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Changement majeur dans le traitement du staphylococcus aureus

durée 09h15
18 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La molécule la plus couramment utilisée pour traiter les infections sanguines causées par Staphylococcus aureus n'est pas le meilleur choix et on dispose d'au moins deux autres alternatives tout aussi efficaces et potentiellement plus sécuritaires, démontrent des travaux auxquels ont participé des chercheurs montréalais.

Deux études publiées simultanément par le New England Journal of Medicine et The Lancet, qui comptent parmi les revues médicales les plus prestigieuses de la planète, indiquent ainsi que la céfazoline et la benzylpénicilline constituent des solutions de rechange plus sûres et tout aussi efficaces que la cloxacilline, qui est le traitement courant depuis des dizaines d'années.

«Il s'agit d'une maladie très importante à l'échelle mondiale», a dit le docteur Todd Lee, un médecin spécialiste en maladies infectieuses et en médecine interne au Centre universitaire de santé McGill qui a dirigé le recrutement de centaines de patients partout au Canada.

«Et pour la première fois, je pense que nous avons démontré que nous pouvons améliorer la prise en charge de cette maladie et réduire la mortalité ainsi que les effets secondaires.»

Le docteur Lee est le premier auteur de l’étude publiée dans le NEJM et l'auteur principal de l’étude publiée dans The Lancet. Il a discuté de ses travaux en primeur avec La Presse Canadienne.

Le staphylocoque vit sur la peau des humains et peut causer des problèmes de santé de gravité variable. Les infections à staphylocoque sont responsables de plus d’un million de décès chaque année, a-t-on indiqué par voie de communiqué. La forme la plus sérieuse de l’infection survient lorsqu’elle atteint la circulation sanguine, entraînant un taux de mortalité allant de 15 à 25 %.

L'équipe internationale responsable de l'essai SNAP (pour Staphylococcus aureus Network Adaptive Platform Trial) a comparé l'efficacité de la molécule la plus couramment utilisée, la cloxacilline, à celle de deux autres, la céfazoline et la benzylpénicilline.

«On croyait que (la céfazoline) n'était pas aussi efficace en raison de résultats obtenus en laboratoire, et c'était presque un sacrilège de suggérer le contraire, a dit le docteur Lee. On a donc décidé de le vérifier de manière définitive.»

L'étude publiée par le NEJM montre que la céfazoline est au moins aussi efficace que la cloxacilline, tout en étant associée à moins d’effets indésirables et à un risque moindre d’atteinte rénale.

En présence d'un Staphylococcus aureus sensible à la méthicilline, a-t-on expliqué par voie de communiqué, il existe une probabilité de 89 % que la céfazoline soit associée à une mortalité plus faible. Les patients traités par céfazoline obtiennent de meilleurs résultats, et on note moins de décès dans les 90 jours suivant le traitement, a-t-on précisé.

«Je pensais personnellement que la céfazoline aurait des avantages et serait supérieure, mais je n'aurais pas pu l'affirmer avec certitude», a confié le docteur Lee.

L'article publié dans The Lancet s'est plutôt intéressé au Staphylococcus aureus sensible à la pénicilline.

Dans ce cas-ci, les patients traités avec la benzylpénicilline ont subi moins d’atteintes rénales, et le taux de mortalité était également plus faible, soit 14 %, comparativement à 22 % dans le groupe traité avec la cloxacilline, a dit le docteur Lee.

«Nous disposons désormais de données qui nous indiquent comment traiter les patients à l'avenir, a déclaré le docteur Lee. Il existe tant de domaines en médecine où la pratique varie en fonction d'opinions et de certaines études sur les animaux. Mais dans ce cas précis, nous avons mené un essai randomisé qui nous permet de dire: "Voilà comment je vais prendre en charge les mille prochains patients atteints de cette maladie que je vais voir".»

Ces résultats sont aussi importants dans le cadre du phénomène mondial de l'antibiorésistance, a souligné le docteur Lee.

«Je dis souvent qu'un patient ne peut pas développer de résistance aux antibiotiques s’il est décédé, a-t-il dit. L’avantage de la céfazoline réside donc ici dans le fait que, théoriquement, le risque de décès est réduit de 20 %. Il se peut donc qu’au niveau de la population, on observe certaines évolutions en matière de résistance aux antimicrobiens, mais c'est largement compensé par le bénéfice en termes de mortalité.»

Tout ce qu'on sait pour le moment, a-t-il ajouté, «c’est qu’il s’agit d’un traitement plus efficace, que la mortalité est un critère d’évaluation d’une importance capitale, et qu’il s’agit d’une mortalité à très court terme».

«Il s’agit d’une infection qui entraîne la mort en l’espace de quelques semaines, a rappelé le docteur Lee. Parvenir à infléchir cette courbe et permettre à une personne qui n’aurait pas survécu au cours du mois suivant de rester en vie est une réussite tout à fait incroyable.»

Les infections au Staphylococcus aureus étaient originalement traitées avec la pénicilline. Le traitement a été délaissé quand la bactérie y a développé une résistance. Des tests montrent toutefois maintenant que certaines souches sont de nouveau vulnérables à la pénicilline.

Les responsables de SNAP estiment donc qu'on peut envisager le retour de molécules plus anciennes pour combattre le Staphylococcus aureus...mais avec prudence.

«Je pense que la leçon à en tirer, comme c'est le cas pour de nombreuses maladies infectieuses et dans bien des domaines de la médecine, c'est qu'il y a des pratiques que nous considérons comme la norme, mais qui reposent parfois sur des données dont la qualité n'est tout simplement pas suffisante; et lorsque nous avons la possibilité d'obtenir de meilleures données, nous devrions le faire», a conclu le docteur Lee.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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