L'anaplasmose transmise par les tiques est en hausse

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Par La Presse Canadienne, 2026
TORONTO — Un article du Journal de l'Association médicale canadienne invite les médecins à envisager l'anaplasmose comme diagnostic possible chez les patients présentant une fièvre inexpliquée, alors que les maladies transmises par les tiques sont en augmentation dans l'est du Canada.
L'auteur principal, le Dr Michael Quon, spécialiste en médecine interne à l'Hôpital d'Ottawa, et ses collègues ont décrit le cas d'un homme de 79 ans qui présentait de la fièvre, des frissons et une faiblesse généralisée qui l'avaient fait chuter l'été dernier.
Le patient ne se souvenait pas avoir été piqué par une tique, mais il vivait dans une zone rurale de l’est de l’Ontario où les maladies transmises par les tiques sont endémiques et passait souvent du temps dans les bois.
À l’hôpital, le patient présentait une numération globulaire basse et a développé un essoufflement, une légère atteinte rénale ainsi qu’une myocardite, c’est-à-dire une inflammation du muscle cardiaque.
Les médecins lui ont administré de la doxycycline, un antibiotique, afin de traiter toute une série d’infections bactériennes possibles, notamment l’anaplasmose, une maladie moins connue transmise par la même tique à pattes noires qui propage la maladie de Lyme. On l'appelle également «tique du chevreuil».
La doxycycline est le traitement de première intention tant pour la maladie de Lyme que pour l’anaplasmose, a précisé le Dr Quon.
L’état du patient s’est rapidement amélioré et il s’est finalement complètement rétabli. Les résultats des analyses de laboratoire, obtenus après le début du traitement, ont confirmé l’anaplasmose.
«Il est vraiment important de parler de cette infection, car nous la rencontrons de plus en plus souvent dans la pratique clinique, en médecine interne, et c’est une nouvelle pathologie», a déclaré le Dr Quon lors d’une entrevue.
«Il ne s’agit pas d’une infection que nous rencontrions il y a cinq ans à l’hôpital.»
Une maladie «très facile à traiter»
Le Dr Quon a expliqué qu’il souhaitait publier cette étude de cas, car les symptômes initiaux de l’anaplasmose – tels que la fièvre, la fatigue, les maux de tête ou les troubles gastro-intestinaux – sont très généraux et peuvent être causés par une grande variété de maladies.
Mais il souhaite que les médecins envisagent précisément l’anaplasmose dans les régions où la prévalence des tiques à pattes noires est en augmentation, notamment dans une grande partie de l’est du Canada.
En effet, l’anaplasmose est «très facile à traiter» à l’aide de la doxycycline.
Or, si elle n’est pas traitée, l’anaplasmose peut entraîner de graves complications, notamment une myocardite, une inflammation cérébrale, une détresse respiratoire aiguë et une insuffisance rénale.
Les médecins devraient interroger leurs patients sur leur exposition à l’extérieur et leur demander s’ils ont pris des mesures de protection, telles que l’utilisation d’un répulsif contenant du DEET ou l’inspection de leur corps à la recherche de tiques, indique l’article de M. Quon, publié lundi.
Mais ils doivent également garder à l’esprit que 50 à 75 % des patients chez lesquels une maladie de Lyme à un stade précoce a été diagnostiquée ne se souviennent pas avoir été piqués par une tique; le même problème se pose donc probablement dans le cas de l’anaplasmose, a-t-il ajouté.
Le message principal du Dr Quon aux médecins est de commencer immédiatement un traitement à la doxycycline si l’anaplasmose est cliniquement envisageable, plutôt que d’attendre un résultat de laboratoire positif, «car le risque de progression (de la maladie) est important».
Une augmentation des cas
Jules Koffi, épidémiologiste principal à l’Agence de la santé publique du Canada, a indiqué que la prévalence des tiques à pattes noires était en hausse dans le pays, du Manitoba vers l’est, mais surtout en Ontario, au Québec et en Nouvelle-Écosse.
Cela s’accompagne d’une augmentation des maladies transmises par les tiques, notamment la maladie de Lyme et l’anaplasmose, a-t-il soutenu.
Parmi les tiques prélevées à des fins d’analyse en 2024, 6 % se sont révélées positives à Anaplasma phagocytophilum, la bactérie responsable de l’anaplasmose, a précisé M. Koffi.
Ce chiffre est en hausse par rapport aux 3 % enregistrés en 2022, a-t-il précisé.
M. Koffi a souligné qu’il était important que les médecins envisagent à la fois l’anaplasmose et la maladie de Lyme comme diagnostics possibles, et a mis de l'avant quelques signes caractéristiques permettant de distinguer les deux.
«La maladie de Lyme se manifeste souvent par une éruption cutanée qui s’étend dans sa phase précoce, tandis que l’anaplasmose se présente généralement comme une affection de type grippal sans éruption cutanée», a-t-il expliqué.
De plus, les patients atteints d’anaplasmose présentent souvent une numération globulaire faible.
Toutefois, les patients peuvent également être infectés simultanément par ces deux maladies transmises par les tiques, a signalé M. Koffi.
«Continuez à sortir»
Malgré l’augmentation des maladies transmises par les tiques, celles-ci restent relativement rares et les médecins tiennent à souligner qu’ils ne souhaitent pas dissuader les gens de passer du temps à l’extérieur en été.
«Continuez à sortir», a affirmé le Dr Jeffrey Pernica, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital McMaster pour enfants de Hamilton.
La meilleure chose à faire est de prendre des précautions simples, a-t-il ajouté, notamment en utilisant un répulsif contenant du DEET ou de l’icaridine.
De plus, il est important de vérifier si vous ou vos enfants avez des tiques, a ajouté le Dr Pernica.
Les tiques peuvent parfois «se glisser dans des endroits difficiles d’accès», alors n’oubliez pas de vérifier vos parties génitales et demandez à quelqu’un d’examiner votre dos, a-t-il ajouté.
Donner un bain rapide aux enfants tous les jours est un bon moyen de vérifier qu’ils n’ont pas de tiques.
«Tant que vous vous examinez quotidiennement pour détecter la présence de tiques, le risque de contracter ces infections à transmission par les tiques plus inhabituelles diminue considérablement», a déclaré le Dr Pernica.
Retirer les tiques de votre peau dès que possible réduit aussi le risque de contracter une maladie.
«Une tique doit rester accrochée à vous pendant plus de 24 à 36 heures pour que vous contractiez la maladie de Lyme», a-t-il indiqué.
Bien que l’on ne sache pas encore exactement combien de temps il faut à une tique pour transmettre l’anaplasmose après s’être accrochée à votre peau, Dr Pernica a indiqué que le fait de l’enlever dans la journée rend la probabilité d’infection «très, très, très faible».
L’Agence de la santé publique du Canada recommande d’utiliser une pince à épiler à bouts fins pour saisir la tique aussi près que possible de la peau, puis de la retirer lentement, sans la tordre. Il faut ensuite laver la zone de la piqûre à l’eau et au savon ou avec un désinfectant à base d’alcool.
Les gens peuvent prendre une photo de la tique une fois qu’elle a été retirée et l’envoyer à eTick.ca pour qu’elle soit identifiée, a indiqué l’Agence, soulignant que cela peut également contribuer aux efforts de surveillance des tiques au Canada.
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Nicole Ireland, La Presse Canadienne