Un nouvel outil d'évaluation des impacts climatiques s'est penché sur Bay du Nord
HALIFAX — Des chercheurs australiens affirment avoir mis au point le premier outil public au monde permettant de calculer l'impact des projets d'exploitation des énergies fossiles sur le climat, et ils utilisent un projet pétrolier en mer canadien comme cas d'étude.
Selon les chercheurs, ce nouvel outil permet d'estimer dans quelle mesure les projets miniers, les plateformes pétrolières en mer ou d'autres projets énergétiques contribueront au réchauffement climatique, à la fonte des glaciers et même à des décès humains.
«Nous pouvons désormais établir un lien entre les émissions associées à chaque projet lié aux énergies fossiles et l’ampleur du réchauffement auquel elles contribuent à l’échelle planétaire, puis établir un lien direct avec les conséquences spécifiques à ce réchauffement», a dit Sarah Perkins-Kirkpatrick, professeure de sciences du climat à l’Université nationale australienne, lors d’une conférence de presse virtuelle, lundi.
Cet outil en ligne utilise les données relatives aux émissions de dioxyde de carbone prévues pour un projet, souvent issues des études d’impact environnemental soumises par les promoteurs, afin de calculer son impact sur la hausse de la température mondiale.
Il s’appuie ensuite sur des publications évaluées par des pairs pour calculer les conséquences concrètes de cette augmentation, telles que la disparition des récifs coralliens, la baisse de la production alimentaire et les pertes d’emplois.
Le site internet a été lancé lundi, se basant sur l'étude de cas d'un projet du Royaume-Uni, de cinq projets australiens, ainsi que du projet pétrolier Bay du Nord, qui serait le premier projet pétrolier en eaux profondes au Canada s'il voyait le jour.
Ce projet, mené par le géant norvégien de l’énergie Equinor et situé à 500 kilomètres à l’est de Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, devrait permettre d’exploiter plus de 430 millions de barils de réserves pétrolières.
Selon cet outil, les émissions de CO₂ liées au projet Bay du Nord pourraient s’élever à 188 mégatonnes sur 20 ans, ce qui entraînerait une augmentation de 0,00008 °C des températures mondiales.
De plus, l’outil indique que cette quantité de CO₂ exposerait plus de 111 000 personnes supplémentaires à une chaleur sans précédent et entraînerait rien qu'en Europe 25 décès supplémentaires liés à la chaleur.
Le simulateur affirme que le projet Bay du Nord pourrait entraîner la fonte de 4,6 km carrés de glaciers, ce qui ferait monter le niveau des mers de 0,025 mm. Il indique également qu’environ 2100 emplois seraient perdus en raison de la pollution générée par le projet, et qu’environ 9800 personnes seraient plongées dans l’extrême pauvreté.
Equinor n’a pas immédiatement répondu lundi à une demande de commentaire.
Briser le mythe
Joel Finnis, climatologue à l’Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador, n’a pas participé au projet de l’étude, mais fait partie d’une équipe locale qui tente de mesurer l’impact du secteur pétrolier et gazier de la province. Il a expliqué que cette étude rassemblait les conclusions de nombreuses études différentes, les regroupant en un seul document afin que le grand public puisse les comprendre.
«Cela sape véritablement les arguments que l’on entend sans cesse pour faire avancer la nouvelle production pétrolière et l’expansion du secteur pétrolier, a-t-il déclaré lors d’un entretien. Et cela nous rappelle de manière brutale que même ce qui est souvent considéré comme un petit projet va coûter la vie à beaucoup de gens. Cela va nous coûter beaucoup d’argent. Cela va causer d’importants dommages environnementaux.»
Maria Nawaz, responsable du projet sur la responsabilité en matière de changement climatique à l’Institut australien des droits de l’homme de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, a expliqué aux journalistes qu’il avait toujours été difficile d’établir un lien entre un projet lié aux combustibles fossiles et ses impacts concrets. La plupart des promoteurs affirment que leurs projets individuels ne représentent qu’une «goutte d’eau dans l’océan» en matière d'émissions.
Elle a ajouté espérer que ce traceur soit utilisé par les gouvernements, les régulateurs et le grand public lorsque de nouveaux projets seront proposés au sein de leurs communautés. Elle s’attend à ce qu’il renforce les actions en justice liées au climat, qui visent à demander des comptes aux gouvernements et aux entreprises pour leurs émissions.
«Les projets individuels liés aux combustibles fossiles peuvent désormais être directement associés à un réchauffement supplémentaire et aux préjudices humains et écologiques qui en découlent et qui sont mesurables (…) Cela signifie que l’argument de la “goutte d’eau dans l’océan”, qui repose sur l’idée que le préjudice est impossible à mesurer ou trop faible pour l’être, ne tient plus la route.»
Mme Nawaz estime que les assureurs pourraient s’en servir pour évaluer le risque d’un projet, tandis que les économistes pourraient l’utiliser pour prévoir les impacts économiques.
Le site ne calcule que les impacts des projets proposés, et non ceux des puits de pétrole ou des mines existants, et les chercheurs indiquent qu’ils ont l’intention d’ajouter d’autres projets à mesure que des données seront disponibles.
Devin Stevens, La Presse Canadienne

