La sacralisation de la fête et sa dimension pieuse sont ainsi accentuées chaque année pour trouver leur point culminant à l’époque de Duplessis, qui n’a pas hésité à marginaliser davantage la participation syndicale au traditionnel défilé de Montréal. Ce dernier se trouve accompagné dorénavant par des messes solennelles présentant le travail comme un devoir presque sacré, les travailleurs étant invités à venir présenter leurs outils aux prêtres pour les faire bénir.

Pourquoi le refus de célébrer le 1er mai ? 

Célébrée ailleurs dans le monde, la Journée internationale des travailleurs du 1er mai a été instaurée par la IIe Internationale socialiste à Paris en 1889, à l’occasion du centenaire de la Révolution française et de l’exposition universelle. Cette journée a été choisie pour rappeler la lutte aux États-Unis pour la journée de travail de huit heures ayant mené au Massacre de Haymarket Square en 1886, à Chicago, et à la condamnation injuste à la pendaison de plusieurs meneurs anarchistes. « Fait assez paradoxal, c’est donc en référence à un évènement qui est survenu aux États-Unis que cette date est choisie mais les syndicats états-uniens vont ignorer cette célébration car ils ont déjà leur fête du Travail », explique le chercheur de l’université de Montréal. La crainte de la tradition radicale européenne et du bouleversement de l’ordre social connu en Europe a ainsi poussé les syndicats américains à préférer le premier lundi de septembre à la date du 1er mai, considérée comme une manifestation socialiste quasi menaçante.

Une fête populaire tombée dans l’oubli

Ayant réuni pendant des dizaines d’années des milliers de travailleurs dans des cortèges impressionnants très suivis par la population, la fête du Travail canadienne est finalement devenue « une fête sans fête » en 1953, date de l’abandon du traditionnel défilé dans les rues de Montréal, de sorte que le premier lundi de septembre s'est transformé en un simple jour de congé dont la signification s’est perdue. Le samedi devenant chômé après la guerre, le choix du lundi pour marquer la fête du Travail a ainsi fourni aux travailleurs d’Amérique du Nord la possibilité de prendre trois jours de vacances, d’où la désaffection progressive des syndiqués dans le cortège. Dans le contexte de l’avènement de la société de consommation, ce congé devient alors davantage « un moment de détente et de loisirs privés plutôt qu’une occasion de solidarité ouvrière dans un espace public ».

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