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Enquête nationale sur la violence idéologique à la suite de la fusillade de Montréal

durée 18h34
25 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Une unité spécialisée dans la sécurité nationale au sein de la Gendarmerie royale du Canada a ouvert une enquête sur l'extrémisme violent à motivation idéologique à la suite de la fusillade survenue lundi midi à Montréal, qui a fait trois morts, dont un policier et un passant.

Dans un courriel envoyé jeudi, la GRC a indiqué que les sections de son Équipe intégrée d’application de la loi en matière de sécurité nationale de l’Est du Canada et de la région du Nord-Ouest collaboraient sur une affaire distincte de l’enquête pour meurtre menée par la Sûreté du Québec.

Ces équipes d’intervention de la GRC ciblent les groupes terroristes ou les personnes qui menacent la sécurité nationale. «L’enquête étant en cours, nous n’avons pour l’instant pas d’autres informations à communiquer», a déclaré l’agente de la GRC Marie-Pierre Guertin.

Bien que ni la GRC ni la SQ n’aient publié de détails concernant le mobile présumé de la fusillade de lundi, La Presse Canadienne a pris connaissance d’un manifeste rédigé par le tireur présumé, qui exprime sa haine envers les femmes et appelle à la violence.

Un responsable de la police fédérale a indiqué que les forces de police de différentes juridictions enquêtaient pour déterminer si l’attaque visait les policiers et l’entreprise de pornographie en ligne Pornhub, et si des conclusions peuvent être tirées du manifeste du tireur.

La Presse Canadienne ne divulgue pas le nom de ce responsable, car il n’était pas autorisé à s’exprimer publiquement sur cette affaire.

Le tireur présumé, un homme de 25 ans originaire de Lethbridge, en Alberta, a échangé des coups de feu avec la police devant un hôtel de Côte-des-Neiges, en face des bureaux montréalais d’Aylo, propriétaire de marques pornographiques, dont Pornhub.

Le coroner du Québec a identifié les deux personnes tuées: le policier Mohamed Lamine Benredouane, 34 ans, et Michel Mizrahi, 68 ans, membre éminent de la communauté juive de Montréal, qui se trouvait sur les lieux en tant que passant lors de la fusillade. Le tireur présumé est décédé lors de l’échange de coups de feu avec la police.

La SQ mène l’enquête criminelle sur cette fusillade. Le Bureau des enquêtes indépendantes examine l’intervention des agents, comme le prévoit la procédure chaque fois qu’une personne décède au cours d’une opération policière.

S’exprimant lors d’une conférence de presse jeudi, le premier ministre Mark Carney a déclaré qu’il était tenu informé de l’avancement de l’enquête pénale, mais qu'il ne lui appartenait pas de révéler ces informations avant les autorités compétentes.

Par ailleurs, plusieurs centaines de personnes devaient se rassembler à Montréal jeudi soir pour manifester contre l’idéologie «incel». Le terme «incel» est l’acronyme de «involuntary celibate» (célibat involontaire) et désigne une sous-culture internet dominée en grande partie par des hommes qui reprochent aux femmes et aux structures sociales leur manque de relations sexuelles ou amoureuses.

La militante Céleste Trianon a indiqué que la manifestation débuterait au mémorial du massacre de la Polytechnique, au cours duquel un tireur motivé par sa haine du féminisme avait tué 14 femmes.

La manifestation a pour but de susciter un débat plus large sur la misogynie, la violence à l’égard des femmes et la radicalisation en ligne de certains jeunes hommes, a-t-elle expliqué.

Mme Trianon a ajouté qu’elle et trois autres femmes avaient organisé la manifestation quelques heures seulement après la fusillade. Elle a raconté que le manifeste du tireur disait «tuez-les toutes», faisant référence à la dernière page du manifeste, dans laquelle l’auteur appelle «les déshérités» à éradiquer une «saleté» et des «ennemis» non identifiés.

Léa Clermont-Dion, professeure associée en sciences de l’éducation à l’université Concordia, dont les recherches portent sur les mouvements antiféministes, a déclaré que le document rédigé par le tireur présumé reflétait des idées couramment associées à l’idéologie «incel».

«Il me semble évident que cet homme serait considéré comme un "incel" même s’il n’utilisait pas ce terme», a dit Mme Clermont-Dion.

Cette idéologie a été associée à plusieurs actes de violence au Canada, notamment l’attaque à la camionnette de Toronto en 2018 qui a fait dix morts et un meurtre commis à Toronto en 2020, que le juge a par la suite qualifié d’acte de terrorisme motivé par l’idéologie «incel».

Mme Trianon a expliqué que les organisatrices avaient choisi de se rassembler au mémorial de la Polytechnique, car elles estiment que la fusillade de lundi rappelait que la violence alimentée par la haine des femmes est toujours une menace.

Elle a ajouté qu'il s'agissait d'un coup de chance si aucune femme n'avait été tuée lors de la fusillade de lundi.

La manifestation a suscité des centaines de réactions sur l'annonce Facebook de Mme Trianon pour l’événement. Les messages faisaient valoir que, puisqu’aucune femme n’était morte lors de la fusillade de lundi, la manifestation n’avait pas lieu d’être.

Mme Trianon a déclaré que ces réactions n’avaient fait que renforcer sa conviction que la manifestation était nécessaire.

Charlotte Glorieux, La Presse Canadienne

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