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Des milliers d'amateurs rassemblés autour du pawpaw, ce fruit local au goût tropical

Des milliers d'amateurs rassemblés autour du pawpaw, ce fruit local au goût tropical
Photo: La Presse Canadienne, 2026

FARNHAM — Partout au Canada, dimanche, les gens préparaient leur farce, commençaient à décongeler leurs dindes et cherchaient la plus belle nappe pour le repas de l'Action de grâce. Pendant ce temps, dans une ville du Québec, des milliers de personnes se sont rassemblées pour célébrer un fruit insolite: l'asimine, plus connue sous le nom de pawpaw.

Les chauds rayons d’octobre et les couleurs vives de l’automne illuminaient la ville de Farnham, en Estrie, à l’occasion de son deuxième festival annuel du pawpaw, qui s’inscrit dans un mouvement plus large rendant hommage à ce fruit sucré.

Les doigts collants et le sourire aux lèvres, les visiteurs prélevaient à la cuillère de généreux morceaux de chair jaune de ce fruit en forme de mangue, émerveillés d’apprendre que certaines de ces asimines avaient été cueillies juste à côté de l’endroit où ils se trouvaient.

«Ça goûte la mangue, la banane, l'ananas, le caramel. Ça a tous les aspects d'un fruit tropical, même si c'est un fruit indigène. Et puis ça pousse dans notre cours ici au Québec, c'est assez incroyable», a déclaré Vincent Renaud, fondateur de l’association à but non lucratif Pawpaw Québec.

Si l'asimine fraîche ne suffisait pas à satisfaire l’envie de ce fruit à la texture d’avocat, les visiteurs pouvaient également goûter à la vaste gamme de produits à base d'asimine: bougies, bière, pâtisseries, sauce piquante, et bien d’autres encore.

Un fruit tombé dans l'oubli

Gabrielle Boucher avait assisté au festival l’année dernière et était de retour avec sa famille ce dimanche. Elle grignotait un arancini fourré à l'asimine — une boulette de riz à l’italienne.

«C'est une ressource super intéressante qui est méconnue encore au Québec et que tout le monde aurait avantage à en planter chez eux, potentiellement, pour qu'un jour, peut-être on consomme moins de fruits de l'international comme des bananes», a-t-elle lancé.

À une table de pique-nique voisine, Nicolas Leporé dégustait une poutine à l'asimine. Sa femme, Sabrina Chiminazzo, venait de terminer son sandwich au fromage fondu, dans lequel le fromage fondu se mêlait à des oignons et des tranches de ce fruit.

Nicolas Leporé avait entendu parler de l'asimine, ou pawpaw, dans des reportages télévisés, ce qui avait éveillé sa curiosité.

«J'étais toujours curieux d'avoir ce projet-là de faire pousser un arbre à la maison. Quand j'ai vu qu'il y avait ce festival-là, je me suis dit "c'est l'occasion idéale"», a-t-il déclaré.

Le couple rentre chez lui, sur la Rive-Sud de Montréal, avec une poignée de graines, ainsi que des fruits frais et quelques friandises pour patienter jusqu’à ce qu’ils puissent récolter des asimines dans leur propre jardin.

Certaines des asimines en vente au festival ont été cueillies par M. Renaud. Cet habitant de Farnham apprécie les arbres fruitiers depuis son enfance et, lorsqu’un ami lui a fait découvrir les asimines en 2019, il en est tombé amoureux.

«Je m'efforçais de faire connaître ce fruit-là fantastique, c'est tellement bon, tellement intéressant, je ne peux pas croire qu'on ne le connaissait pas plus que ça, je me suis dédié à le faire connaître», a-t-il expliqué.

En 2021, il a créé un groupe Facebook pour les passionnés d'asimines, qui compte aujourd’hui près de 23 500 membres. Puis, l’année dernière, il a décidé de lancer le festival.

La première édition du Festival du pawpaw de Farnham a attiré 10 000 visiteurs, a indiqué M. Renaud. Cette année, il estime que 12 000 à 14 000 personnes ont assisté à l’événement. Il a précisé que le festival avait accueilli des visiteurs venus d’autres provinces, des États-Unis et même d’Europe.

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Le Festival du pawpaw de Farnham s’inscrit dans un mouvement plus large autour de ce fruit sucré à la peau verte.

Rodney Dever, un spécialiste de l'asimine originaire de Virginie-Occidentale, était à Farnham dimanche pour présenter aux festivaliers l’histoire et le potentiel de ce fruit.

«Je donne des conférences lors de festivals de l'asimine tous les week-ends depuis le deuxième week-end de septembre», a-t-il raconté.

«C’est formidable de pouvoir simplement faire connaître les bienfaits de l'asimine.»

Originaire d’Amérique du Nord, l'asimine a connu un regain de popularité au début des années 1900, mais cet engouement s’est estompé vers la Seconde Guerre mondiale, a expliqué M. Dever.

«L'asimine est tombée dans l’oubli pendant un certain temps», a-t-il dit.

Cette perte d’attrait s’explique en partie par la courte durée de conservation de ce fruit, ce qui rend sa vente difficile dans les épiceries.

«Une fois qu'il meurt, après une journée ou deux, il passe du meilleur fruit au monde à goûter la banane pourrie», a expliqué Vincent Renaud.

Au cours des dernières décennies, l'asimine a fait son retour dans les assiettes, non seulement en Amérique du Nord, mais aussi en Europe et au Japon, où sa robustesse lui permet de pousser sous des climats plus frais, a souligné M. Dever.

Le retour de l'asimine s’inscrit également dans un mouvement de retour aux aliments et ingrédients locaux. Dominique Lalonde, propriétaire de la pâtisserie Kîsisam Patisserie, a découvert l'asimine grâce à Vincent Renaud et a commencé à l’utiliser dans ses créations.

«Dans le cadre de la colonisation, on nous a répété pendant si longtemps que tout ce dont nous disposons ici n’était pas bon, n’est-ce pas ? Et c’est en quelque sorte un retour à mère Nature, un retour à la source, un retour à la Terre, et une véritable reconnexion avec ces racines autochtones», a-t-elle déclaré.

Dimanche, Mme Lalonde vendait des desserts à l'asimine aux côtés de ses biscuits et pâtisseries habituels.

«Nous racontons des histoires en renouant avec ces ingrédients sacrés. […] Je pense que ces ingrédients veulent que nous renouions avec eux — ils veulent aussi que nous leur redonnions vie», a-t-elle avancé.

Bien qu’il existe d’autres festivals de l'asimine, M. Renaud a précisé que celui de Farnham est le seul où tous les exposants proposent des produits à base d'asimine. Fort du succès de cette deuxième édition, il espère faire découvrir ce fruit nord-américain aux saveurs tropicales à un public encore plus large.

«Je pense qu'il y a un bon potentiel pour que ça devienne le Festival international du pawpaw de Farnham», s'est-il enthousiasmé.

Marieke Glorieux-Stryckman, La Presse Canadienne