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Douleur: la glace pourrait être plus nuisible qu'utile

durée 10h42
14 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Voilà qui risque de déboulonner une pratique bien ancrée: appliquer de la glace sur une blessure pourrait en réalité nuire à la guérison, au point d'en tripler la durée, préviennent des travaux réalisés par une équipe de l'Université McGill.

Si la glace peut soulager la douleur au moment de la blessure, elle semble ensuite interférer avec l'inflammation qui est une composante du processus normal de guérison, a expliqué une des membres de l'équipe de recherche, l'étudiante des cycles supérieurs Mélanie Di Maria.

«L'inflammation est souvent vue comme un ennemi, elle a souvent une mauvaise réputation, et ce n'est pas tout à fait faux, a dit Mme Di Maria. Mais l'inflammation en tant que telle, c'est le mécanisme de défense de l'organisme. C'est là pour combattre les bactéries, c'est là pour aider à la réparation des tissus. C'est vraiment le signal d'alarme de l'individu ou du corps.»

Les chercheurs pensent donc que «l'inflammation immédiate après la blessure, c'est crucial et c'est essentiel pour bien se rétablir», a-t-elle complété.

La nouvelle étude n'est pas la première à remettre en question les bienfaits à long terme de stratégies anti-inflammatoires courantes.

Des travaux antérieurs avaient ainsi démontré que certains médicaments, comme l’acide acétylsalicylique (Aspirine), pouvaient également prolonger la douleur, et des recherches sur des animaux ont indiqué que l’application de glace pouvait retarder la réparation des tissus.

L'application de glace, a dit Mme Di Maria, «c'est vrai que ça aide la douleur, que ça aide l'inflammation au début».

Le problème, a-t-elle poursuivi, c'est que leurs travaux pré-cliniques ont «démontré, et c'était vraiment étonnant, qu'à long terme, ça rallongeait la durée de la douleur».

«Donc même si on atténuait la douleur immédiate après la blessure, ça prolongeait de deux à trois fois le temps normal de rétablissement des blessures», a dit Mme Di Maria, qui est elle-même une athlète de niveau universitaire dans deux sports.

La nouvelle étude découle de travaux réalisés en 2022, et qui avaient révélé que les patients souffrant de maux de dos à qui on administrait des anti-inflammatoires, comme l'Advil, présentaient ensuite un risque plus important de développer une douleur chronique.

L'inflammation chronique est associée à plusieurs problèmes de santé, a poursuivi Mme Di Maria, «mais si on bloque l'inflammation initiale avec des anti-inflammatoires comme l'Advil, avec des corticostéroïdes ou avec de la glace, notre étude montre qu'on a de la misère à se rétablir à long terme, même si on a du soulagement à court terme».

«Les résultats de cette étude montrent que, tout comme pour les anti-inflammatoires stéroïdiens et non stéroïdiens, le recours à la cryothérapie devrait être réévalué dans la prise en charge des lésions inflammatoires aiguës», résument les auteurs de l'étude.

Ces travaux ont été réalisés chez des souris, et on ne peut donc pas conclure qu'on observerait la même chose chez des humains. Il serait toutefois intéressant de voir ce qui arriverait si on attendait quelques jours après la blessure avant d'appliquer de la glace, a dit Mme Di Maria. Une étude clinique qu'elle dirige pourrait permettre d'y voir un peu plus clair.

«On n'a pas énormément de manières de traiter la douleur, a-t-elle rappelé en conclusion. Et là, on vient de dire que la glace et l'Advil ne sont pas corrects. On a besoin de plus d'options. On sait que la douleur aiguë prédit la douleur chronique, mais on ne veut pas engendrer de douleur chronique avec nos méthodes de contrôler la douleur. On ne veut pas créer plus de problèmes qu'on en règle.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Anesthesiology.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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