Des députés s'interrogent sur les retards dans le cadre de la coopération avec Taïwan

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Les députés conservateurs et bloquistes demandent aux libéraux de mener à bien un cadre de coopération commerciale avec Taïwan, après que l'envoyé de ce territoire au Canada a déclaré qu'Ottawa avait brusquement interrompu le processus.
Un haut diplomate canadien a affirmé la semaine dernière qu'il appartenait au Cabinet de décider de la suite à donner à ce cadre de coopération, qui, selon lui, est presque prêt à être signé.
«Le gouvernement examine le moment opportun et la manière de faire avancer ce dossier», a expliqué jeudi Weldon Epp, sous-ministre adjoint d'Affaires mondiales Canada responsable de la diplomatie dans la région Indo-Pacifique, devant le comité des affaires étrangères de la Chambre.
«Je m’attends tout à fait à ce que des décisions soient prises d’ici peu pour aller de l’avant.»
Il s'exprimait après que l'ambassadeur de facto de Taïwan, Harry Tseng, a déclaré à Radio-Canada dans un reportage diffusé en février que l'accord-cadre était prêt à être signé depuis avril de l'année dernière.
M. Tseng, chef du Bureau économique et culturel de Taipei au Canada, a décliné une demande d'entrevue la semaine dernière.
Il a déclaré à Radio-Canada que les équipes de négociation avaient paraphé chaque page du document.
Il a ajouté qu’il soupçonnait le gouvernement canadien de retarder l'affaire afin d’améliorer ses relations avec la Chine continentale au détriment de Taïwan.
Le premier ministre Mark Carney avait déclaré à ce moment que le Canada pouvait entretenir des relations commerciales avec les deux entités.
«On a des relations commerciales avec Taïwan, mais on met l'accent afin de renforcer nos relations commerciales avec la Chine», a déclaré le premier ministre le 4 février.
Taïwan, un État insulaire de facto autonome, est considéré par le Parti communiste chinois comme une province rebelle qui doit être réunifiée avec la Chine continentale.
Conformément à la politique de longue date du Canada sur la «Chine unique», Ottawa considère Beijing comme le seul représentant de la Chine, mais continue de collaborer avec Taïwan.
L'opposition veut des réponses
Lors de la réunion du comité la semaine dernière, le député bloquiste Alexis Brunelle-Duceppe a accusé le gouvernement de se traîner les pieds.
«La seule raison valable, présentement, du fait qu'on ne signe pas cette entente-là, c'est simplement parce qu'on ne veut pas froisser Beijing», a-t-il déclaré.
Michael Chong, porte-parole conservateur en matière d’affaires étrangères, a affirmé que les conservateurs souhaitaient qu’Ottawa agisse «sans tarder» sur cet accord.
«Nous soutenons pleinement cet accord», a-t-il indiqué au comité.
Le comité du commerce international de la Chambre a demandé séparément au gouvernement de «préciser les délais prévus pour la ratification de cet accord» et a invité le ministre du Commerce international, Maninder Sidhu, à témoigner sur la question.
Un porte-parole du cabinet de M. Sidhu a déclaré que les travaux sur le cadre de coopération étaient «très avancés et actuellement à l'étude par le ministre». Il n'a pas donné de calendrier pour la conclusion de l'accord.
«L'examen du ministre s'appuiera sur l'ensemble des discussions que les responsables canadiens mènent avec leurs interlocuteurs taïwanais sur toute une série de questions relatives à l'environnement commercial mondial», a expliqué le porte-parole Mujtaba Hussain.
M. Epp a précisé que ce cadre n’était pas un traité — qui aurait dû être déposé au Parlement — mais simplement un accord s’appuyant sur des pactes existants, tels que l’accord entre les deux pays sur la protection des investissements étrangers.
Il a ajouté que ce cadre offre «une occasion importante pour nous d’améliorer l’accès à certains secteurs de notre économie».
Darren Smith, directeur exécutif de la politique commerciale Indo-Pacifique au ministère des Affaires mondiales, a participé aux négociations.
Il a déclaré au comité que le cadre visait à préparer le terrain pour des ententes plus spécifiques sur des sujets tels que l’économie verte, l’intelligence artificielle et les chaînes d’approvisionnement.
«Il définit essentiellement le processus, l’architecture, les points de contact, ce genre d’éléments», a-t-il expliqué.
En octobre dernier, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a réaffirmé la politique de la Chine unique lorsqu’elle a été interrogée sur Taïwan lors d’une entrevue.
«Nous donnerons toujours la priorité aux besoins des Canadiens et nous poursuivrons notre engagement avec Taïwan», a-t-elle déclaré.
Lors d’une entrevue le 21 janvier, l’ambassadeur de Chine au Canada, Wang Di, a appelé le Canada à continuer de reconnaître officiellement Beijing comme le seul gouvernement de la Chine tout en entretenant des relations avec Taïwan.
«Nous ne nous opposons pas aux activités non officielles — les échanges économiques et interpersonnels non officiels —, mais ce à quoi nous nous opposons, c’est l’utilisation des échanges économiques et interpersonnels comme prétexte pour mener des activités officielles», a déclaré M. Wang par l’intermédiaire de son interprète.
M. Epp a indiqué qu'Affaires mondiales donnait suite à la demande de Mme Anand concernant une mise à jour de la stratégie Indo-Pacifique publiée par Ottawa en 2022 — avant que M. Carney n’entre en fonction et ne modifie l’approche du Canada envers la Chine et l’Inde.
«Je ne me prononcerai pas sur la forme que prendra cette mise à jour, qu'il s'agisse d'un document, d'un discours ou d'une autre forme. Je laisse cette décision au ministre», a-t-il déclaré.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne