Doug Ford défend son plan pour augmenter la capacité carcérale de l'Ontario

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Par La Presse Canadienne, 2026
TORONTO — Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a défendu le projet de son gouvernement visant à construire de nombreuses nouvelles prisons, assurant que les milliards de dollars que cela coûtera en vaudront la peine.
Les prisons de l'Ontario sont largement surpeuplées et la situation ne cesse de s'aggraver depuis des années, sous la houlette de M. Ford.
La province prévoit ajouter plus de 6000 nouvelles places en prison d'ici 2050, selon des documents gouvernementaux obtenus par La Presse Canadienne.
«Nous ne construisons pas des hôtels Four Seasons pour ces personnes, elles vont en prison, et encore une fois, peu m’importe qu’on les entasse sur dix étages, ce sont des criminels qui ont enfreint la loi et ils devront en répondre», a soutenu M. Ford.
Environ 80 % des détenus dans les prisons provinciales sont en attente de jugement et présumés innocents. Les établissements provinciaux accueillent des personnes accusées d’un crime mais non libérées sous caution, ainsi que celles purgeant des peines de deux ans moins un jour. Les détenus condamnés à des peines plus longues sont incarcérés dans le système pénitentiaire fédéral.
Les prisons coûtent cher. Une nouvelle prison de 375 places en cours de construction à Thunder Bay affiche un coût de 1,2 milliard $.
Les documents indiquent également que les 1140 places de détention que la province est en train de construire coûteront environ 4 milliards $.
«Ces milliards de dollars sont un bon investissement pour garantir la sécurité de nos communautés, a soutenu le premier ministre Ford, mardi. Et j'ai toujours dit que mon travail consistait à protéger les communautés, à protéger les gens, à protéger leurs emplois, et c'est exactement ce que nous faisons.»
M. Ford a expliqué que le plan consistait à construire continuellement de nouvelles prisons afin d’augmenter la capacité du système.
«Nous voulons envoyer un message aux juges: ne vous retenez pas, envoyez-les en prison, et nous nous occuperons d’eux», a-t-il déclaré.
Des problèmes «complexes» de capacité
Le dossier de transition préparé l'année dernière pour le solliciteur général Michael Kerzner présente le plan en trois phases de la province.
Les documents internes indiquent qu’il y a actuellement environ 2000 détenus de plus que la capacité d’accueil, qui s’élève à environ 8500 places dans toute la province.
Le ministère a déclaré que les problèmes de capacité étaient «complexes», mais que plusieurs facteurs contribuaient à cette augmentation, notamment un arriéré dans le système judiciaire pour traiter les cas de personnes en détention provisoire en attente de leur procès, des détenus restant plus longtemps en détention, la réforme de la mise en liberté sous caution et la croissance démographique.
Des chercheurs de l'Université d'Ottawa ont obtenu ce dossier grâce à une récente demande d'accès à l'information et ont partagé les documents avec La Presse Canadienne.
«Le plan de la province doit être considéré pour ce qu’il est: un gâchis total de plusieurs milliards de dollars qui va remplir les poches des amis du premier ministre Ford dans le secteur de la construction et le complexe industriel carcéral, tout en privant nos communautés des soutiens qui nous rendent réellement plus sécuritaires», a déploré Justin Piché, professeur de criminologie à l’Université d’Ottawa qui mène des recherches sur les prisons provinciales et fédérales.
Critiques de l'opposition
Les chefs des partis d’opposition estiment que la construction de nouvelles prisons n’est pas une solution pratique ou économique nécessaire pour réduire la surpopulation carcérale.
«Le gouvernement a complètement échoué à résoudre le problème de la surpopulation carcérale en raison de son sous-investissement dans notre système judiciaire, et par conséquent, un certain nombre de criminels endurcis sont libérés à cause de cela», a déclaré le chef du Parti vert, Mike Schreiner.
La surpopulation carcérale, combinée à la pénurie d’agents pénitentiaires, entraîne des mesures de confinement. Les tribunaux accordent depuis longtemps aux personnes condamnées pour des crimes un crédit plus important pour les jours de confinement que lorsque les prisons fonctionnent normalement, pour des raisons de préjudice excessif. Les juges en tiennent compte lors de la détermination de la peine, ce qui conduit souvent à des peines réduites.
«Construire davantage de prisons et y incarcérer des personnes coûtera plus cher au gouvernement et aux contribuables que s’ils construisaient des logements supervisés et des centres de traitement pour aider les gens», a fait valoir Lucille Collard, porte-parole libérale en matière de justice.
La cheffe du Nouveau Parti démocratique (NPD) ontarien, Marit Stiles, a souligné que M. Ford se concentrait sur la mauvaise partie du système judiciaire à réformer.
«Nos prisons sont actuellement gravement surpeuplées, ce qui n’est pas sans danger pour les détenus ni pour les agents pénitentiaires, a-t-elle affirmé. Je me demande simplement pourquoi ce gouvernement ne semble jamais envisager aucune des solutions en amont concernant la sécurité communautaire.»
Il y a deux ans, La Presse Canadienne a obtenu des données gouvernementales montrant que les prisons de la province fonctionnaient à 113 % de leur capacité en 2023, la majorité des établissements de la province étant remplis au-delà de leur capacité.
Liam Casey, La Presse Canadienne