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David Bowie influence toujours la musique et les artistes, 10 ans après sa mort

durée 10h00
10 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Dix ans après sa mort comme une étoile noire, l'auteur-compositeur-interprète britannique David Bowie continue de marquer le monde de la musique et de définir ce qu'est être un artiste, selon des experts.

Décédé le 10 janvier 2016, deux jours après son anniversaire et la diffusion de son album testamentaire «Blackstar», Bowie a laissé derrière lui le legs d'une carrière artistique de près de 50 ans, marquée par 26 albums studio.

«Il a annoncé le musicien ou la musicienne entrepreneur du 21e siècle. Le fait qu'on doit se définir à travers une image forte, puis que l'artiste, c'est lui qui est le maître du jeu», affirme Danick Trottier, professeur titulaire de musicologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), en entrevue.

S'il est difficile de savoir quelles sont les influences des chanteurs aujourd'hui en vogue, plusieurs ne les dévoilant pas, M. Trottier a indiqué que les artistes «qui fonctionnent avec une conception très forte de leur image» s'inscrivent clairement dans l'héritage de Bowie.

«Les artistes qui ont une vision artistique, qui sont leurs propres managers d'une certaine façon, pour moi, il y a une influence considérable de David Bowie. Par exemple, une Taylor Swift», dit M. Trottier, citant par la suite le rappeur américain Tyler, The Creator.

Le professeur estime que les artistes qui ont un «lien très fort» avec la mode et les arts de la scène expérimentaux peuvent aussi s'inscrire dans les influences de Bowie, comme Lady Gaga.

«Les personnages de Bowie vont aussi permettre une mise en scène du concert et une transformation du concert en show», a souligné M. Trottier.

Ce passage d'un spectacle où on s'en tient à un programme de chansons et où on interagit peu avec le public vers des représentations de plus grande envergure alliant jeux de lumière et chorégraphies explique pourquoi Bowie est présenté «comme un des artistes par excellence de la performance», selon M. Trottier.

Pour Ons Barnat, professeur au département de musique de l’UQAM, musicien et ethnomusicologue, il est impossible d'aborder la musique pop aujourd'hui sans évoquer l'impact de Bowie.

«On voit bien que les stars actuelles s'en inspirent, ne serait-ce que par les voies qu'il a ouvertes dans la théâtralisation, sa présence sur scène, le fait d'utiliser des alter ego», soutient-il.

«Je pense que son influence va continuer de se faire sentir encore dans les décennies à venir. Ça fait juste dix ans qu'il est parti et puis on sent qu’il y a des artistes encore actuels, des jeunes artistes qui, quand ils le découvrent, ils sentent un élan de créativité grâce à toutes ses innovations qu'il a proposées tout au long de sa carrière», anticipe M. Barnat.

Arrivée sur terre en 1969

Bowie s'est fait connaître avec sa chanson «Space Oddity», diffusée en 1969.

Pourquoi est-ce que ce morceau en particulier a lancé sa carrière? Pour M. Trottier, c'est en raison de son «imaginaire très fort».

«C'est un imaginaire qui arrive au même moment où Kubrick, du côté du cinéma, va explorer avec "l’Odyssée de l'espace", ensuite avec "Orange mécanique". On est dans cette même période-là», explique-t-il.

«"Space Oddity", c'est comme si David Bowie arrivait en fusée et il débarquait sur terre.»

Son album «The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars», en 1972, a amené la mise en scène de son alter ego Ziggy Stardust. Les personnages de Bowie s'inscriront dans la mouvance du glam rock.

«Ce glam rock est très important, il va beaucoup définir les années 70, parce que c'est un rock où on mise beaucoup sur l'aspect théâtral de la musique, donc, la mise en scène, les masques, les personnages, etc., ce qui convient très bien à David Bowie. Il va être en effet l'un des fondateurs du glam rock avec T. Rex et Lou Reed», précise M. Trottier.

Pour le professeur Trottier, les années 1970 représentent la «décennie par excellence de Bowie», alors que l'artiste a marqué plusieurs genres musicaux.

«Il a été une grande influence du punk, il a été une grande influence de la new wave, mais sans qu'on puisse toujours le rattacher à une seule catégorie. C'est ce qui fait sa richesse justement, c'est ce qui fait que c’est sa décennie les années 70, c'est qu'il est partout», soutient M. Trottier.

Le professeur Barnat affirme que Bowie est devenu davantage connu du grand public dans les années 1980, alors qu'il emprunte un virage plus pop.

«Sa conquête du mainstream vient vraiment du début des années 80, avec son plus grand succès, "Let's Dance" en 83. Il est très présent sur MTV aussi», explique M. Barnat.

«Et après, c'est comme s'il délaissait un peu les alter ego pour devenir un peu plus lui-même. Les critiques disent que c'est comme s'il est devenu vraiment David Bowie après cette époque-là», ajoute-t-il.

Bowie n'a d'ailleurs pas cessé d'innover et de se réinventer jusqu'à la fin de sa carrière.

«Il était toujours à la recherche de nouveaux courants musicaux, c'est comme s'il les anticipait, c'est assez impressionnant de voir un peu comment les directions qu'il a choisies dans sa carrière, finalement, ont comme tracé la voie d'autres courants musicaux sans forcément qu'il s'en revendique comme étant le fondateur de ça. C'est assez particulier avec ce personnage», dit M. Barnat.

Redéfinir les identités établies

Par ses alter ego, son expression artistique et la mode, Bowie a remis en question les normes établies.

«Il montrait qu'il y avait d'autres identités en dehors des identités établies, des identités reconnues, comme celle hétéronormative, par exemple, ou de ce qu'est un homme, ou ce qu'est une femme», indique M. Trottier, ajoutant que les «Bowie boys» et les «Bowie girls», les admirateurs de la première heure du chanteur, venaient souvent habillés en ses différents personnages lors de ses concerts.

Le professeur Barnat souligne que par son image et son style, Bowie a proposé des choses complètement nouvelles à l'époque. Il cite en exemple sa prestation de sa chanson «Starman» à l'émission «Top of the Pops» en 1972.

«Il faut se remettre dans le contexte que c'était des couleurs complètement flashy, une attitude, deux hommes qui se rapprochent, du maquillage... Et sa collaboration avec des designers aussi, il a vraiment utilisé la mode comme un langage artistique qu'il est allé mélanger avec sa performance musicale.»

Pour M. Barnat, Bowie, qui s'est réinventé à de nombreuses reprises au cours de sa carrière, a libéré la créativité chez plusieurs artistes.

«Le message qu'il offre à beaucoup d'artistes, c'est que vous n'êtes pas enfermés dans une cage, vous pouvez vous libérer et aller ailleurs, et puis la créativité n'a pas de fin, n'a pas de limite», déclare-t-il.

Coralie Laplante, La Presse Canadienne

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