Cinq points communs entre le Groenland et le Canada

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Alors que le Groenland et le Canada ressentent tous deux la menace de l’expansion américaine, ils entretiennent des liens étroits qu’ils espèrent consolider.
En février 2024, le territoire danois a lancé une stratégie arctique prévoyant l’ouverture d’un bureau de représentation du Groenland à Ottawa. Dix mois plus tard, le Canada s’est engagé à ouvrir un consulat à Nuuk, dont l’ouverture est prévue au début du mois prochain.
Voici cinq points communs entre le Canada et le territoire danois:
Une frontière terrestre
En 2022, le Canada et le Danemark ont conclu un accord pour régler à l’amiable un différend concernant l’île Hans, un territoire de 1,3 km² que les deux pays revendiquaient depuis cinquante ans.
Ce rocher inhabité se situe entre l’île d’Ellesmere, au Nunavut, et le Groenland. Il a été divisé le long d’une crête naturelle, attribuant environ 40 % du territoire au Canada et le reste au Groenland. Cela signifiait que, pour la première fois, le Canada partageait une frontière terrestre avec le Danemark.
Dans le cadre de ce long différend, des soldats des deux nations ont déposé des bouteilles d'alcool sur l'île, accompagnées de petits mots, tout en retirant leurs drapeaux respectifs. Ce conflit fut surnommé la «Guerre du Whisky».
Les négociations ont duré 17 ans et ont permis de résoudre un désaccord entre les deux pays concernant leurs frontières maritimes sur le plateau continental. Les deux pays avaient convenu de soumettre le différend à la Cour internationale de Justice en cas d'échec des négociations, afin de réaffirmer leur soutien au droit international.
L'accord a succédé à des consultations avec les Inuits du Nunavut et du Groenland, qui ont conservé leurs droits de chasse et leur liberté de circulation sur l'île.
Population inuite
Lorsque le différend relatif à l'île Hans a été résolu en 2022, Ottawa a déclaré que le processus avait incité à de nouvelles négociations sur la liberté de circulation pour les Inuits du Nunavut et du Groenland, afin de faciliter leurs visites à leurs proches.
Cela illustre les liens culturels et familiaux qui unissent ces territoires, distants de seulement 26 kilomètres. Selon le recensement de 2021, 70 545 Inuits vivent au Canada, la plupart sur leurs territoires ancestraux répartis entre le Nunavut, le Labrador et le nord du Québec.
La population du Groenland s’élevait à 57 000 personnes et, selon la plupart des estimations, 90 % de la population est inuite.
Les Inuits ont également collaboré par-delà les frontières coloniales pour défendre leurs droits et préserver leurs cultures par l’entremise du Conseil circumpolaire inuit, qui regroupe le Canada, le Groenland, l’Alaska et la Sibérie.
Le Groenland est confronté à certaines des difficultés que l’on observe dans le nord du Canada, comme la précarité des soins de santé et le suicide. Ce territoire bénéficie toutefois d’un modèle social nordique, axé sur l’accès aux soins médicaux et à l’éducation.
Le Nunavut et le Groenland jouissent tous deux d’une certaine autonomie et d’une certaine autogouvernance, mais ne possèdent pas la pleine souveraineté.
Changements climatiques et défense
Le réchauffement climatique a entraîné des changements disproportionnés dans le Grand Nord, affectant les saisons et l’accès aux plantes et aux aliments traditionnels.
Le Canada et le Groenland affirment vouloir renforcer leur collaboration dans la lutte contre les changements climatiques par le biais des missions diplomatiques qu'ils ouvriront prochainement. Ils évoquent notamment une collaboration accrue en matière de recherche et l'intégration des savoirs scientifiques et traditionnels.
L'évolution du climat accroît également les risques liés à l'ouverture de futures voies de navigation autour du Groenland et du Nunavut, ainsi que les inquiétudes quant à l'envoi de navires militaires et de recherche par des adversaires.
Le commandement des Forces armées danoises au Groenland a exprimé le souhait de mieux coordonner ses efforts avec le Canada en matière de défense du Nord, une coordination qui pourrait être facilitée par le nouvel accord sur l'industrie de la défense signé par Ottawa avec l'Union européenne l'an dernier.
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a indiqué qu'après des décennies de présence des troupes canadiennes en Europe occidentale, il est temps pour l'OTAN de se concentrer sur le Nord afin d'assurer une meilleure protection au Canada et dans les pays nordiques.
Richesse minière
Le Groenland possède d'abondantes ressources en minéraux critiques qui peuvent contribuer à la transition énergétique mondiale, notamment pour la fabrication de panneaux solaires et de batteries pour véhicules électriques.
Ces dernières années, les pays occidentaux se sont intéressés de près aux minéraux critiques, conscients de leur vulnérabilité stratégique liée à leur dépendance à une chaîne d'approvisionnement fortement influencée par la Chine. Néanmoins, les experts affirment que l'extraction minière au Groenland est particulièrement complexe et coûteuse en raison de sa situation géographique et de son relief.
L'expansion de l'exploitation minière au Groenland pourrait, en théorie, influencer les chaînes d'approvisionnement canadiennes, déjà affectées par les sanctions imposées par le Canada à la Russie après son invasion de l'Ukraine en 2022.
Avant ces sanctions, certains équipements miniers circulaient entre le Canada et la Russie, en raison de la similarité des topographies et des produits extraits.
Manifestations
Il y a un an, des Américains non invités se sont présentés au Groenland, distribuant des casquettes «Make America Great Again». Quelques semaines plus tard, le territoire a connu ses plus importantes manifestations, s'opposant aux discours sur l'expansion américaine.
Depuis, des commerces locaux vendent des vêtements portant l'inscription «Le Groenland n'est pas à vendre», à l'instar des casquettes portées par le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, sur lesquelles on pouvait lire «Le Canada n'est pas à vendre».
Sur les forums en ligne et dans les médias locaux, les Groenlandais semblent avoir suivi de près les propos de Donald Trump concernant l'intégration du Canada aux États-Unis.
En août dernier, des informations selon lesquelles des responsables de l'administration Trump cherchaient activement à promouvoir la sécession du Groenland du Danemark — allant jusqu'à dresser des listes de personnes favorables à l'intégration du territoire aux États-Unis — ont incité le Danemark à convoquer l'ambassadeur américain à Copenhague.
Les Américains ont néanmoins évoqué un fort désir d'indépendance au Groenland, dont l'opposition politique a appelé à des pourparlers avec les Américains en vue d'un éventuel pacte de souveraineté, qui pourrait être en partie financé par des mines exploitées par les États-Unis.
Samedi dernier, des dizaines de personnes ont manifesté à Iqaluit en solidarité avec le Groenland, pour protester contre les nouvelles menaces de Donald Trump de prendre le contrôle de l'île, située à quelque 825 kilomètres de là.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne