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Aide médicale à mourir: des Canadiens avec une maladie mentale se sentent abandonnés

durée 07h54
6 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

7 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — Des Canadiens se sentent trahis et déshumanisés face à la recommandation d’un comité spécial du gouvernement de ne pas étendre l’aide médicale à mourir aux personnes qui sollicitent cette procédure en raison d’une maladie mentale.

La recommandation a été publiée le 17 juin, indiquant qu’il n’y avait pas de consensus sur la possibilité de déterminer si un patient avait des chances de s’en sortir ni sur la manière de distinguer une demande d’aide médicale à mourir d’une tendance suicidaire.


En lisant cette décision depuis son lit, Kyle Thomson s’est senti comme un fantôme. Cet homme de 52 ans attendait depuis des années de pouvoir déposer sa demande, depuis que le gouvernement avait pour la première fois chargé un groupe d’experts d’étudier la question en 2021.



«Les gens ne comprennent pas ce que c’est que d’avoir tout son espoir, comme si on serrait tout cet espoir contre soi dans une étreinte des plus fortes, en essayant d’avancer la tête la première dans les vents d’un ouragan, en essayant de franchir la ligne d’arrivée, et qu’on y soit presque, puis qu’on déplace la ligne d’arrivée sous nos pieds et qu’on se retrouve seul, transi de froid et terrifié», explique M. Thomson.

Ce rapport a été rédigé à l’intention du gouvernement fédéral en prévision d’une décision très attendue visant à déterminer s’il convient d’autoriser l’aide médicale à mourir (AMM) pour les personnes souffrant d’une maladie mentale, ou si celles-ci doivent en être définitivement exclues.

Le ministre de la Justice, Sean Fraser, a mentionné qu’il examinerait le rapport avant de décider des prochaines mesures à prendre par le gouvernement.

La plupart des témoins qui se sont exprimés lors des auditions de la commission se sont opposés à cette extension.

Plusieurs psychiatres ont fait part de leur crainte que des personnes n’ayant pas accès à un traitement adapté en santé mentale ne recourent à l’aide médicale à mourir.

Certains ont également soulevé des inquiétudes quant à la manière dont les prestataires pourraient déterminer avec un minimum de certitude qu’un trouble mental est irrémédiable.

La psychiatre Mona Gupta fait partie des experts qui défendent le point de vue opposé. Elle se demande pourquoi le comité n’a pas entendu de personnes atteintes de troubles mentaux et souhaitant avoir accès à l’aide médicale à mourir.

«Le fait que la seule personne ayant une expérience vécue à avoir été entendue en cinq ans soit quelqu’un qui ne souhaitait pas recourir à l’aide médicale à mourir et qui s’y opposait est, je pense, révélateur», souligne-t-elle.

La Dre Margaret McKinnon, psychologue clinicienne, a été invitée à partager son histoire, alors qu'elle vit avec un trouble dépressif majeur depuis 40 ans.

Elle a mentionné qu’elle aurait demandé l’aide médicale à mourir si celle-ci avait été disponible il y a un an.

«Au lieu de cela, je traverse aujourd’hui une période de rétablissement globalement durable, malgré mon désir persistant de mourir par le passé», a-t-elle témoigné en avril 2026.

Le rapport comporte une section consacrée aux témoignages de personnes ayant vécu cette expérience, bien que les autres personnes mentionnées n’aient pas témoigné, mais aient rédigé des mémoires.

M. Thomson, qui souffre d’un trouble dépressif persistant, a demandé à témoigner, mais, dans des courriels échangés avec un greffier de la commission et consultés par La Presse Canadienne, on lui a répondu que les panels étaient «pratiquement complets».

Aujourd’hui, il dit se sentir «acculé», ne sachant pas quelle direction prendre.

Certaines personnes se trouvant dans une situation similaire ont eu recours à la justice pour faire valoir leur admissibilité, tandis que d’autres envisagent de se rendre à l’étranger pour y subir l’intervention.

Une demande déposée à l'étranger

La Dre Danelia Chacon a déposé une demande d’aide médicale à mourir en Suisse, où elle estime pouvoir remplir les conditions requises.

«Je mène une vie très pénible», confie Mme Chacon depuis la table de sa cuisine à Ottawa.

Cette pédiatre à la retraite, âgée de 74 ans, se souvient avoir ressenti des sentiments de dépression et d’anxiété dès l’âge de 6 ans. Elle a été battue tout au long de son enfance par son père, qui s’est suicidé il y a environ 40 ans.

Elle a encore l’estomac noué au souvenir de cette mort traumatisante.

«C’est ce sentiment que je veux épargner à mes filles et à mes petites-filles. C’est pourquoi je souhaite bénéficier d’une aide médicale à mourir», explique Mme Chacon.

Il y a deux ans, elle dit avoir reçu un diagnostic de trouble de la personnalité limite. Elle souffre également d’un syndrome de stress post-traumatique.

Elle prend des médicaments contre la dépression et l’anxiété depuis des décennies, indique-t-elle, consulte un thérapeute, a essayé des traitements à la kétamine et à l’ayahuasca, et a été jugée inadmissible à la thérapie électroconvulsive.

«Je suis fatiguée», admet Mme Chacon.

En tant que médecin souhaitant bénéficier de l’aide médicale à mourir, elle est frustrée par la distinction fixée entre maladie mentale et maladie physique.

«Ce dont je souffre équivaut à un cancer incurable. Un cancer de stade quatre avec des métastases partout – pour lequel il n’existe aucun remède, car je n’ai absolument aucun remède», mentionne-t-elle.

«Je ne devrais pas être traitée différemment d’une personne atteinte d’un véritable cancer et qui bénéficie de soins palliatifs», juge-t-elle.

Faire du surplace

Lisa Marr dit avoir l’impression de faire du surplace. Certains jours, elle parvient à tenir le coup et sa passion pour aider les autres l’emporte sur son désir de mourir.

D’autres jours, cette ancienne ambulancière explique qu’elle sombre dans la spirale dès qu’elle entend le bruit d’une ambulance et qu’elle ne parvient pas à se lever du fauteuil inclinable de son salon.

«Je ne peux pas prédire comment je vais me sentir d’un jour à l’autre. C’est vraiment ce qui me trouble le plus», raconte Lisa Marr depuis sa chambre à Eastern Passage, en Nouvelle-Écosse.

Cela fait près d’une décennie que cette femme de 56 ans a pris sa retraite, mais des terreurs nocturnes la tourmentent encore, lui rappelant les personnes qu’elle n’a pas pu sauver.

Mme Marr explique qu’on lui a diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique complexe, un trouble bipolaire de type II, une dépression réfractaire au traitement, un trouble anxieux généralisé et un trouble déficitaire de l’attention.

Elle précise qu’elle a également subi sans succès des prothèses bilatérales du genou, une intervention chirurgicale aux deux épaules, sept fusions vertébrales dans le bas du dos et qu’elle attend une chirurgie bariatrique. Elle utilise un déambulateur et ne peut marcher plus de cinq minutes sans s’asseoir.

Elle énumère les traitements qu’elle a essayés: des cocktails de médicaments, une thérapie hebdomadaire continue et un traitement visant à stimuler les cellules nerveuses du cerveau pour atténuer les symptômes de la dépression majeure. Mais rien n’a eu d’effet pendant plus de deux mois, précise-t-elle.

Étudier le droit pour trouver une solution

John, dont le vrai nom est protégé par une interdiction de publication ordonnée par un tribunal, s’est mis à étudier le droit de manière approfondie en 2025, lorsqu’il a compris que le comité parlementaire n’était pas susceptible de recommander l’extension de l’aide médicale à mourir aux troubles de santé mentale.

«J’étais vraiment en colère», raconte John, un homme d’une trentaine d’années vivant dans la région d’Halifax.

«J’ai en quelque sorte trouvé un moyen de contourner cette restriction. Je ne devrais pas avoir à le faire», ajoute-t-il, depuis le canapé de son salon.

John explique qu’on lui a diagnostiqué une dépression à l’âge de dix ans. Ses premiers souvenirs sont marqués par des émotions intenses, principalement de la colère, et par les mauvais traitements qu’il dit avoir subis de la part de son père, qui, selon lui, l’aurait un jour forcé à rester accroupi dans un coin pendant 12 heures sans nourriture ni eau.

Plus récemment, on lui a diagnostiqué un trouble de la personnalité limite, qu’il compare à un manque de «peau émotionnelle» et à une agonie ressentie au moindre contact.

En 2020, John explique qu’il était prêt à mettre fin à ses jours, mais qu’il a pris du recul lorsqu’il a appris que le gouvernement fédéral allait étendre l’accès à l’aide médicale à mourir.

Il a décidé d’essayer de trouver un moyen de continuer à vivre pendant deux ans avant de recourir à cette procédure, en grande partie grâce à sa compagne.

«J’aimerais qu’elle soit là à la fin. J’aimerais que ce soit paisible», souligne-t-il, ajoutant qu’elle ignore qu’il sollicite l’aide médicale à mourir, raison pour laquelle il a demandé une interdiction de publication concernant un recours judiciaire lié à son dossier.

Les professionnels de santé l’ont orienté vers des examens d’imagerie cérébrale pour tenter de comprendre sa réaction agressive aux médicaments, et ont découvert par hasard qu’il souffrait de sclérose en plaques. Selon son dossier médical, cette maladie chronique en est à un stade précoce.

John affirme ne pas avoir remarqué de symptômes, ce qui signifie qu’il ne remplit pas les critères d’admissibilité à l’aide médicale à mourir, qui exigent que le patient se trouve dans un état de déclin avancé.

Cependant, ce diagnostic constitue désormais le fondement de sa demande d’aide médicale à mourir.

John a commencé à étudier attentivement la loi après avoir pris connaissance d’un recours constitutionnel en Ontario, dans lequel il était soutenu que l’exclusion des personnes atteintes de troubles mentaux était discriminatoire.

John précise que le programme d’aide médicale à mourir de la Nouvelle-Écosse a accepté de l’évaluer. Son premier rendez-vous est prévu cette semaine.

Si vous ou l’un de vos proches avez des pensées suicidaires, une aide est disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 en appelant ou en envoyant un texto au 988 (1-866-APPELLE au Québec), la ligne d’écoute nationale canadienne de prévention du suicide.

La couverture santé de La Presse Canadienne est soutenue par un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est seule responsable de ce contenu journalistique.

Hannah Alberga, La Presse Canadienne

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