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Erreurs et oublis révélés dans des déclarations de la GRC après la fusillade en N.-É.

durée 16h06
21 juin 2022
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2022

HALIFAX — Dans les jours qui ont suivi la fusillade de masse qui a fait 22 morts en Nouvelle-Écosse, des déclarations de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) au public ont été truffées d'erreurs, de confusion et d'omissions, révèle un rapport récemment publié.

Le document, publié mardi par l'enquête sur la tragédie de 2020, affirme également que des informations clés sur l'affaire, y compris les noms des victimes et les types d'armes utilisées par le tueur, ont été dissimulées au public plus longtemps que nécessaire.

La commission d'enquête n'a pas pour mandat d'attribuer le blâme, mais le document de 126 pages dresse une longue liste d'erreurs et de retards, dont certains ont suscité la colère des hauts gradés de la GRC à Ottawa.

Le résumé des preuves confirme que dans la nuit du 19 avril 2020, lorsque la GRC a tenu sa première conférence de presse sur le carnage de 13 heures du tueur, elle a initialement choisi de sous-estimer le nombre de personnes connues pour être des victimes.

Le haut responsable qui a dirigé les premières conférences de presse de la GRC, le surintendant Chris Leather, a déclaré après avoir été sollicité par des journalistes que «plus de 10 personnes ont été tuées». Cependant, avant sa conférence de presse de 18h à Halifax, M. Leather savait que des victimes étaient toujours retrouvées et que le bilan officiel était de 17 personnes tuées, selon le document.

Lors d'entrevues avec les médias plus tard dans la soirée, la cheffe de la GRC, la commissaire Brenda Lucki, a déclaré à CBC que 13 personnes avaient été tuées. Et juste avant 20h cette nuit-là, Mme Lucki a informé La Presse Canadienne que le nombre de victimes était de 17.

La confusion qui en a résulté a provoqué une avalanche de courriels parmi les cadres supérieurs de la GRC. Jolene Bradley, directrice des communications stratégiques au quartier général de la GRC à Ottawa, a envoyé un message à son homologue en Nouvelle-Écosse, disant : «cela n'aide pas que la (commissaire) donne le nombre ! J'essaie vraiment de le remettre dans la boîte pour vous.»

Lia Scanlan, directrice des communications stratégiques à Halifax, a répondu : «Merci. Ça a l'air horrible et j'ai dû demander à toute mon équipe d'éteindre leurs téléphones (...) Seigneur, aide-moi !!»

À 22h21, Mme Scanlan a envoyé un autre courriel au quartier général disant: «Puis-je faire une demande pour arrêter de changer le nombre de victimes? S'il vous plaît, permettez-nous de diriger la publication des informations. Cela semble fragmenté et incohérent.»

Dans une entrevue de suivi avec les responsables de l'enquête, Mme Scanlan a déclaré que des représentants du gouvernement, dont le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair et le premier ministre Justin Trudeau, «pesaient sur ce que nous pouvions et ne pouvions pas dire» lors des points de presse. Elle n'a pas donné plus de détails.

Mme Scanlan a déclaré à l'enquête que 10 était le nombre utilisé pour la première fois par la GRC de la Nouvelle-Écosse «parce qu'à un certain moment, vous devez donner vos informations définitives».

Vers 23h le 19 avril 2020, la GRC avait conclu que jusqu'à 22 personnes avaient été tuées. Le lendemain, M. Leather a indiqué que le nombre de morts était passé à au moins 19. La GRC n'a pas révélé le nombre définitif avant la publication d'un communiqué le 21 avril 2020.

À un autre moment de la première conférence de presse, on a demandé à M. Leather si le tueur était connu de la police. Il a répondu que non, mais ce n'était pas le cas.

Le matin du 19 avril 2020, la GRC a appris des dossiers de la police que le tueur avait menacé de tuer ses parents en 2010 et avait accès à des armes d'épaule. Les dossiers ont également confirmé qu'il avait dit à une source policière en 2011 qu'il «voulait tuer un policier». Et au début de 2020, il a eu une interaction bizarre, mais non violente avec les policiers qui avaient garé leur véhicule dans le stationnement à côté de son entreprise de fabrication de prothèses dentaires à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse.

Quant à l'identité des victimes, M. Leather a déclaré le 20 avril 2020 qu'aucun nom ne serait divulgué tant que le médecin légiste de la Nouvelle-Écosse n'aurait pas confirmé l'identité de certaines personnes. 

Cependant, les propres dossiers de la GRC montrent qu'à 17h25 ce jour-là, tous les proches parents immédiats des victimes avaient été informés de leur décès – et que le quartier général de la GRC avait confirmé son accord à la divulgation des noms.

Le 25 avril, les médias ont confirmé les noms des 22 victimes, mais la GRC n'avait pas encore fourni de liste.

Le manuel opérationnel de la GRC indique que les noms des personnes décédées peuvent être divulgués une fois que les proches ont été avisés, mais seulement si la divulgation faisait avancer l'enquête, s'il y avait un problème de sécurité publique ou si les identités ont déjà été rendues publiques par d'autres moyens.

Michael MacDonald, La Presse Canadienne