Quatre ans après la mort de Mahsa Amini, la diaspora iranienne divisée par la guerre
Quatre ans après la mort de Mahsa Amini sous les coups de la police des mœurs iraniennes, marquant le début du mouvement «Femme, vie, liberté», la diaspora iranienne croit encore au renversement du régime des mollahs. Elle doit toutefois désormais composer avec des divisions en son sein, opposant les monarchistes et les démocrates.
Alignées devant un parterre de visages d'Iraniens exécutés par le régime des mollahs, une trentaine de personnes se sont donné rendez-vous samedi après-midi au square Phillips, à Montréal, pour montrer que la résistance ne faiblit pas face au régime islamique.
Une des participantes, Golrokh Kiani, souligne à quel point il est important de continuer à se mobiliser pour montrer son soutien à la diaspora iranienne tout en informant la population québécoise de ce qui se passe en Iran.
Zahra Khalilian est également venue commémorer le quatrième anniversaire du mouvement Femme Vie Liberté, avec le goût amer que lui laisse l'intervention américaine et israélienne en Iran.
«C'est encore en progrès, on revient de loin pour avoir cette prise de conscience à travers le monde, explique-t-elle. C'est sûr qu'actuellement, ce n'est pas un bon moment pour comprendre ce qu'il se passe précisément, car tout est compliqué entre la guerre et le changement de régime.»
Une diaspora divisée
Bien que l'ambiance fût au beau fixe, la crainte que des monarchistes perturbassent l'événement était bien présente.
Selon Golrokh Kiani, le déclenchement de la guerre en Iran a fracturé la diaspora entre ceux qui ne jurent que par le retour du fils du shah d'Iran, Reza Pahlavi, aidé par les États-Unis et Israël, et ceux qui ne croient pas aux bienfaits de l'intervention américaine sur la transition vers une démocratie en Iran.
«Il y a des gens qui publient nos adresses, nos noms, qui nous intimident au quotidien, comme en allant au travail, explique Golrokh Kiani. On a quitté notre pays, on est arrivé ici avec la liberté d'expression, mais désormais, on n'a même pas le droit de dire qu'on n'est pas pour le roi, et ça, ça disperse la communauté.»
Golrokh Kiani raconte que cette division se fait ressentir jusque dans les foyers, avec des familles qui se divisent, ou encore des couples qui se séparent autour de ce sujet. Il y a des gens qui sont manipulés pour nous attaquer.»
Contactée par téléphone, la militante et épidémiologue montréalaise Nimâ Machouf confirme la division qui règne au sein de la diaspora.
«C'est une épine dans le pied de la résistance iranienne, dit-elle en parlant de l'intervention américaine et israélienne en Iran. Ça a complètement déchiré le tissu de la communauté iranienne.»
Elle affirme, elle aussi, que des individus membres de la diaspora iranienne viennent régulièrement perturber leurs événements publics en brandissant des drapeaux américains et israéliens tout en intimidant les participants.
«Ils ne se disent plus en soutien au mouvement «Femme, Vie, Liberté», ils idéalisent ce qu’était la monarchie et ils ont complètement perdu le nord, ajoute Mme Machouf, soulignant que les monarchistes revendiquent également la liberté pour les femmes de porter ou non le voile. Par désespoir, beaucoup de gens ont voulu y croire, car les États-Unis promettaient des frappes chirurgicales.»
Mme Machouf déplore ce manque d'unité au sein de la diaspora au profit du régime islamique iranien.
«Au lieu de mettre nos forces ensemble contre le gouvernement iranien et de se mobiliser contre lui, les monarchistes se mobilisent contre d’autres gens», dit-elle.
«Comment peut-on concevoir qu'un pays comme Israël qui est en train de commettre un génocide en Palestine viendrait en Iran pour libérer le peuple iranien?, explique Nimâ Machouf. Du point de vue de la diaspora, c'est épouvantable, car ça a créé beaucoup, beaucoup de tort.»
Golrokh Kiani raconte quant à elle avoir été victime d'une agression physique par l'une de ces personnes lors d'une manifestation devant le consulat américain et être fréquemment la cible d'intimidation de la part de ressortissants monarchistes.
Mme Khalilian dit comprendre le ressenti des monarchistes et de beaucoup d'Iraniens qui voulaient simplement que le régime s'en aille, et se réjouissaient de l'aide américaine, sans penser aux conséquences de l'interférence d'autres pays.
«Ils pensent qu'il aide l'Iran de cette manière en pensant que la monarchie est meilleure que le régime islamique, mais je ne pense pas personnellement, dit-elle. On l'a eu dans le passé et on l'a changé pour une raison, mais je les comprends. Au début ils pensaient que les bombes touchaient seulement les dirigeants du régime.»
Selon le site internet Frequency, des groupes iraniens monarchistes manifesteront dimanche après-midi dans le centre-ville de Montréal.
Bien que les organisateurs «invitent la communauté iranienne de Montréal ainsi que les sympathisants de la liberté et de la démocratie à participer à la manifestation», ils soulignent toutefois l'importance de «distinguer la commémoration de Mahsa Amini et du mouvement « Femme, Vie, Liberté » de l’adhésion à une formation politique particulière», peut-on lire.
La Presse Canadienne

