Certains Canadiens continueront de boycotter l'alcool américain
TORONTO — L'interdiction des alcools américains est devenue un point d'achoppement majeur dans les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis, mais certains consommateurs ontariens affirment qu'ils ne se tourneront pas vers le vin californien ni vers le bourbon du Kentucky, même si ces produits réapparaissent dans les rayons des magasins.
Cette interdiction est en vigueur au sein de la Société des alcools du Québec depuis le 4 mars dernier et est également appliquée dans la plupart des provinces canadiennes, en guise de représailles contre les droits de douane imposés par le président Donald Trump.
Peter Olson, un habitant de Toronto, a déclaré qu’il n’achèterait pas d’alcool américain si le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, décidait de faire marche arrière, alors que le gouvernement fédéral cherche à conclure un accord pour éviter de nouveaux droits de douane américains et régler ceux qui pèsent déjà sur les secteurs de l’acier, de la sylviculture et de l’automobile.
«Je n’en achète pas. Ça ne m’a pas vraiment manqué, donc je pense que ça ira, a affirmé M. Olson jeudi devant un magasin de la Régie des alcools de l'Ontario dans le centre-ville. On a en quelque sorte tout remplacé par des produits canadiens, et il n’y a vraiment rien de particulièrement exceptionnel aux États-Unis qui ferait une grande différence.»
Division parmi les provinces
La première ministre québécoise, Christine Fréchette, n’a pas voulu s’engager à remettre l’alcool américain sur les tablettes de la SAQ. Elle a refusé de prendre cet engagement avant d'avoir une connaissance plus profonde des modalités de l'entente.
Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a déclaré jeudi que le premier ministre Mark Carney avait «en substance» indiqué aux premiers ministres provinciaux, lors d’une réunion d’information, qu’il n’y aurait pas d’accord commercial sans l’engagement de réapprovisionner les rayons en alcool américain. M. Kinew a ajouté que si l’alcool revenait dans les rayons canadiens, les gens devraient «le laisser là».
Pourtant, le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, a déclaré que tous les premiers ministres provinciaux avaient convenu de réautoriser l’importation d’alcools américains lors de leur entretien téléphonique avec Mark Carney, mais le premier ministre ontarien n’a pas confirmé cette information.
Doug Ford n’a pas abordé la question jusqu’à présent cette semaine, mais il a récemment déclaré qu’il était ouvert à la réintroduction des alcools américains s’il y avait un «accord équitable» protégeant les secteurs durement touchés par les droits de douane, en particulier ceux de l’Ontario.
Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Tim Houston, a dit être «disposé» à «mener à bien le processus», précisant tout de même que cela dépendrait «de la conclusion d’un accord définitif». «Quant à savoir si les Néo-Écossais ou les Canadiens achèteront réellement ces produits lorsqu’ils seront de nouveau disponibles en rayon, c’est une tout autre discussion», a-t-il ajouté.
L’Alberta et la Saskatchewan ont déjà levé leurs interdictions sur les alcools américains.
D’autres premiers ministres provinciaux semblaient également rester discrets quant à leur conversation avec le premier ministre fédéral. Les cabinets de la première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, et du premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Rob Lantz, ont tous deux refusé jeudi de faire des commentaires tant que les détails de l’accord commercial n’auront pas été rendus publics.
«Il faut résister»
Marquita Stewart se compte parmi ceux qui sont «absolument et catégoriquement opposés» au retour des marques américaines dans les rayons canadiens.
«Nous devons réfléchir à ce que le président américain fait subir à notre pays, et il n’est absolument pas question que je soutienne quoi que ce soit d’américain. Donc oui, il faut résister», a-t-elle déclaré.
Shanna Nozdryn n’est pas opposée au maintien de l’interdiction si cela permet d’obtenir un «changement plus important» à la table des négociations, mais elle admet que certaines boissons américaines lui manquent.
«Je suis toujours ravie de soutenir les produits canadiens, mais le bourbon me manque vraiment, tout comme ces agréables gorgées en fin de journée. Rien ne vaut le bourbon américain», a-t-elle confié.
Connor Gillet a déclaré que son mari et lui n'achèteraient pas d'alcool américain s'il revenait sur le marché. Il a expliqué que c'était en partie parce qu'ils ne se considéraient pas comme de grands buveurs, mais aussi parce qu'ils s'étaient engagés dans un boycottage plus large des produits américains, y compris ceux des entreprises qui soutiennent les Forces de défense israéliennes.
«Je pense qu’il est bon de diversifier notre dépendance vis-à-vis des produits américains afin qu’ils ne soient pas nos seuls fournisseurs en matière d’alimentation, d’alcool ou d’autres produits de ce genre», a-t-il expliqué.
M. Gillet a prédit que Doug Ford continuerait à s’opposer au retour des alcools américains dans les rayons ontariens.
Il a ajouté que, même si l’achat de produits américains relevait de la «liberté de choix», il n’avait pas l’intention d’acheter d’alcool américain de sitôt.
— Avec des informations de Ian Bickis à Winnipeg et Thomas Laberge, à Québec
Monique Kasonga, La Presse Canadienne

