Environnement

À Saint-Georges, Viridis et la RICBS s'associent pour récupérer plus de matières organiques

Sans installer de nouveau sac

Germain Chartier

Comment récupérer davantage de résidus alimentaires sans ajouter une troisième collecte ni un troisième bac ? C'est le défi auquel répondent Viridis Environnement et la Régie intermunicipale du comté de Beauce-Sud (RICBS), qui ont dévoilé ce mercredi 3 septembre, lors d'une conférence de presse à Saint-Georges, une entente à long terme visant à détourner davantage de matières organiques de l'enfouissement.

« Depuis plus de 40 ans, la régie municipale accompagne les municipalités de son territoire dans la gestion responsable des matières résiduelles. Il faut trouver des façons d'améliorer nos pratiques pour détourner davantage de matière de l'enfouissement, et ce, de façon responsable, tant sur le plan environnemental que financier », a expliqué le directeur général et secrétaire-trésorier de la RICBS, Éric Maheux, en ouverture.

Après plusieurs mois d'analyse, la régie a retenu l'offre de Viridis Environnement, une entreprise québécoise spécialisée dans la valorisation des matières organiques.

Un même bac, un tri robotisé

Le principe retenu ne changera rien aux habitudes des citoyens en apparence. Les résidus alimentaires seront simplement déposés dans des sacs de couleur identifiables, puis placés dans le bac à ordures habituel, sans collecte ni bac supplémentaire.

« Même la meilleure des technologies ne vaut rien si les citoyens ne l'utilisent pas, a fait valoir le président de la RICBS, Jean-Pierre Fortier, qui a tenu à désamorcer d'emblée une inquiétude anticipée. Oui, cette solution utilise des sacs de plastique, mais non, elle n'augmentera pas la quantité de sacs utilisés par chaque ménage. Les sacs de couleur remplaceront simplement une partie des sacs à ordures déjà utilisés. »

Le tri se fera après la collecte, dans de nouvelles installations aménagées sur le site de la RICBS à Saint-Côme-Linière, où sera implanté un procédé baptisé TRIOM. Selon François Léveillée, directeur principal développement pour Viridis, un premier tri mécanique permettra d'abord de retirer les matériaux de construction ou les résidus domestiques dangereux.

Des robots dotés d'intelligence artificielle, développés avec un partenaire de Trois-Rivières, prendront ensuite le relais pour repérer et extraire les sacs de matière organique du reste du flux de déchets. « Le fonctionnement sur le site est relativement simple. On reçoit les camions de collecte, on identifie les sacs de matière organique, puis on les sort de la ligne », a-t-il résumé.

Une fois isolés, ces sacs sont ouverts et leur contenu transformé en une bio-pulpe, une matière semblable à une soupe épaisse, qui n'a pas vocation à devenir du compost. « Ça ne servira pas à faire du compost. C'est une soupe, mais elle a des caractéristiques vraiment intéressantes pour produire du biogaz », a précisé François Léveillée. Cette bio-pulpe est ensuite acheminée vers un site de biométhanisation, où elle est transformée en gaz naturel renouvelable injecté dans le réseau gazier, ainsi qu'en amendements organiques destinés aux terres agricoles.

Un enjeu de taille dans les bacs noirs

Pour la RICBS, l'intérêt de cette approche dépasse la seule commodité pour les citoyens. Jean-Pierre Fortier a rappelé que chaque tonne de résidus alimentaires détournée de l'enfouissement est une tonne qui ne produira plus de gaz à effet de serre sur le site. François Léveillée a précisé l'ampleur du problème actuel : dans la région, la matière organique représente à elle seule plus de la moitié du poids d'un bac à ordures noir.

En misant sur les infrastructures de collecte existantes plutôt que sur un troisième bac, l'entente évite aussi l'ajout de camionnage et de coûts d'exploitation supplémentaires sur un territoire aux distances importantes. « Cet investissement est judicieux et permettra d'obtenir des bénéfices durables pour notre collectivité », a conclu Jean-Pierre Fortier, remerciant les élus des municipalités membres de la régie.

Mais comment fonctionne la biométhanisation ?

Une fois triée, la bio-pulpe issue des résidus alimentaires beaucerons prend le chemin d'une usine de biométhanisation, où elle sera mélangée à du fumier, du lisier et des résidus agroalimentaires avant d'être fermentée pendant 60 jours dans d'immenses cuves. « C'est les bactéries naturelles présentes dans l'environnement qui vont manger la matière organique, la dégrader et fabriquer du méthane. C'est du gaz naturel, sauf que c'est un méthane à circuit court, qui n'a pas d'impact carbone », explique Simon Naylor, président de Keridis Bioénergie, une entreprise spécialisée dans ce procédé encore méconnu au Québec.

Le méthane ainsi produit est nettoyé, puis injecté dans le réseau gazier et vendu sur de longs contrats. L'autre résidu du procédé, le digestat, retourne quant à lui aux agriculteurs qui ont fourni le fumier, sous forme d'engrais. « Ça permet de diminuer beaucoup le niveau d'odeur et le niveau de bactéries pathogènes dans les fumiers », précise Simon Naylor, qui évoque des baisses de facture d'engrais chimique de l'ordre de 20 à 30 % chez les producteurs français qui utilisent déjà ce type de digestat depuis plusieurs années.

Le Québec accuse toutefois un retard important sur l'Europe, où l'on compte environ 1 500 usines de biométhanisation, contre une poignée dans la province. Le gouvernement québécois vise une cible de 10 % de gaz de sources renouvelables injecté dans le réseau d'ici 2030, un objectif encore loin d'être atteint selon Simon Naylor. « Ça prendrait plus d'une centaine d'usines comme celle qu'on construit actuellement, à environ 40 à 50 millions de dollars chacune, pour y arriver. Mais chaque projet comme celui de la Beauce compte », affirme-t-il, y voyant aussi un enjeu de sécurité énergétique. « Est-ce qu'on veut vraiment acheter du gaz de schiste aux Américains aujourd'hui ? Nous, on parle de fabriquer un gaz propre, ici, avec les résidus des voisins autour de l'usine. »