Cancer colorectal: Québec demeure la seule province sans dépistage organisé

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Trois organismes pressent le gouvernement du Québec de mettre en œuvre un programme de dépistage du cancer colorectal, la deuxième cause de décès par cancer chez les hommes et les femmes au pays. Le Québec est la seule province canadienne sans un tel programme.
Dans un communiqué diffusé mercredi, Cancer colorectal Canada, la Fondation québécoise du cancer et la Société canadienne du cancer rappellent qu'il y a bientôt trois ans, une motion était adoptée à l'unanimité par l'Assemblée nationale demandant la mise en œuvre du Programme québécois de dépistage du cancer colorectal d'ici la fin du mandat du gouvernement de la Coalition avenir Québec.
Le programme offrirait un dépistage aux personnes de 50 à 74 ans par le biais d'invitations systématiques (comme cela se fait par exemple pour le cancer du sein). La charge ne reposerait donc plus sur les gens qui doivent demander eux-mêmes le test immunochimique de recherche de sang occulte dans les selles (RSOSi). Présentement, environ 40 % de cette population se fait dépister, alors que le niveau visé est 60 %, a fait savoir en entrevue Barry D. Stein, PDG de Cancer colorectal Canada.
Il s'explique mal pourquoi le Québec tarde autant à mettre en place un programme de dépistage organisé. Selon lui, la province a les ressources nécessaires pour l'appliquer. «Le programme a été annoncé, c'est juste que nous n'avons pas implanté le programme comme tel et chaque année que je demande ça, il y a une autre excuse. Généralement, c'est la question d'informatique qu'on attend depuis 15 ans. Mais ce n'est pas une excuse et franchement, nous autres, avec la Fondation québécoise du cancer et la Société canadienne du cancer, ont dit c'est assez», lâche M. Stein.
«C'est très frustrant, ajoute-t-il. [...] Tous les politiciens admettent qu'on a besoin d'un programme, mais pour une raison ou une autre non expliquée, nous n'avons pas de programme et on est la dernière province au Canada, même les autres territoires ont lancé leur programme. Comment est-ce que toutes les autres provinces peuvent le faire et que le Québec n'est pas capable de le faire? C'est impossible à comprendre et l'argent est là.»
Hausse du taux d'incidence chez les moins de 50 ans
Selon les plus récentes données, environ 7300 Québécois recevront un diagnostic de cancer colorectal cette année, et 2350 en mourront. À l'échelle du Canada, 26 400 personnes seront diagnostiquées, dont 50 % qui sont en âge de travailler.
Lorsqu'il est repéré à un stade précoce (stade 1), le taux de survie au cancer du côlon dépasse les 90 %, mais cela diminue considérablement lorsque la maladie est détectée à un stade avancé.
La survie nette à 5 ans pour un stade 4 est de 11 %, ce qui signifie qu'à peine 11 % des personnes ayant reçu un diagnostic de cancer colorectal au stade 4 vivront au moins 5 ans à la suite du diagnostic.
Une autre tendance préoccupante se dessine par rapport à ce cancer: le taux d'incidence chez les moins de 50 ans augmente rapidement. Au point où certains pays ont décidé d'abaisser l'âge du dépistage du cancer colorectal afin de le détecter le plus possible à un stade précoce. C'est le cas des États-Unis qui a abaissé en 2021 à 45 ans l'âge de début du dépistage.
Les trois organismes qui lèvent un drapeau rouge mercredi demandent au gouvernement du Québec de mandater l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESSS) pour étudier la possibilité d'abaisser l'âge de dépistage à 45 ans dans la province.
Les Canadiens nés après 1980 présentent aujourd'hui un risque de deux à deux fois et demie plus élevées d'être diagnostiqués avant l'âge de 50 ans que les générations précédentes.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne