Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

La BIC prêtera 1,16 milliard $ pour la construction du terminal de Contrecoeur

durée 10h59
9 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

CONTRECOEUR — Le Port de Montréal ajoute la somme colossale de 1,16 milliard $ à sa dette afin de financer son projet d’expansion à Contrecœur, un projet qui doit totaliser 2,3 milliards $.

Le premier ministre Mark Carney s’est lui-même rendu dans la municipalité montérégienne, jeudi, pour annoncer que la Banque d’infrastructure du Canada (BIC) offrira ce prêt dans un montage financier qui reste à compléter.

La BIC avait déjà offert un prêt de 300 millions $, mais ce montant a été intégré – et non ajouté – au 1,16 milliard $ annoncé jeudi.

Bien que des doutes aient été émis par certains analystes sur le besoin réel de ce nouveau terminal dans un contexte où la capacité actuelle du Port est encore loin d’être atteinte, le président-directeur général de la Banque, Ehren Cory, a souligné en entrevue avec La Presse canadienne que la BIC a justement été créée pour ce genre de situation. «Nous sommes absolument confiants que notre prêt va être remboursé à long terme. Le risque, c'est que dans les premières années, dans les années 2032-2033, la vitesse de croissance du trafic dans le port reste incertaine et c’est pour assumer et gérer ce type de risque que la BIC a été créée.»

Paiements flexibles

Le calendrier de paiements est donc flexible, a précisé M. Cory. «Le remboursement est vraiment lié à la croissance du port. Si ça avance plus vite, nous serons remboursés plus vite. On crée un scénario de base et si l'augmentation de trafic se passe plus vite ou plus tôt, on sera remboursé plus vite. Par contre, si ça prend un peu plus de temps, notre prêt sera remboursé à un peu plus long terme.»

La BIC ne s’en est pas tenue aux évaluations de l’Administration portuaire de Montréal (APM), bien qu’elle ait travaillé en étroite collaboration avec celle-ci, mais «nous avons fait des études indépendantes avec des consultants indépendants pour regarder différents scénarios, ce qui pourrait arriver, les différents résultats potentiels pour mieux comprendre le niveau de risque».

Pour la présidente du conseil d’administration d’APM, Nathalie Pilon, il ne fait aucun doute que le besoin est bien réel et que la capacité du Port de Montréal sera atteinte malgré les récents ralentissements attribuables, entre autres, aux tarifs de l’administration Trump. «Nous sommes à environ 72 % d'utilisation de notre capacité et quand on est à 85 % de capacité, on est en problème. Ça crée des goulots d'étranglement. Donc avec une croissance, on arrive rapidement à capacité assez rapidement d’ici 2030. Et quand on regarde vers le futur, si on veut doubler les exportations vers des pays autres que les États-Unis, on n'a plus de capacité, assez rapidement. Et je pense que c'est ce qu'il faut qu'on fasse comprendre à tout le monde. C'est un actif à long terme pour changer la compétitivité et changer notre accès au marché.»

«Il y a deux fronts pour moi, précise Mme Pilon. D’abord, il y a l’exportation. Mais aussi l’importation au Canada des marchandises pour ne pas que ça passe par les États-Unis, surtout dans le cas des fruits et légumes, par exemple, ou dans le cas du congelé, dont les chaînes d'approvisionnement passent souvent par la côte est américaine.»

Montage financier à compléter

En matière de financement public, le projet a déjà obtenu 130 millions $ de Québec et 150 millions $ d’Ottawa, ce qui, avec le prêt de 1,16 milliard $, porte la somme disponible à 1,44 milliard $, à laquelle il faut ajouter les quelque 200 millions $ consentis par l'APM. Il reste donc toujours quelque 660 millions $ à aller chercher pour atteindre le montant de 2,3 milliards $, une somme devant provenir d’un investisseur privé.

L’Administration portuaire de Montréal (APM) négocie depuis un certain temps avec un partenaire privé exclusif, DP World Canada, une filiale de la multinationale DP World, basée à Dubaï dont la Caisse de dépôt et placement du Québec détient 45 %. DP World Canada, qui exploite déjà cinq autres installations portuaires au pays – quatre en Colombie-Britannique et une à Saint-Jean au Nouveau-Brunswick – sera responsable de la construction des installations terrestres du projet, soit le terminal, le parc de conteneurs et la liaison ferroviaire, entre autres. La part d’investissement de DP World Canada, qui fait toujours l’objet de négociations, reste donc à déterminer.

Les travaux en eau, soit le dragage du fleuve et la construction des quais, sont assumés quant à eux par l’APM et sont en cours depuis le mois d’octobre. Ils sont réalisés par un partenariat entre l'APM et les firmes Aecon et Pomerleau.

Quant aux travaux de construction des infrastructures au sol, ceux-ci doivent commencer en 2027 et l’APM prévoit que le terminal sera prêt pour 2030. La construction de l’ensemble du nouveau terminal portuaire créera quelque 8000 emplois et son exploitation devrait ajouter à terme 1200 emplois.

Une fois achevé, le terminal à Contrecœur apportera une capacité annuelle de jusqu’à 1,15 million d’équivalents vingt pieds (EVP), soit un ajout équivalent à environ 60 % de la capacité actuelle du port de Montréal, ce qui permettra à celui-ci de continuer d’accueillir des conteneurs même si sa capacité est atteinte.

Le projet est né dans une controverse qui se poursuit, bien que des mesures aient été mises en place pour remplacer la portion de l'habitat du chevalier cuivré qui sera détruite par le dragage du fleuve. Les groupes environnementalistes estiment que ces mesures de mitigation sont insuffisantes pour protéger ce poisson qui n'existe qu'au Québec et dont la survie est menacée.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

app-store-badge google-play-badge