Le nouveau consulat canadien au Groenland suscite de l'espoir

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Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — L'ouverture d'une nouvelle mission diplomatique canadienne au Groenland suscite l'espoir d'une collaboration accrue sur les changements climatiques, les droits des Inuits et la défense, face aux menaces d'annexion du président américain, Donald Trump.
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, inaugurera officiellement le nouveau consulat vendredi à Nuuk, la capitale groenlandaise, où l'établissement est déjà en activité depuis plusieurs semaines.
«Cela aurait dû se produire il y a 300 ans», estime Aaju Peter, avocate et artiste inuite d'Iqaluit, qui est née au Groenland.
«Nous avons tellement à apprendre des échanges et de la collaboration.»
Selon Mme Peter, le consulat pourrait permettre aux Inuits du Canada de tirer des enseignements précieux des Inuits du Groenland sur l'amélioration de leurs conditions de vie. Elle témoigne également de la solidarité du Canada envers un territoire confronté à une menace sans précédent.
Donald Trump exige le contrôle des États-Unis sur le Groenland et n'a que récemment renoncé à ses menaces d'utiliser la force pour s'emparer de ce territoire danois.
«Cela a engendré beaucoup de stress (…) C'est une menace bien réelle», a-t-elle relaté.
Selon Mme Peter, les dirigeants du Groenland sont parvenus à maintenir le calme, mais les habitants ont du mal à rassurer leurs enfants quant à leur sécurité.
«Beaucoup de Groenlandais, moi y compris, nous sommes sentis menacés, car nos familles et nos amis étaient confrontés à ce genre de discours», a confié Mme Peter, qui a organisé une grande manifestation à Iqaluit en soutien au Groenland le 17 janvier.
L'escalade verbale du président Trump concernant le territoire a entraîné une série de réunions de haut niveau en Europe et des avertissements quant à un possible effondrement de l'OTAN.
Ses menaces ont dominé les débats au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le mois dernier, où le premier ministre Mark Carney a prononcé un discours largement salué, exhortant les puissances moyennes à s'unir contre l'hégémonie des grandes puissances.
M. Trump a également évoqué à plusieurs reprises la possibilité de faire du Canada un État américain. À Nuuk, on a pu voir des personnes porter des vêtements arborant le message «Le Groenland n'est pas à vendre», un slogan similaire à celui popularisé au Canada par le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford.
Un projet de longue date
Le Canada avait entamé la planification d'un consulat au Groenland avant même les récentes déclarations de M. Trump concernant l'annexion. Le gouvernement groenlandais a promis d'ouvrir un bureau diplomatique au Canada en février 2024; il sera probablement situé au sein de l'ambassade du Danemark à Ottawa.
En décembre 2024, le gouvernement Trudeau s'est engagé à ouvrir des consulats à Nuuk et à Anchorage, en Alaska, afin d'inciter l'OTAN à se concentrer davantage sur les menaces dans l'Arctique.
La politique étrangère du Canada pour l'Arctique précise que les changements climatiques ouvrent de nouvelles routes maritimes au moment même où le monde recherche des minéraux et du gaz qui pourraient devenir plus accessibles.
M. Trump a faussement prétendu que le Groenland était envahi par des navires chinois et russes, alors que les analystes indiquent que ces pays ont jeté leur dévolu sur des zones situées au nord et à l'ouest de l'Alaska.
Le Canada devait inaugurer officiellement son nouveau consulat à Nuuk en novembre dernier, mais les mauvaises conditions météorologiques ont entraîné l'annulation de l'événement.
La ministre Anand sera accompagnée, lors de la cérémonie d'ouverture, par la gouverneure générale Mary Simon et l'ambassadrice du Canada pour l'Arctique, Virginia Mearns, toutes deux inuites. L'ambassadrice du Canada au Danemark, Carolyn Bennett, ancienne ministre fédérale, sera également présente.
Un brise-glace de la Garde côtière canadienne se joindra à eux, ce qui, selon Mme Anand, symbolise le soutien d'Ottawa à l'intégrité territoriale du Groenland.
Le consulat est dirigé par la diplomate Julie Croteau.
Apprendre des Groenlandais
Aaju Peter a indiqué que le consulat permettra aux Inuits du Canada de bénéficier du système d'éducation avancé du Groenland et de son important secteur de l'information audiovisuelle, qui l'a tenue informée des réactions des Groenlandais aux différentes déclarations de M. Trump.
«Nous pourrions apprendre énormément des Groenlandais sur la façon dont ils informent leur société», a-t-elle déclaré.
Mme Peter a ajouté que les Rangers canadiens – membres des Forces armées canadiennes qui patrouillent dans l'Arctique – pourraient également collaborer avec les pêcheurs groenlandais afin de constituer une première ligne de défense dans la région.
«Nous avons les mêmes ancêtres. Nous avons simplement été colonisés par deux États différents», a-t-elle affirmé, précisant que les Inuits du Canada et du Groenland parlent des dialectes distincts d'une même langue.
En entrevue la semaine dernière, le dirigeant de l'organisation nationale représentant les Inuits a déclaré que le Groenland compte plus de médecins par habitant que la plupart des régions de l'Arctique canadien.
Natan Obed, président d'Inuit Tapiriit Kanatami, a également souligné que le Groenland utilise son dialecte autochtone comme langue principale dans ses écoles beaucoup plus souvent que l'inuktitut n'est utilisé dans les écoles canadiennes.
«Nous observons le Groenland et y voyons davantage d'indicateurs d'équité – notamment d'équité sociale – et les caractéristiques de communautés durables, ce que nous n'avons pas encore pleinement réalisé ici au Canada», a expliqué M. Obed.
«Lorsque les Groenlandais nous observent, nous entendons souvent nos amis et nos proches nous dire combien nous sommes attachés à nos traditions culturelles et comment certaines d'entre elles ont résisté à la colonisation sans être altérées.»
L'ambassadeur du Danemark au Canada, Nikolaj Harris, a affirmé la semaine dernière que le nouveau consulat canadien pourrait donner lieu à une «coopération concrète» entre les deux pays.
À titre d'exemple, il a indiqué que les Territoires du Nord-Ouest pourraient tirer des enseignements de l'expérience du Groenland en matière de construction de lignes hydroélectriques et de logements dans des régions éloignées.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne