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Internet haute vitesse: De l'excitation à la queue de poisson

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1 juillet 2010
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Lettre ouverte à Tony Clement, ministre d'Industrie Canada, Christian Paradis, ministre des ressources naturelles du Canada et  Laurent Lessard, ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du Territoire du Québec.

Au début de l'année 2009, Nathalie Normandeau, alors ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire (MAMROT), informe la population du Québec qu'un montant de 24 millions $ réparti sur 5 ans a été prévu au budget dans le cadre du programme 'Communautés rurales branchées'. Au cours des mois qui ont suivi cette annonce, quatre coopératives de la MRC du Granit s'activent afin de répondre à la demande d'aide financière leur permettant de couvrir 10 municipalités du Granit et une onzième située dans la MRC du Haut-Saint-François.

Compte tenu de l'environnement qui caractérise la région à desservir (montagnes et végétation dense) et afin de répondre aux objectifs du programme identifiés en page 4 du Guide de demande financière: 'Le programme vise à appuyer les projets collectifs qui proposent aux particuliers, aux organismes et aux entreprises en milieu rural un service IHV de qualité analogue et à un coût comparable au service offert en milieu urbain', les spécialistes de la MRC du Granit procèdent à une analyse exhaustive des caractéristiques techniques de chaque technologie disponible et viennent à la conclusion que celle par fibre optique est d'emblée la plus appropriée. La fibre optique offre à la fois une grande capacité de téléchargement aval et amont, la possibilité d'offrir la télé numérique et la téléphonie tout en étant une assurance de pérennité. Sur le plan technique, elle devait permettre aux coopératives d'assurer aux membres un service Internet identique à celui des villes ou villages déjà branchés par câble. Sur le plan financier, la formule Coopérative devenait un gage d'implication du milieu tout en gardant le prix des forfaits mensuels à un niveau comparable à celui des villes. Les trop-perçus devaient retourner aux membres sous forme de mise à niveau du système ou encore de ristournes. Les 4 Coopératives adoptent avec enthousiasme cette approche et font les recherches nécessaires pour préparer une demande d'aide financière conformément aux exigences du MAMROT. La dernière est déposée le 21 septembre 2009.

Le 30 juillet 2009, le premier ministre canadien, M. Steven Harper, dévoile dans la municipalité d'Adstock le programme élaboré par Large Bande Canada 'Un milieu rural branché' en vue de fournir Internet haute vitesse aux laissés pour compte par les entreprises privées. Le montant du programme s'élève à 225 millions $ et les entreprises sont invitées à remplir un cahier des charges pour le moins complexe. Les 4 coopératives se remettent à la tâche, rencontrent toutes les exigences d'Industrie Canada et déposent, à la date butoir du 23 octobre 2009, le document d'appel d'offres. Au total, 2000 heures de bénévolat consacrées par les administrateurs de la Coop de solidarité des Appalaches à la mise sur pied de la Coop, aux séances d'information dans les diverses municipalités, aux vérifications de terrain pour valider nos recherches et à la préparation des demandes d'aide financière.

C'est alors que commence la joute politique. Les deux gouvernements doivent arrimer leurs programmes respectifs. Étant donné qu'une bonne partie du budget provincial a déjà été alloué à divers organismes (MRC, municipalités), on commence à gratter les fonds de tiroir. Le gouvernement du Québec se blottit sous la feuille d'érable et confie au fédéral toutes les décisions dont on connaît maintenant la teneur. Le dimanche 9 mai dernier (jour de la fête des Mères), le fédéral confie à Barrett Xplore, une firme du Nouveau-Brunswick, le soin de brancher la région qui nous concerne. Comme solution, on ne pouvait trouver pire. Leur système hybride combine tours micro-ondes et satellite. Dans le cas des micro-ondes, il doit y avoir une vue directe entre la tour principale et le récepteur du client. Et la topographie et la végétation dans tout cela? Dans le cas du satellite, la coupole ne peut souffrir d'obstructions et le système est sujet aux caprices météorologiques - orages saisonniers, tempêtes de neige et adieu la communication. Ainsi donc, 'notre' lieutenant au Québec et député de Mégantic-L'Érable, Christian Paradis, n'a pas su convaincre le ministre Tony Clement d'Industrie Canada que la décision de Large Bande Canada était inacceptable dans une région comme la nôtre. Nous n'oublierons pas sitôt sa déclaration inappropriée et digne de mention: 'J'ai entendu un commentaire voulant que certaines personnes avaient un projet de coop pour exécuter ces travaux. Je peux comprendre ça sauf que ce que l'on veut offrir, ce sont des services durables avec des prix compétitifs'. Pendant ce temps, 'notre' ministre du MAMROT et député de Frontenac, Laurent Lessard, permettait à une société du Nouveau-Brunswick de s'installer allègrement au Québec et d'offrir à ses gens une technologie déficiente dont le maximum de téléchargement est plus de 4 fois inférieur à celui de la fibre optique alors que son propre ministère exigeait un service de qualité analogue à celui des villes.

Nous en sommes là et je vous fais grâce de commenter la décision du CRTC d'octroyer aux Bell et Telus de ce monde une hausse de plus de 500 % pour la location des poteaux d'accrochage rétroactive en juillet 2009. Bref, nous avons été manipulés par nos gouvernements qui sont toute oreille aux doléances des grosses firmes privées. Nous avons tout fait pour faire comprendre aux instances politiques l'importance que revêt l'économie sociale. Certes le coût initial d'implantation des infrastructures était plus élevé. Avec un minimum de vision, nos chers élus auraient dû considérer les économies réalisées par chaque foyer québécois (de 750 $ à 900 $/année) sur le tarif mensuel combiné i.e. vrai Internet haute vitesse, télé numérique et téléphonie, et ce, pour des années à venir.

Excitation au début, queue de poisson à la fin. Ce texte est probablement le dernier publié par la Coop de solidarité des Appalaches. Nous n'avons d'autre choix que de dissoudre la Coop et de rencontrer notre première obligation qui est celle de rembourser nos membres auxquels je demande de transmettre leurs remerciements à M. Clement, M. Paradis et M. Lessard.

Jacques Bureau
Président
Coop de solidarité des Appalaches

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