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La guerre en Iran pourrait affecter les Canadiens de plusieurs façons

durée 09h03
7 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — La guerre lancée par Washington contre l'Iran pourrait avoir des répercussions sur le portefeuille et la sécurité des Canadiens.

«Cela ne va pas se terminer de sitôt, avertit Stephen Saideman, expert en défense à l'université Carleton. Cela va nuire à notre économie. Cela va accroître le risque de terrorisme. Cela va générer davantage de conflits au Moyen-Orient. Et c'était tout à fait inutile.»

La guerre a déjà commencé à étrangler l'approvisionnement mondial en carburant. Un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié du monde transite par le détroit d'Ormuz, une étroite voie navigable que l'Iran veut bloquer.

Le président américain Donald Trump a réagi en laissant entendre que les États-Unis mèneraient des patrouilles pour escorter les pétroliers à travers le détroit.

En théorie, l'offre limitée de pétrole pourrait faire grimper les prix et la demande de pétrole brut canadien.

Cela pourrait entraîner un renforcement du dollar canadien et stimuler l'économie. Cela pourrait également inciter les transporteurs à répercuter la hausse des coûts du carburant sur les consommateurs.

L'économiste de la Banque TD, Marc Ercolao, a déclaré vendredi dans une note à ses clients que le prix moyen national de l'essence avait bondi de 12 cents cette semaine, soit une hausse de près de 10%, «et que d'autres hausses étaient probables».

À la Banque Nationale, l'analyste Cameron Doerksen a déclaré dans une note de recherche que les prix du carburant pour avions étaient déjà en hausse avant de grimper en flèche cette semaine. Cela pourrait avoir une incidence sur les vacances d'été au Canada, a-t-il averti.

Des produits alimentaires chers

Fen Osler Hampson, professeur d'affaires internationales à l'université Carleton, dit que les guerres qui surviennent avant la saison des récoltes d'automne ont tendance à avoir un impact sur la disponibilité des denrées alimentaires dans plusieurs pays.

La guerre peut perturber les livraisons d'engrais, de produits pétrochimiques et de carburant utilisés dans la production alimentaire, en particulier dans un contexte de changements liés au changement climatique.

«Cette guerre survient à un moment terrible pour l'agriculture, souligne le Pr Hampson. «Elle va avoir toutes sortes de répercussions.»

Fraser Johnson, de l'Ivey Business School de l'université Western, signale que les consommateurs pourraient ressentir la hausse des prix mondiaux de l'énergie dans les magasins d'alimentation. La durée de conservation plus courte des aliments frais signifie une plus grande vulnérabilité aux perturbations du transport maritime mondial et aux changements des tarifs de fret qui sont finalement répercutés sur les consommateurs.

Répression transnationale

Le 28 février, quelques heures après le début des frappes aériennes américaines, l'Association canadienne des chefs de police a écrit que «d'après les renseignements actuels, rien n'indique qu'il existe une menace imminente pour le Canada ou les Canadiens».

L'organisation a déclaré qu'elle surveillerait les menaces.

«L'expérience montre que les périodes de tension géopolitique peuvent parfois inciter les réseaux extrémistes, les individus motivés par la haine ou les acteurs liés à des menaces par procuration à exploiter ces situations pour inciter à la violence motivée par la haine», a déclaré l'organisation.

Thomas Juneau, professeur à l'Université d'Ottawa spécialisé dans l'Iran et les pays du Golfe, croit que le Canada devrait s'inquiéter de la répression transnationale émanant de l'Iran, car le régime riposte lorsqu'il est acculé.

«La survie du régime passe par la lutte contre l'activisme anti-régime à l'étranger. Ils ne feront pas de distinction entre ces deux choses», a déclaré M. Juneau le week-end dernier.

Le week-end dernier, dans la banlieue de Toronto, 17 balles ont été tirées dans une salle de sport appartenant à Salar Gholami, qui utilisait le bâtiment pour organiser de grandes manifestations contre le régime.

Kaveh Shahrooz, chercheur principal à l'Institut Macdonald-Laurier, avertit que le Canada était déjà considéré comme un refuge sûr pour les responsables du régime, qui pourraient tenter d'émigrer au Canada si la République islamique semblait proche de l'effondrement.

Il souhaite que le gouvernement fédéral s'assure de contrôler rigoureusement les personnes entrant au Canada afin d'éviter une situation similaire à celle des responsables nazis fuyant l'Allemagne pour des pays comme l'Argentine.

Présence militaire sur le terrain

Le premier ministre Mark Carney a déclaré cette semaine qu'il ne pouvait pas exclure «catégoriquement» une participation militaire au Moyen-Orient, ajoutant qu'il s'agissait d'une «hypothèse fondamentale».

L'Iran est voisin de la Turquie, alliée de l'OTAN, qui a annoncé jeudi qu'un système de défense de l'OTAN avait abattu un missile balistique. Mais l'alliance a minimisé la possibilité d'invoquer sa clause de défense collective, qui entraînerait théoriquement le Canada dans une guerre contre l'Iran.

Le Pr Saideman a déclaré que cela ne risquait pas de se produire, car il existe des divisions au sein de l'alliance au sujet de la campagne américaine en Iran.

Il a fait remarquer que l'administration Trump était peu susceptible de solliciter la participation du Canada dans la région comme signe diplomatique de multilatéralisme, car cela ne constituait pas une priorité pour les États-Unis.

Mais le Pr Hampson a fait valoir que Washington pourrait faire pression sur Ottawa pour qu'il envoie des moyens navals accompagner les navires dans le détroit d'Ormuz, et que les pays du Golfe pourraient faire la même demande au Canada, qui cherche à obtenir davantage d'investissements de la région.

Le Canada compte déjà 200 militaires au Moyen-Orient, répartis sur 6 sites différents.

Effets plus larges

Par ailleurs, l'implication américaine en Iran pourrait théoriquement détourner l'attention de Washington de l'invasion russe en Ukraine et de toute action chinoise en mer de Chine méridionale. Elle pourrait également obliger le Canada à réaffecter un jour les ressources qu'il a actuellement stationnées en Lettonie pour aider à dissuader une attaque russe.

«Nous devons penser aux pays qui utilisent des ressources qu'ils ne peuvent pas utiliser à d'autres fins», dit le Pr Saideman.

Il ajoute que la guerre pourrait s'étendre de manière imprévisible. Il cite l'exemple du Sri Lanka qui a pris le contrôle d'un navire de guerre iranien au large de ses côtes, un jour après que les États-Unis eurent coulé un navire de guerre iranien dans les mêmes eaux.

«Il s'agit là d'une extension radicale de la guerre au-delà du Moyen-Orient immédiat», constate-t-il.

Le Pr Saideman mentionne aussi que les pays en mesure d'obtenir des armes nucléaires sont susceptibles de redoubler d'efforts à présent, étant donné que l'Iran a été attaqué avant d'avoir acquis cette capacité.

«C'est le seul moyen de s'assurer de faire partie du club nord-coréen, où l'on est à l'abri des attaques américaines», fait-il valoir.

En fin de compte, l'attaque américaine pourrait voir le Canada s'éloigner davantage des États-Unis.

«Se lier trop étroitement aux Américains en ce moment est très coûteux, car les Américains vont faire des choses incroyablement stupides, insensées et contre-productives, et nous ne voulons pas que cela nous affecte.»

Dylan Robertson, La Presse Canadienne

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