Contrairement à ce qu'a dit Bagdad, le Canada n'est pas prêt à rapatrier des détenus

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Affaires mondiales Canada réfute l'affirmation du gouvernement irakien selon laquelle Ottawa rapatrierait les Canadiens qui étaient détenus sous le régime du groupe État islamique (Daech).
Cette affirmation irakienne fait suite à une rencontre mardi entre l'ambassadeur du Canada à Bagdad, Christopher Boehm, et le conseiller à la sécurité nationale irakien, Qasim Al-Araji.
Le bureau de M. Al-Araji a publié un compte-rendu en arabe et en anglais indiquant que M. Boehm «avait fait part de la volonté de son gouvernement d'accueillir ses ressortissants parmi les détenus récemment remis» à l'Irak.
Des ressortissants étrangers ont été détenus pendant des années dans des centres de détention en Syrie par les forces kurdes qui ont repris cette région déchirée par les conflits des mains du groupe armé se faisant appeler l’État islamique d’Irak et du Levant.
Il a été rapporté plus tôt cette année que des prisonniers de divers pays, dont le Canada, étaient transférés en Irak en réponse à une demande des autorités de Bagdad, qui a été saluée par le gouvernement syrien et la coalition dirigée par les États-Unis contre l’État islamique.
Sally Lane, la mère de Jack Letts, un Canadien qui a été détenu en Syrie, a questionné Ottawa au sujet de la déclaration faite mardi par le gouvernement irakien. Un agent consulaire d’Affaires mondiales a déclaré que Bagdad n’avait pas rendu compte avec exactitude des propos de M. Boehm.
«Cette information est incorrecte et l’ambassadeur Boehm a malheureusement été mal cité, a écrit le responsable cette semaine. Le Canada n’est actuellement pas en train de rapatrier des Canadiens détenus en Irak.»
Le bureau de M. Al-Araji n’a pas répondu à une demande pour commenter la situation jeudi.
Dans une déclaration à La Presse Canadienne, Affaires mondiales a insisté sur le fait qu’il ne rapatriait actuellement aucun Canadien.
«Affaires mondiales Canada continue d’évaluer la fourniture d’une aide extraordinaire, y compris le rapatriement au Canada, au cas par cas», a écrit mardi la porte-parole Thida Ith.
«Les agents consulaires canadiens collaborent activement avec les parties prenantes de la région pour obtenir des mises à jour sur la situation. Pour des raisons de confidentialité et de sécurité opérationnelle, nous ne pouvons pas commenter des cas spécifiques.»
Mme Lane a souligné que le message que le ministère lui avait envoyé n'expliquait pas ce que l'ambassadeur du Canada avait réellement dit. Elle a dit craindre que son fils ne soit soumis à un procès ne respectant pas les normes en matière de preuve et a noté que le gouvernement du Canada a déjà indiqué qu'il n'intervenait pas dans les systèmes judiciaires étrangers.
«Nous sommes toujours dans le flou total quant au plan du Canada pour nos proches», a-t-elle écrit vendredi dans un message envoyé à La Presse Canadienne, affirmant qu’Ottawa pourrait en fait cautionner les peines d’emprisonnement à perpétuité.
«Je ne peux même plus décrire l'horreur et l'incrédulité face à la cruauté pure et simple de nos représentants, qui sont censés protéger les droits de tous les Canadiens à l’étranger», a écrit Mme Lane.
Ces dernières années, certaines femmes et certains enfants canadiens ont été rapatriés de Syrie avec l’aide de responsables canadiens et la coopération des autorités kurdes. Ottawa a refusé d’aider au rapatriement des hommes canadiens.
La Cour d’appel fédérale a statué qu’Ottawa n’était pas légalement tenu de rapatrier M. Letts et trois autres hommes canadiens. La Cour suprême du Canada a refusé en 2024 d’entendre un appel de cette décision.
Il y a un mois, Affaires mondiales a informé Mme Lane que son fils avait peut-être été transféré en Irak depuis le nord-est de la Syrie, ajoutant que les autorités canadiennes s’efforçaient toujours de confirmer son identité, car les informations dont disposait le ministère étaient incomplètes.
Amnistie internationale a mis en garde contre de graves violations des droits de la personne et des conditions de vie déplorables en Irak, notamment des prisons surpeuplées et insalubres, des procès inéquitables et des exécutions de masse.
Les parents de Jack Letts ont déclaré ne disposer d'aucune preuve pouvant indiquer que leur fils était devenu un combattant terroriste. Ils ont affirmé que Jack s'était opposé à Daech et avait même été jugé pour avoir condamné publiquement le groupe.
Dylan Robertson et Jim Bronskill, La Presse Canadienne