EnBeauce.com reproduit ici l'intégrale d'une lettre ouverte, comportant la signature de 128 organismes communautaires en santé et services sociaux de la région de Chaudière Appalaches, manifestant leur déception et leurs inquiétudes quant à la décision de Santé Québec de suspendre l'ensemble des travaux de révision du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC).
Depuis plus de trente ans, les organismes communautaires autonomes en santé et services sociaux (OCASSS) de Chaudière-Appalaches contribuent de façon essentielle au mieux-être de la population. Ils répondent quotidiennement aux besoins des personnes les plus vulnérables, développent des solutions adaptées à leur milieu et constituent un pilier incontournable de notre filet social.
C'est précisément parce que ces organismes connaissent leur réalité et celle des communautés qu'ils desservent qu'ils doivent pouvoir participer aux décisions qui les concernent.
Or, la Table régionale des organismes communautaires de Chaudière-Appalaches (Trocca) tient aujourd'hui à exprimer sa profonde déception et sa vive inquiétude à la suite de la décision de Santé Québec de suspendre l'ensemble des travaux de révision des cadres de référence régionaux du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC).
Rappelons que ce programme constitue le principal soutien financier à la mission des OCASSS. Les décisions qui touchent sa gestion et la répartition des fonds entraînent des répercussions concrètes sur leur capacité à poursuivre leur mission et à répondre aux besoins des communautés.
Cette directive nationale met abruptement fin, dans notre région, à une démarche de révision amorcée il y a près de cinq ans, menée dans un véritable esprit de collaboration entre les organismes communautaires, la Trocca et Santé Québec Chaudière-Appalaches.
Des centaines d'heures de travail, de consultations, d'analyses et de négociations ont permis de bâtir un consensus régional répondant aux besoins réels des organismes de Chaudière-Appalaches. Aujourd'hui, ce travail est suspendu, sans qu'aucune indication ne soit donnée quant à son avenir.
Plus préoccupant encore, cette décision entraîne le retour aux modalités de répartition des fonds supplémentaires prévus au Cadre de référence régional de 2016, au seul motif que le processus de négociation régional n'avait pas encore été entièrement complété.
Il s'agit d'un recul majeur aux conséquences bien réelles pour les OCASSS de la région.
En 2025, Santé Québec Chaudière-Appalaches avait reconnu la pertinence des travaux réalisés régionalement et avait appliqué de nouvelles modalités de répartition adoptées collectivement par les organismes. Cette décision célébrée par le milieu communautaire permettait notamment la reconnaissance de seuils planchers et de la variable de rayonnement collés à la réalité des OCASSS, de nouvelles modalités de répartition des fonds supplémentaires ainsi que de mécanismes plus équitables pour la reconnaissance des nouveaux organismes admis au PSOC.
Ces avancées répondaient directement aux besoins exprimés par les organismes du territoire et traduisaient une volonté commune d'adapter le PSOC aux réalités actuelles du milieu communautaire.
Revenir aujourd'hui aux modalités de 2016 revient à nier le travail collectif accompli et à mettre de côté plusieurs années d'efforts pourtant reconnus comme pertinents par Santé Québec Chaudière Appalaches.
Au-delà des effets concrets sur le financement, cette décision fragilise également le climat de confiance qui s'était construit au fil des dernières années entre les organismes communautaires, dont la Trocca et Santé Québec Chaudière-Appalaches. Les travaux menés conjointement reposaient sur un dialogue ouvert, une reconnaissance mutuelle de l'expertise de chacun et une volonté commune d'améliorer les pratiques. Voir ces travaux suspendus par une décision nationale vient ébranler ce partenariat régional et soulève des inquiétudes quant à la capacité des acteurs locaux de poursuivre un véritable travail de co construction.
Cette situation soulève aussi une question fondamentale : quelle place restera-t-il aux réalités régionales dans la nouvelle gouvernance de Santé Québec?
La régionalisation n'est pas un simple principe administratif. Elle permet d'adapter les décisions aux besoins des communautés, de reconnaître l'expertise des acteurs locaux et de construire des solutions qui reflètent les réalités propres à chaque territoire. Suspendre les travaux régionaux et imposer un statu quo national fragilise cette capacité d'agir localement et alimente les inquiétudes quant à la place qui sera désormais accordée aux régions dans les décisions touchant les organismes communautaires.
Consciente que Santé Québec Chaudière-Appalaches applique une directive provenant du bureau national, la Trocca a entrepris des démarches auprès de cette instance afin de demander un réexamen de cette décision.
À la suite de l'annonce du moratoire le 1er juin dernier, une lettre a été transmise à Mme Maryse Poupart, vice-présidente aux opérations et à la coordination Santé et Services sociaux de Santé Québec. Cette correspondance a également été acheminée aux principales personnes responsables du dossier tant au niveau national que régional.
Si un accusé de réception a été transmis à la Trocca, aucune réponse n'a été reçue depuis maintenant plus de deux mois.
Nous estimons que les organismes communautaires de Chaudière-Appalaches sont en droit d'obtenir des explications et un suivi sur cette demande.
Nous demandons à Santé Québec de permettre le maintien des avancées reconnues et appliquées lors de la répartition des fonds en 2025, notamment les seuils planchers, la reconnaissance financière de la variable de rayonnement, les modalités de répartition des fonds supplémentaires ainsi que les mécanismes de reconnaissance des nouveaux organismes.
Ces mesures sont le résultat d'un travail rigoureux, concerté et représentatif des besoins exprimés par les organismes de notre région. Elles favorisent une répartition plus juste, plus équitable et davantage adaptée aux réalités actuelles du milieu communautaire.
Une réponse rapide de Santé Québec est essentielle et ne peut plus attendre. Dès cet automne, de nouvelles sommes seront versées dans la région et devront être réparties. Les modalités qui seront appliquées auront un impact concret sur les organismes communautaires. L'incertitude actuelle ne peut perdurer.
Nous invitons également les élues et élus de Chaudière-Appalaches à soutenir cette démarche et à faire entendre la voix des organismes communautaires de leur territoire auprès de Santé Québec.
Les organismes communautaires constituent une richesse collective. Ils méritent que les décisions qui les concernent soient prises en tenant compte de leur expertise, de leur réalité et du travail de concertation réalisé au fil des dernières années.
La Trocca et les organismes communautaires signataires demeureront mobilisés afin que les acquis obtenus collectivement soient préservés et que les régions continuent d'avoir une véritable voix dans les décisions qui façonnent l'avenir du PSOC.
Les organismes communautaires autonomes de Chaudière-Appalaches méritent mieux qu'un retour en arrière. Les communautés qu'ils soutiennent le méritent tout autant.
Table régionale des organismes communautaires de Chaudière-Appalaches
Au nom de 128 organismes signataires