Nous joindre
National

Comment préparer un repas de l’Action de grâce 100 % canadien sans se ruiner

Comment préparer un repas de l’Action de grâce 100 % canadien sans se ruiner
Photo: La Presse Canadienne, 2026

Un dindon rôti à feu doux, une farce au beurre, des légumes racines sautés au romarin et à l’huile d’olive, une purée de pommes de terre onctueuse et une sauce aux canneberges.

On dirait une table dressée pour le repas de l’Action de grâce.

Un regain de patriotisme chez les Canadiens pousse certains à examiner de plus près les ingrédients et l’origine des produits pour s’assurer que leurs festivités célèbrent véritablement les richesses de la récolte du pays — et pour savoir s’il est possible de servir ce festin à base de produits canadiens sans se ruiner.

Selon des experts, préparer un repas entièrement canadien sans se ruiner n’est pas difficile, à condition de s’appuyer sur l’abondance de la saison des récoltes et sur des recettes simples.

«L’Action de grâce est en réalité une fête des récoltes qui coïncide avec le pic de la production agricole au Canada», explique Paul van der Werf, professeur associé à l’école de gestion Ivey de l’Université Western, à London, en Ontario.

«Le Canada produit beaucoup de dindons et de pommes de terre. C’est le deuxième plus grand producteur mondial de canneberges», ajoute-t-il.

À lui seul, l’Ontario a produit 45 % des dindons du pays en 2025, selon Statistique Canada. Par ailleurs, le pays a atteint un record historique de production de pommes de terre en 2024, comme l’indique un autre rapport de l’agence.

M. Van der Werf souligne qu’un repas de l’Action de grâce classique est typiquement canadien.

«Nous avons toujours disposé d’une véritable abondance de produits agricoles canadiens d’une qualité exceptionnelle», ajoute-t-il.

«Les événements géopolitiques nous ont rappelé que nous devrions peut-être y réfléchir un peu plus.»

La recrudescence des tensions commerciales avec les États-Unis incite de nombreux consommateurs à examiner à nouveau les étiquettes pour vérifier l’origine et le mode de production des produits. Mais définir ce qui est canadien n’est pas toujours facile, compte tenu de l’imbrication des chaînes d’approvisionnement alimentaires en Amérique du Nord.

Par exemple, la coopérative américaine Ocean Spray transforme certaines canneberges canadiennes en sauce.

Il est important de comprendre ce que signifient les étiquettes lorsqu’on cherche à identifier les produits fabriqués au Canada, que ce soit en fonction de l’origine des ingrédients, des sites de fabrication ou du propriétaire de la marque, détaille Jeff Stewart, directeur de l’organisme à but non lucratif Food Day Canada, qui promeut la culture alimentaire canadienne.

Il explique que la commodité est souvent la raison pour laquelle les gens optent pour des plats préparés, comme une farce ou une boîte de purée de pommes de terre du commerce. Mais il peut être difficile de savoir dans quelle mesure ces aliments sont réellement locaux.

M. Stewart suggère de procéder à rebours pour élaborer un menu de fêtes à la fois local et adapté à son budget: faire le tour de l’épicerie ou du marché fermier pour voir quels sont les produits de saison. Puis, composer son menu au fur et à mesure.

Publicité

«C’est sur les produits disponibles en abondance que vous trouverez les meilleurs prix», précise M. Stewart, qui est également chef à Elora, en Ontario.

Les agriculteurs récoltent généralement une grande variété de produits frais à l’automne: citrouilles, courges, pommes de terre, pommes et poires. Mais si les consommateurs recherchent des bleuets, dont la saison de récolte s’est terminée le mois dernier, ils devront probablement payer plus cher pour des fruits importés.

Le menu varierait également en fonction de l’endroit où vous vivez, reflétant ce que la région a à offrir.

Pour M. Stewart, un repas de fête en Ontario signifierait un dindon élevé localement. «Mais si j’étais en Colombie-Britannique avec mes frères, il y aurait probablement du poisson.»

Mais le contenu du garde-manger peut contrecarrer les tentatives de servir un repas 100 % canadien.

Une tarte à la citrouille ou aux pommes sans une pointe de cannelle ou de noix de muscade peut sembler manquer de saveur, par exemple. Or, le Canada ne cultive pas d’épices, telles que la cannelle et le poivre noir, ni ne produit d’huile d’olive.

«On peut trouver des citrouilles ici, on peut trouver de la farine ici, on trouve tous les ingrédients pour sa tarte à la citrouille ici, sauf la cannelle», constate M. van der Werf.

«La cannelle représente probablement 0,1 % de la tarte, donc ce n’est peut-être pas si grave.»

Le sucre est produit à partir de canne à sucre importée, et certaines marques, comme Redpath, appartiennent à des multinationales américaines. Mais il existe des alternatives pour rendre la recette véritablement locale, comme la betterave sucrière cultivée dans le sud de l’Alberta et transformée à l’usine Rogers de Taber, en Alberta, précise-t-il.

M. Stewart ajoute que le fait de s’appuyer sur des recettes plus simples pouvait également faciliter cette transition.

«Je me souviens des repas chez mes grands-parents et des efforts qui étaient déployés autrefois, quand ce genre de solutions pratiques n’existait pas, témoigne-t-il. Il est peut-être temps que les gens repensent à des choses plus simples d’une époque plus simple et reviennent à certaines méthodes qui ont peut-être été oubliées ou qui n’ont peut-être jamais été apprises.»

Servir un repas véritablement canadien peut demander des efforts, note M. Stewart.

«Si vous choisissez de miser à 100 % sur des produits canadiens, vous verrez que vous y arriverez, même si c’est un peu difficile au début», conclut-il.

«Si vous vous engagez dans cette voie, cela deviendra de plus en plus facile avec le temps.»

Ritika Dubey, La Presse Canadienne