Des retrouvailles émouvantes à l'aéroport Pearson pour des Canadiens fuyant la guerre

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Par La Presse Canadienne, 2026
TORONTO — Des proches attendaient avec des fleurs, des ballons et les bras ouverts pour accueillir en larmes les voyageurs canadiens à leur arrivée à l'aéroport Pearson de Toronto samedi, alors que de plus en plus de Canadiens fuient le Moyen-Orient.
Les passagers arrivés de Dubaï ont exprimé leur soulagement d'être de retour sur le sol canadien, ainsi que leur frustration face à l'attaque américaine contre l'Iran et à la réponse du gouvernement canadien qui, jusqu'à présent, a évacué les citoyens de la région alors que la guerre atteint la barre d'une semaine.
Camille Brown, qui a atterri à Toronto avec son mari et ses trois jeunes enfants, a raconté que la semaine dernière avait été traumatisante pour sa famille, l'Iran ayant envoyé des missiles et des drones aux Émirats arabes unis dans le cadre de frappes de représailles visant les infrastructures militaires américaines.
Mme Brown, qui réside à Toronto et vit à temps partiel à Dubaï, explique que sa famille habite près d'une base aérienne qui a été fréquemment prise pour cible.
«C'était vraiment traumatisant, a-t-elle témoigné. On pouvait l'entendre, on pouvait le sentir. La maison tremblait. C'était la chose la plus effrayante que j'ai jamais vécue.»
Mme Brown a décrit la panique et l'anxiété qu'elle a ressenties en essayant de protéger sa famille au cours des premiers jours qui ont suivi l'attaque des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, racontant qu'un jour, elle était à la plage avec ses enfants, et que le lendemain, c'était le «chaos».
«Nous dormions tous en bas, dans le salon, loin des fenêtres», a-t-elle souligné.
Mme Brown est arrivée à Toronto à bord d'un vol Emirates sur lequel le gouvernement canadien avait réservé 51 places, destinées aux Canadiens fuyant la région.
Mme Brown a toutefois précisé que sa famille avait elle-même obtenu ses places sur le vol après que le gouvernement fédéral eut conseillé aux Canadiens de trouver eux-mêmes un moyen de quitter la région au début de la semaine.
«Nous étions à Dubaï et nous essayions d'appeler Emirates (...) et (ma mère au Canada) a été la seule à réussir à joindre quelqu'un», a expliqué Mme Brown.
«Le gouvernement canadien nous a conseillé de trouver nous-mêmes un moyen de sortir de la région par des moyens commerciaux. Mais comment est-ce possible si nous ne pouvons même pas réserver quoi que ce soit?» a-t-elle ajouté.
En début de semaine, la ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, avait indiqué que les Canadiens bloqués au Moyen-Orient devaient «préparer des plans de départ qui ne dépendent pas uniquement de l'aide du gouvernement canadien», avant d'annoncer plus tard son intention de réserver des centaines de places pour les Canadiens sur des vols quittant la région.
Mme Brown demande au gouvernement canadien de renforcer les mesures visant à évacuer les Canadiens du Moyen-Orient.
«Il y a encore beaucoup de Canadiens là-bas. Ils doivent intensifier leurs efforts, a-t-elle soutenu. Nous avons besoin d'eux à Dubaï, à Abou Dhabi, pour faire sortir les Canadiens.»
Barb McBean, qui a atterri à Toronto avec son mari Bob McBean, a indiqué qu'elle avait hâte de passer sa première bonne nuit de sommeil sur le sol canadien «au lieu d'écouter les avions de chasse et les drones».
Les McBean séjournaient dans un hôtel de Palm Jumeirah, une célèbre île artificielle au large de Dubaï, lorsque la guerre a éclaté samedi dernier. Ils ont raconté avoir entendu quotidiennement des explosions au-dessus de leurs têtes, alors que le gouvernement des Émirats arabes unis abattait des missiles et des drones iraniens.
«Nous avons vu les missiles être interceptés, a mentionné M. McBean. Ils explosaient juste devant nos yeux. On pouvait les voir au-dessus de l'eau.»
Lorsque la guerre a éclaté, Mme McBean a eu l'impression de «revivre la COVID», car la circulation à Dubaï s'est arrêtée net et les habitants ont reçu l'ordre de se réfugier chez eux.
«C'était assez angoissant, car tout à coup, votre téléphone recevait ces alertes sonores vous demandant de vous mettre à l'abri, de descendre dans les sous-sols, de vous éloigner des fenêtres, et cela se produisait jour et nuit, a-t-elle souligné. C'était effrayant pour tout le monde.»
Critique de l'action américaine
M. McBean, qui dit avoir travaillé à Dubaï de manière intermittente au cours des 30 dernières années dans l'industrie pétrolière et gazière, a critiqué le gouvernement américain pour son action militaire contre l'Iran, certains critiques ayant déclaré que cette attaque violait le droit international.
«Ce n'est tout simplement pas la bonne chose à faire, estime-t-il. Ils n'ont même pas consulté leur propre Congrès, sans parler de l'ONU.»
Il se réjouit que le Canada ne se soit pas impliqué militairement dans le conflit jusqu'à présent.
«Je ne pense pas que nous devrions réagir. C'est leur problème, qu'ils se battent, ce n'est pas quelque chose dans lequel nous devrions nous impliquer», a-t-il avancé.
Les McBean vont poursuivre leur voyage de Toronto à Kelowna, leur ville d'origine. Pendant ce temps, Mme Brown dit qu'elle s'efforce de s'assurer que ses enfants vont bien après la semaine qu'ils viennent de passer.
Cette mère de trois enfants explique qu'il lui a été difficile d'expliquer à ses enfants, âgés de huit, six et trois ans, ce qui se passait alors que la guerre faisait rage à leur porte.
«Ils me demandaient s'ils pouvaient sortir (...) et jouer avec les voisins, et je paniquais. J'entendais des bruits au-dessus de ma tête, s'est-elle souvenue. Nous aurons certainement besoin d'un accompagnement psychologique après tout cela.»
Affaires mondiales Canada affirme ne pas avoir connaissance de Canadiens blessés ou tués à cause des hostilités au Moyen-Orient jusqu'à présent.
Des centaines d'autres Canadiens devraient quitter la région dans les prochains jours, le gouvernement fédéral ayant réservé des centaines de places sur des vols au départ.
Kathryn Mannie, La Presse Canadienne