Ne paniquez pas à la lecture du titre de cette chronique. Le Canada ne sera pas envahi par une armée étrangère, on ne verra pas passer des chars d’assaut dans nos rues et nous n’assisterons pas à des bombardements d’avions ou de drones.
La guerre à laquelle nous devons faire face est beaucoup plus insidieuse, surtout qu’elle provient d’un voisin qui, depuis des siècles, a été notre meilleur ami et un partenaire fidèle en affaires.
Il n’aura fallu que l’arrivée au pouvoir d’un personnage imbu de lui-même, narcissique, qui préfère cultiver l’amitié des dictateurs de la planète pour que la situation change du tout au tout.
Il s’agit d’une guerre commerciale déclarée par un Président corrompu, une guerre qui ne fait pas de morts, mais qui fait souffrir beaucoup de personnes risquant de perdre leurs emplois et d’entreprises dont la survie est menacée.
Des négociations impossibles
Négocier avec Donald Trump est une mission impossible. Ce triste individu n’est pas disposé à prendre des ententes dont la conclusion fait des gagnants des deux côtés après avoir consenti certaines concessions. Pour Trump, une négociation doit faire un gagnant et un perdant. Et le gagnant, comme vous pouvez l’imaginer, c’est LUI.
Cet être imprévisible, qui change d’idée comme il change de chemise, ne respecte rien. Pas même la Constitution de son pays, les verdicts des tribunaux qui ne font pas son affaire et le processus électoral. Alors qu’il veut interdire le vote par la poste, il a lui-même voté deux fois par la poste au cours des derniers mois lors de scrutins en Floride. Il n’est pas à une contradiction près.
Il qualifie l’actuelle entente de libre-échange toujours en vigueur entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (L’ACEUM) de pire entente économique jamais intervenue aux États-Unis, alors que c’est lui-même qui l’a signée durant son premier mandat.
Quand il affirme que les États-Unis n’ont besoin de rien en provenance du Canada, il étale son ignorance puisque les Américains ont besoin entre autres de notre énergie (pétrole et électricité), de minéraux critiques entrant dans la fabrication de missiles et d’avions militaires, d’aluminium et de potasse.
Il y a des limites
En mettant fin aux négociations parce que Trump se plaisait à ajouter de nouvelles conditions alors qu’une entente semblait imminente, le Premier Ministre canadien, Mark Carney, a pris la bonne décision.
Le Canada avait déjà accepté plusieurs concessions, même un peu trop à mon goût. Lors d’une négociation, on peut plier l’échine, mettre un genou par terre, mais il y a des limites. Pas question de s’aplaventrir, de ramper.
La riposte annoncée par le Canada aux nouveaux tarifs douaniers de Trump sur plus de 500 produits est mesurée. Pas de grands éclats, mais une riposte nécessaire. Il y a des limites à recevoir des gifles en plein visage et à se contenter d’offrir l’autre joue.
Oui, ça va faire mal, mais je ne connais pas de guerres qui n’ont pas fait de victimes. Surtout lorsque les opposants sont de tailles disproportionnées comme l’actuel conflit entre le Canada et les États-Unis. Avec leurs 342 millions d’habitants et un produit intérieur brut (PIB) de 29 168 milliards de dollars américains (29 168 G$), les États-Unis surpassent largement le Canada avec ses 41,5 millions d’habitants et un PIB de 3 400 G$.
Des dizaines de milliers d’emplois au Canada et la survie de nombreuses entreprises de toutes dimensions seront menacées, mais le Gouvernement canadien ne pouvait se permettre de ne pas riposter.
Il faut toujours se rappeler que ce n’est pas la queue qui branle le chien.
Insatisfaction aux États-Unis
Les nouveaux tarifs douaniers imposés au Canada par Donald Trump sont loin de plaire aux Américains, plus de 70 % ayant déjà manifesté leur désapprobation dans le cadre de sondages fiables.
Même dans des états républicains reconnus comme l’Iowa et l’Ohio où le Canada est le plus important client, la grogne se fait entendre en constatant que les nouveaux tarifs occasionneront une importante hausse des prix de nombreux produits de consommation courante. Plusieurs entreprises voient aussi leurs chaînes d’approvisionnement menacées et font pression sur leurs élus républicains.
À 64 jours des élections de mi-mandat aux États-Unis, des élus républicains craignent de perdre leurs sièges, ce qui pourrait donner une majorité aux Démocrates au Congrès et ainsi limiter les initiatives de Donald Trump. D’ailleurs ce dernier se prépare déjà à perturber le vote dans les états démocrates et à contester les résultats là où ça ne fera pas son affaire. Il a nommé une marionnette au département de la Justice pour accomplir ses basses œuvres.
À nous de jouer
En tant que consommateurs, les citoyens canadiens ont un rôle à jouer dans cette guerre. Continuons de boycotter les produits américains lors de nos achats, évitons d’aller aux États-Unis si on n’y est pas obligé. Individuellement, ces petits gestes semblent bien anodins, mais si seulement la moitié des quelque 41,5 millions de Canadiennes et de Canadiens agissaient ainsi, cela aurait un effet important sur l’économie américaine.
Cette économie américaine, elle n’est d’ailleurs pas dans une situation enviable. La dette américaine vient de dépasser les 40 000 G$, ce qui finira par entraîner une augmentation des taux d’intérêt pour financer cette gigantesque dette.
Empêtré dans une guerre avec l’Iran qui dure depuis le 28 février dernier et qui exige des dépenses de milliards de dollars, Donald Trump, encore une fois, ne parvient pas à se sortir d’un conflit qu’il a lui-même provoqué et qui, selon lui, ne devait durer que quelques jours.
La guerre commerciale actuelle ne sera pas facile à vivre, mais, comme dans plusieurs autres guerres, la solidarité de la population canadienne avec les mesures prises par le Gouvernement pourrait faire une énorme différence.
Les coups de gueule à la Doug Ford qui invite le Président Trump à «lui baiser le derrière» peuvent faire plaisir à entendre, mais ne contribueront pas à calmer le jeu. C’est déplacé.
Courage
Il ne reste que 873 jours au mandat de Donald Trump.
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Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à Donald Trump, qui, je suis certain, lira cette chronique… Hi! Hi!