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La déclaration de Trump sur la certification des jets de Gulfstream est trompeuse

La déclaration de Trump sur la certification des jets de Gulfstream est trompeuse
Photo: La Presse Canadienne, 2026

Quelques jours après l’échec des négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis le mois dernier, le président américain Donald Trump a publié une série d’affirmations concernant les relations commerciales entre les deux pays sur la plateforme Truth Social. Entre autres, il a avancé que le Canada n’avait pas certifié les jets Gulfstream depuis dix ans, car il souhaitait que le concurrent canadien de l'entreprise bénéficie d’un accès total au marché national. Cependant, les experts en aviation qui contestent cette affirmation expliquent que ce sont les processus de certification distincts des deux pays qui expliquent l’application de normes et de pratiques différentes.

L'AFFIRMATION

Dans un message publié le 25 août, Donald Trump a affirmé que le Canada avait retardé la certification des derniers modèles de jets Gulfstream parce qu’il souhaitait préserver un accès total au marché pour son propre secteur aéronautique.

«Pendant dix ans, ils n’ont pas voulu certifier les jets Gulfstream, jusqu’à ce que j’intervienne. Ils voulaient 100 % du marché pour le concurrent canadien de Gulfstream», a-t-il déclaré.

Dans un autre message publié le 7 septembre sur son compte Truth Social, Donald Trump a continué à défendre cette affirmation, en pointant précisément le constructeur aéronautique Bombardier, opérant à Montréal.

«FINIES LES VENTES DE BOMBARDIER AUX ÉTATS-UNIS ! Leurs produits ne sont pas assez bons ! Plus de 50 % de leur chiffre d’affaires provient des États-Unis — Ils vivent grâce aux acheteurs américains, aux entreprises américaines, aux aéroports américains et aux services américains — Alors que le Canada bloque nos GRANDES banques et entreprises américaines partout aux États-Unis. Ils ont même empêché Gulfstream Aerospace de faire des affaires au Canada — C’est totalement injuste et inéquitable !», a-t-il écrit.

LES FAITS


John Gradek, qui enseigne la gestion aéronautique à l'Université McGill, a contesté l'argument protectionniste avancé par M. Trump, affirmant que Transports Canada appliquait un processus de certification rigoureux qui expliquait ces retards.

L’agence fédérale chargée de certifier les avions au Canada a approuvé les modèles G500, G600, G700 et G800 de Gulfstream en février.

Mais avant cela, a précisé M. Gradek, Transports Canada avait fait part à Gulfstream de ses inquiétudes quant à la vulnérabilité des systèmes de carburant des derniers modèles de jets face au gel dans des environnements glacials et à certaines altitudes.

«Le problème avec les Gulfstream, qui concerne les modèles 500, 600, 700 et 800, a toujours été le gel du carburant; il a toujours été lié aux opérations par temps froid», a souligné M. Gradek lors d’une entrevue le 31 août.

Transports Canada n’a pas répondu directement lorsqu’on lui a demandé si l’affirmation de Donald Trump selon laquelle la certification de Gulfstream avait été retardée pour protéger Bombardier était vraie. Un porte-parole a déclaré dans un communiqué envoyé par courriel que le ministère examinait régulièrement tous les aéronefs et pièces, tant étrangers que nationaux, afin de s’assurer qu’ils répondent à ses exigences et puissent être exploités dans le climat canadien.

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M. Gradek a expliqué que le processus de certification canadien avait pris plus de temps ces dernières années, en partie à cause des départs à la retraite et des mutations de personnel, mais aussi en raison du durcissement de la réglementation qui a suivi les accidents mortels du Boeing 737 Max en 2018 et 2019. Le 737 Max, approuvé par l’Administration fédérale de l’aviation (FAA) des États-Unis, avait été pour ainsi dire validé sans autre forme de procès par les autorités aéronautiques canadiennes, a-t-il expliqué, mais, depuis ces accidents, «nous voulons essentiellement passer tout cela au peigne fin».

Le Gulfstream G500 a été certifié par la FAA en 2018, et le G600 a obtenu sa certification FAA un an plus tard. Les certifications des G700 et G800 ont été délivrées respectivement en 2024 et 2025.

Par le passé, Transports Canada se contentait d’«approuver sans discussion» les avions de fabrication américaine certifiés par la FAA, mais cela n’a pas été le cas ici, a noté M. Gradek. Il a expliqué que la certification de la FAA avait été obtenue grâce à une dérogation accordée au titre de la règle de certification relative au givrage dû au carburant de l’organisme de l’aviation, ce qui a permis à Gulfstream de certifier ses jets en premier lieu et de régler le problème de givrage par la suite.

Transports Canada a hésité à emboîter le pas.

M. Gradek a affirmé que la situation avait changé après que Donald Trump a annoncé en janvier son intention de retirer la certification de tous les avions de fabrication canadienne et d’imposer un droit de douane de 50 % sur tous ceux vendus aux États-Unis. Transports Canada a approuvé les certifications de ces jets le mois suivant.

Lorsque le ministre des Transports, Steven MacKinnon, a parlé avec des journalistes au sujet de ces autorisations le 24 février, il a rejeté les allégations selon lesquelles des pressions politiques de la part de l’administration Trump auraient influencé cette décision.

Transports Canada a indiqué dans un courriel qu’il s’agissait d’une pratique courante parmi les principales autorités aéronautiques mondiales de valider les aéronefs étrangers certifiés dans leur propre pays afin de s’assurer qu’ils répondent aux exigences de la certification canadienne. Le processus de validation offre «un examen indépendant axé sur la sécurité et l’intérêt public», a-t-il précisé.

M. Gradek a souligné que cette pratique de longue date permettait de rationaliser ce qui pourrait être un long processus d’évaluation.

«La certification peut prendre des années, surtout quand on intègre de nouvelles technologies et de nouveaux équipements à bord des avions. Ceux-ci doivent être testés, pilotés par des inspecteurs et soumis à une multitude de validations en matière de sécurité et de fiabilité opérationnelle», a-t-il expliqué.

Ross Aimer, président et chef de direction d’Aero Consulting, a déclaré que la FAA testait régulièrement tous les éléments d’un avion, en les soumettant à toute une série de scénarios et d’environnements.

«Ils effectuent des milliers d’heures de vol et reproduisent des situations que l’on peut rencontrer, comme des décollages, des décrochages et toutes sortes d’autres problèmes susceptibles de se produire à bord d’un avion», a-t-il dit.

Cependant, M. Aimer a noté que la FAA avait réexaminé de plus près son processus de certification après les accidents du 737 Max — en particulier la capacité de certains constructeurs à examiner et à certifier leurs propres avions.

Timon Johnson, La Presse Canadienne