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La libération sous caution d'un avocat dans l'affaire Wedding est contestée

durée 19h34
1 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — Les procureurs ont fait valoir mercredi qu'un juge de l'Ontario avait «émis des hypothèses et tiré des conclusions» non fondées sur des preuves lorsqu'il a accordé la liberté sous caution à un avocat de la région de Toronto dans le cadre d'un réseau présumé de trafic international de drogue.

Les avocats du procureur général du Canada demandent à la Cour d’appel de l’Ontario d’ordonner que Deepak Paradkar, âgé de 62 ans, soit maintenu en détention jusqu’à son audience d’extradition.

Dans des documents déposés en février, la Couronne a déclaré que l'intervention de la Cour d'appel était nécessaire pour «préserver la confiance du public dans l'administration de la justice, protéger le public et garantir que la capacité du Canada à respecter ses obligations conventionnelles dans cette affaire importante ne soit pas compromise».

M. Paradkar a été arrêté en vue de son extradition vers les États-Unis l’automne dernier, en même temps que plusieurs autres Canadiens, dans le cadre d’une enquête de la police fédérale américaine (FBI) visant Ryan Wedding, un ancien planchiste olympique devenu présumé baron de la drogue.

Les procureurs affirment que l’avocat de la défense originaire de Thornhill, en Ontario, a conseillé M. Wedding au sujet du meurtre d’un témoin fédéral, a présenté l’ancien athlète à des trafiquants de drogue qui faisaient circuler la marchandise à travers l’Amérique du Nord et a dirigé la collecte de renseignements après la saisie de la drogue par les forces de l’ordre.

En décembre, M. Paradkar a été libéré sous caution. Ses conditions comprennent une assignation à résidence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, une surveillance par GPS et une interdiction d'accéder à des appareils électroniques sauf en présence de ses cautions.

M. Paradkar et son épouse se sont également engagés conjointement à verser une caution de 5 millions $.

Dans leur demande de révision de la caution, les procureurs ont fait valoir que le juge Peter Bawden de la Cour supérieure «n’avait pas procédé à un examen approfondi» de l’épouse de M. Paradkar, ignorant son rôle dans son cabinet d’avocat et «les implications évidentes de la richesse ostentatoire et inexpliquée de la famille».

«Je soutiens qu’il n’a pas examiné de manière approfondie les preuves matérielles présentées lors du contre-interrogatoire, qu’il a émis des hypothèses et tiré des conclusions qui n’étaient pas fondées sur des preuves», a déclaré mercredi la procureure Heather Graham.

Elle a fait valoir que la cour n’avait pas pris en compte deux jours de témoignages, y compris le contre-interrogatoire au cours duquel M. et Mme Paradkar ont témoigné sur des détails de leurs actifs non divulgués dans les affidavits. Ces éléments de preuve n’ont pas été abordés dans les motifs de décision de M. Bawden, a-t-elle soutenu.

Mme Graham a en outre affirmé que le juge n’avait pas tenu compte du fait que les revenus relativement modestes de la famille ne correspondaient pas à son train de vie luxueux, qui comprenait la location de quatre voitures haut de gamme et une demande d’indemnisation pour un grand nombre d’articles de marque.

«Il est clair qu’il n’a pas tenu compte de leurs témoignages, qui constituaient une preuve cruciale pour tous les motifs de détention et le risque de fuite. Il n’a pas examiné si cela pouvait signifier qu’ils disposaient de ressources cachées pour s’enfuir», a déclaré Mme Graham.

Le juge Bawden avait indiqué en décembre qu’il estimait peu probable que M. Paradkar prenne la fuite, suggérant que l’organisation serait plus encline à le tuer qu’à l’aider.

«La raison la plus convaincante de croire que M. Paradkar se présentera au tribunal et respectera les conditions de sa liberté sous caution avec assignation à résidence est que c'est peut-être le seul moyen pour lui de rester en vie», avait-il dit en rendant sa décision.

M. Bawden avait également déterminé que l’état de santé de M. Paradkar, qui souffre de diabète et a des antécédents cardiaques, rendrait difficile toute fuite, car il finirait par avoir besoin de soins médicaux. Le maintien en détention serait également préjudiciable à sa santé, avait ajouté le juge.

«Intelligente, fiable et déterminée»

Par ailleurs, le juge avait estimé que l’épouse de M. Paradkar était une «caution intelligente, fiable et déterminée» qui comprenait que le respect des conditions de la libération sous caution était le meilleur moyen de protéger sa famille.

Mme Graham a fait valoir mercredi que M. Bawden n’avait pas «examiné de manière adéquate» l’épouse de M. Paradkar en tant que caution.

L’épouse a témoigné qu’elle avait changé les mots de passe des appareils et du Wi-Fi de la maison afin que M. Paradkar ne puisse pas y accéder, mais Mme Graham a déclaré que cela n’était «ni efficace ni suffisant», car les appareils peuvent être dissimulés ou transférés d’une personne à l’autre.

Les commentaires du juge selon lesquels le réseau criminel serait plus susceptible de cibler M. Paradkar que de le protéger relèvent de la «spéculation», a indiqué le ministère public dans sa requête.

M. Bawden a également accordé trop d'importance à la santé et à la sécurité de M. Paradkar en détention, selon le ministère public.

«Le juge Bawden a mis de l’avant les antécédents médicaux de M. Paradkar tout en ignorant ses déclarations lors du contre-interrogatoire selon lesquelles sa santé est stable depuis quatre ou cinq ans, qu’elle n’a pas entravé sa capacité à voyager à l’étranger et qu’il n’a subi aucun incident médical en détention», peut-on lire dans la requête.

Alors que la procédure d’extradition se poursuit au Canada, les autorités américaines se préparent à traduire M. Wedding en justice après une longue chasse à l’homme.

Originaire de Thunder Bay, en Ontario, il a été arrêté au Mexique en janvier et ramené aux États-Unis, où il figurait sur la liste des 10 fugitifs les plus recherchés par le FBI.

Cet ancien athlète de 44 ans est soupçonné d’avoir commandité les meurtres de plusieurs personnes, dont une susceptible de témoigner contre lui dans une affaire de stupéfiants en 2024.

Rianna Lim et Paola Loriggio, La Presse Canadienne

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