Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

La guerre en Iran pourrait avoir des effets sur les négociations de l'ACEUM

durée 07h47
13 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
durée

Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

WASHINGTON — Partout dans le monde, les pays sont confrontés à une flambée des prix des matières premières essentielles comme le pétrole et les engrais, alors que la guerre avec l'Iran continue de perturber le commerce mondial.

Avec aucune fin en vue, le conflit risque de peser sur les négociations commerciales en amont de la révision obligatoire de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) et pourrait, à terme, donner au Canada un avantage dans ces négociations.

«À Washington, face à l'évolution des marchés mondiaux, on portera un regard différent sur ses producteurs et fournisseurs habituels, par rapport à la façon dont on les considérait avant le début du conflit, c'est-à-dire uniquement sous l'angle des droits de douane», a soutenu Fen Osler Hampson, professeur d'affaires internationales à l'Université Carleton d'Ottawa et coprésident du Groupe d'experts sur les relations canado-américaines.

Les prix du pétrole brut et du gaz naturel ont flambé après la fermeture de facto du détroit d'Ormuz par l'Iran en réponse à la campagne de bombardements américano-israélienne. Le cinquième du pétrole mondial transite habituellement par ce détroit.

Mais le pétrole et le gaz ne sont pas les seules matières premières touchées. Les intrants d'engrais et de potasse sont également bloqués, ce qui provoque une flambée des prix mondiaux à quelques semaines seulement de la saison de plantation.

Les agriculteurs américains subissent déjà de plein fouet les conséquences de la politique étrangère et commerciale erratique du président américain Donald Trump. L'administration Trump leur a accordé un plan de sauvetage financier l'année dernière après que les agriculteurs ont été durement touchés par la hausse des coûts et la baisse des ventes dues aux droits de douane imposés par le président à l'échelle mondiale.

Les prix de l'aluminium ont également bondi après le début de la guerre en Iran, provoquant une onde de choc dans les industries américaines déjà fragilisées par les droits de douane de 50 % imposés par le président Trump sur ce produit.

Le Canada est un fournisseur alternatif pour bon nombre de ces matières premières essentielles. M. Trump a affirmé à plusieurs reprises que les États-Unis n'avaient besoin de rien du Canada; la guerre au Moyen-Orient pourrait bien prouver le contraire.

«Soudainement, vos partenaires les plus proches, avec lesquels vous entreteniez peut-être des relations quelque peu conflictuelles (…) il est peut-être temps de faire preuve de bonne volonté, car ils possèdent des choses que (Donald Trump) convoite en abondance», a souligné M. Hampson.

Les relations entre le Canada et les États-Unis ont été bouleversées par les droits de douane imposés par Donald Trump et ses appels répétés à l'annexion du Canada. M. Trump a qualifié le premier ministre Mark Carney de «gouverneur» dans une publication sur les réseaux sociaux en début de semaine.

Des négociations difficiles à prévoir

Les responsables canadiens et mexicains se préparent à des négociations difficiles concernant l'accord commercial continental, connu sous le nom d'ACEUM, qui a protégé les deux pays des effets les plus néfastes des droits de douane de Donald Trump.

Donald Trump a remis en question son engagement envers l'ACEUM, négocié lors de son premier mandat. Le président a qualifié l'accord d'«obsolète» et a déclaré qu'il avait peut-être atteint son objectif.

L'examen de l'ACEUM prévoit trois possibilités pour chaque pays en juillet. Ils peuvent renouveler l'accord pour 16 ans, s'en retirer ou signifier à la fois le non-renouvellement et le non-retrait, ce qui déclencherait un examen annuel susceptible de prolonger les négociations pendant une décennie.

Donald Trump disposait d'un important levier de négociation au moment de l'examen de l'ACEUM. Sa politique tarifaire en constante évolution a maintenu le Canada et le Mexique dans l'incertitude et a freiné les investissements, les entreprises des deux pays recherchant la stabilité.

L'administration Trump dispose également d'autres outils pour faire pression sur les voisins les plus proches des États-Unis.

Le département de la Justice a récemment ouvert une enquête antitrust sur des producteurs d'engrais, dont Nutrien, en Saskatchewan, pour collusion et fixation des prix, a rapporté Bloomberg la semaine dernière.

Le gouvernement de la Saskatchewan est au courant de l'enquête, selon le ministère provincial de l'Énergie et des Ressources dans un communiqué.

«Les engrais sont des produits de base négociés à l'échelle mondiale dans un contexte hautement concurrentiel, a-t-on précisé. Les prix sont déterminés par le marché, et non par les entreprises productrices.»

Bien qu'il ne soit pas certain que cette enquête soit directement liée aux négociations de l'ACEUM, la potasse est assurément une préoccupation majeure pour l'administration Trump, alors que la guerre en Iran se poursuit.

Luke Lindberg, sous-secrétaire au Commerce et aux Affaires agricoles étrangères du département américain de l'Agriculture, a récemment déclaré à Politico que «toute entreprise ou tout acteur de la chaîne d'approvisionnement en engrais qui tenterait de profiter de la situation pour pratiquer des prix abusifs envers les agriculteurs et les éleveurs américains ne sera pas toléré».

«Je pense que ce message sera clairement transmis», a-t-il souligné.

Besoin de partenaires de confiance

Le conflit iranien et les chocs de prix qu'il a engendrés devraient rappeler à Washington que les États-Unis dépendent d'autres nations lorsqu'ils abordent l'avenir de l'ACEUM, a indiqué Inu Manak, chercheuse principale en commerce international au Council on Foreign Relations.

«Nous avons besoin de partenaires de confiance si nous voulons relever ces défis et surmonter ces chocs», a-t-elle expliqué.

En tant que grand producteur de matières premières, le Canada est essentiel à la base industrielle américaine, a-t-elle ajouté, citant la potasse, le pétrole et le marché intégré.

«Je crois que, d'une certaine manière, l'état d'esprit qui prévaut dans les négociations évolue et permet au Canada de se concentrer sur ces enjeux et de dire: “Nous voulons travailler avec vous. Nous collaborons avec vous depuis longtemps. Voici ce que nous pouvons faire pour renforcer ces liens plutôt que de les affaiblir”», a-t-elle affirmé.

Mme Manak a ajouté que le Canada pourrait également tirer profit de la forte impopularité de la guerre contre l'Iran auprès des Américains, qui se préparent à voter aux élections de mi-mandat en novembre.

Cela ne signifie pas pour autant que les menaces de M. Trump cesseront, a-t-elle nuancé.

«Préparez-vous à beaucoup d'incertitude.»

— Avec les informations de Jeremy Simes à Regina et de l'Associated Press

Kelly Geraldine Malone, La Presse Canadienne

app-store-badge google-play-badge