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Le coût des médicaments au Canada empêcherait les personnes noires de s'en procurer

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23 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

TORONTO — Une nouvelle étude révèle que le coût des médicaments empêche les personnes noires au Canada de se procurer leurs médicaments sur ordonnance dans une proportion plus élevée que les personnes blanches.

Publiée lundi dans le Journal de l'Association médicale canadienne, cette étude a révélé que les personnes noires sont moins susceptibles de bénéficier d'un régime d'assurance médicaments couvrant ces frais.

L'auteur principal, Bukola Salami, affirme que ces résultats mettent en évidence les conséquences des inégalités socio-économiques sur la santé des personnes noires.

Les chercheurs ont analysé les données de cinq années de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes et ont constaté qu'environ 10 à 15 % des adultes noirs n'avaient pas fait remplir leurs ordonnances ou avaient sauté des doses, contre environ 6 % des adultes blancs.

Mme Salami, qui est responsable de la chaire de recherche du Canada sur la santé des personnes noires et racialisées à l'Université de Calgary, affirme que, même lorsque les chercheurs ont pris en compte des variables telles que le revenu et la couverture d'assurance, les personnes noires étaient toujours moins susceptibles de se procurer leurs médicaments sur ordonnance.

Elle explique qu'une raison possible pourrait être liée à des facteurs qui ne figuraient pas dans les données analysées, notamment la méfiance envers le système de santé due à un racisme direct ou systémique.

«Je pense que cela soulève des questions très, très importantes concernant la nécessité d’une équité dans la couverture des médicaments, a expliqué Mme Salami lors d’une entrevue. Quand on pense au Canada, on se dit : "Nous avons un système de santé universel" — mais un système de santé universel qui n'inclut pas les médicaments sur ordonnance.»

Les données ont été recueillies avant l’adoption de la loi nationale sur l’assurance-médicaments en 2024. Le gouvernement fédéral a jusqu’à présent négocié des accords pour couvrir les médicaments contre le diabète et la contraception en Colombie-Britannique, au Manitoba, à l’Île-du-Prince-Édouard et au Yukon.

Les autres provinces et territoires n’ont pas encore conclu d’accords d’assurance-médicaments avec le gouvernement fédéral.

Mme Salami a indiqué que des recherches supplémentaires seront nécessaires pour déterminer si l'assurance-médicaments améliore l'accès aux médicaments sur ordonnance pour les personnes noires.

L'étude a révélé qu'environ 72 % des adultes noirs bénéficiaient d'une couverture d'assurance médicaments, contre environ 80 % des adultes blancs.

L'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes est menée chaque année par Statistique Canada et les chercheurs ont utilisé les données des années 2015, 2016, 2018, 2019 et 2022.

Ils ont exclu les années 2017, 2020 et 2021, car les enquêtes ne disposaient pas de toutes les données nécessaires pour ces années-là.

La Dre Mojola Omole, présidente de l'Association des médecins noirs de l'Ontario, a indiqué que ces résultats soulevaient «une question vraiment importante».

La Dre Omole, qui n’a pas participé à l’étude, a expliqué qu’en tant que chirurgienne oncologue spécialisée dans le cancer du sein au Scarborough Health Network, elle voyait un grand nombre de patientes noires et issues de minorités ethniques, et que la question de l’impossibilité de se procurer des médicaments revenait «sans cesse».

«Si les gens doivent choisir entre leurs médicaments et nourrir leur famille, ils choisiront de nourrir leur famille, a ajouté Dre Omole. C'est une réalité pour beaucoup de gens, qu'ils soient de nouveaux immigrants ou simplement issus de milieux populaires; c'est un énorme problème pour eux.»

Le constat de l’étude selon lequel les patients noirs disposant d’une assurance étaient toujours moins susceptibles que les patients blancs d’obtenir leurs médicaments pourrait s’expliquer par «la méfiance que les personnes noires et racialisées de nos communautés éprouvent envers le système médical», a expliqué la Dre Omole.

«Pendant très longtemps, les communautés noires n’ont pas bénéficié de soins de qualité et, encore aujourd’hui, beaucoup ont vécu des expériences horribles liées à l’omniprésence du racisme anti-Noirs, a-t-elle ajouté. La pénurie de soins primaires aggrave le problème.»

«Lorsque les gens ne peuvent pas établir de relation avec leur médecin parce qu’ils n’ont pas de médecin de famille — ils ont recours à des soins ponctuels —, il est plus difficile de se dire : “Bon, vous savez quoi, cette personne me connaît… Je lui fais confiance pour prendre ce médicament”», a déclaré Mme Omole.

Nicole Ireland, La Presse Canadienne

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