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Le périlleux voyage d'une mère vers le Canada pour fuir les États-Unis de Trump

durée 20h03
11 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

5 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Une femme de 25 ans raconte que la neige lui arrivait par moments jusqu'aux genoux alors qu'elle marchait péniblement dans une forêt sombre et glacée près de la frontière québécoise à la mi-janvier.

Avec des températures avoisinant les moins 11 degrés Celsius, elle tenait sa fille de la main gauche et son téléphone portable de la main droite, tandis qu'elles écoutaient une voix leur donner des instructions sur la direction à suivre et les endroits où elles devaient s'arrêter.

Quatre autres migrants haïtiens voyageaient avec elles.

«C'était comme si on se trouvait dans une compétition contre le temps», s'est souvenue la femme lors d'une récente entrevue.

Quelques semaines après cette épreuve, la femme et sa fille ont demandé l'asile au Canada.

La Presse Canadienne l'a interviewée à plusieurs reprises avant et après son arrivée au Québec et a accepté de ne pas divulguer son nom, car elle craignait que cela puisse nuire à sa demande d'immigration et à la vie de sa fille au Canada.

Le parcours de cette femme est de plus en plus courant, selon les défenseurs des migrants.

Craignant ce que le président américain Donald Trump réserve aux personnes dont le statut juridique est précaire, ils affirment que les migrants risquent leur vie pour avoir la chance de demander l'asile au Canada.

Les républicains américains ont défendu leurs politiques, insistant sur le fait qu'ils tentent de mettre fin à l'anarchie dans le système d'immigration.

Mais cette femme affirme que les discours anti-immigration de Donald Trump exacerbent ses craintes.

«Je ne suis pas un humain? Pourquoi est-ce que quelqu'un peut-il être aussi cruel et méchant? Est-ce normal? Est-ce acceptable?» s'interroge-t-elle.

Un périple dangereux

La mère était consciente des risques avant de partir pour le Canada.

«Je me suis préparée au pire. Même si nous avions été prises, je les aurais suppliés de laisser entrer mon enfant. Je voulais juste qu'elle soit en sécurité», explique-t-elle.

«Il n'y avait pas de chemin. Il fallait se jeter corps et âme dans l'inconnu, avec rien d'autre qu'une voix, un numéro de téléphone, sans même d’identité connue», témoigne-t-elle.

Elles sont parties avec des bottes, des manteaux, des tuques, des écharpes et des gants. Au départ, elle avait un sac à dos, mais elle l'a rapidement vidé pour alléger sa charge, ne gardant que sa carte d'identité et celle de sa fille. Ce faisant, elle a perdu un gant.

Ce que les passeurs avaient décrit comme une marche de 35 à 45 minutes s'est prolongée pendant des heures, commençant vers 17 h et se terminant vers 2 h du matin.

Une autre mère et son enfant ont pris plusieurs fois du retard, raconte-t-elle, obligeant les autres à s'arrêter et à les attendre.

À l'approche de la frontière québécoise, elle a attendu avec sa fille et l'un des hommes pendant environ trois heures dans la quasi-obscurité avant que les trois autres ne les rattrapent, vers 23 h.

Elle s'est cachée avec sa fille le long des haies au bord de la route, assise directement sur la neige et essayant de rester au chaud pendant qu'elles attendaient qu'un véhicule vienne les chercher. Sa fille s'était endormie d'épuisement.

Pendant l'attente, elle a appelé Frantz André, le responsable d'un groupe de défense des migrants établi à Montréal, le suppliant de ne pas appeler les autorités frontalières.

M. André, qui était en contact avec elle depuis juin dernier, craignait qu'elles ne survivent pas à la nuit.

«Nous avions tellement froid, se rappelle-t-elle. Je lui ai dit que si rien ne se passait avant 3 h du matin, il pourrait appeler. J'étais consciente des limites à ne pas franchir, surtout pour mon enfant.»

Le véhicule est finalement arrivé vers 2 h du matin.

«J'ai été la première à monter dans la voiture avec mon enfant.» Elle a été déposée dans un motel, épuisée, mais incapable de dormir. «Je surveillais ma fille», ajoute-t-elle.

Les conséquences des politiques américaines

La femme vivait en Géorgie depuis deux ans. Elle est arrivée aux États-Unis depuis Haïti dans le cadre d'un programme humanitaire sous l'administration de l'ancien président Joe Biden.

Lorsque Donald Trump a mis fin à ce programme en mai 2025, elle a demandé le statut de protection temporaire, mais elle n'a jamais reçu de réponse.

L'administration Trump tente désormais de mettre fin à ce programme temporaire également. Elle a indiqué que cela pourrait contraindre des milliers d'autres Haïtiens à être expulsés vers un pays en proie à l'instabilité politique et à la violence.

Depuis mai, elle n'a plus de statut légal aux États-Unis et a versé environ 4100 $ à un groupe local en Géorgie pour organiser son transport vers le Canada. Elle a déclaré que cet argent représentait la quasi-totalité de ses économies.

Depuis Noël, au moins 27 migrants haïtiens ont été arrêtés après avoir traversé la frontière canadienne à pied. Certains ont été hospitalisés pour des signes d'hypothermie et d'engelures, tandis que d'autres ont été immédiatement renvoyés aux États-Unis.

Un porte-parole des douanes et de la protection des frontières américaines a indiqué qu'un migrant sans statut légal pouvait être transféré sous la garde des services américains de l'immigration et des douanes, connus sous le nom d'ICE.

En vertu de l'Entente sur les tiers pays sûrs entre le Canada et les États-Unis, les demandeurs d'asile doivent demander le statut de réfugié dans le premier pays sûr où ils arrivent, ce qui signifie qu'une personne se trouvant aux États-Unis ne peut pas passer au Canada pour demander le statut de réfugié.

Il existe toutefois des exceptions. Un migrant qui traverse la frontière entre les États-Unis et le Canada et qui n'est pas détecté pendant deux semaines est autorisé à demander l'asile dans ce pays, tout comme un mineur non accompagné.

Pendant les deux semaines qui ont suivi sa traversée de la frontière, la mère haïtienne s'est cachée avec sa fille dans un lieu tenu secret au nord de Montréal. Elle a ensuite rencontré La Presse Canadienne dans les bureaux montréalais de M. André, qui l'aide à demander l'asile.

Pour sa part, M. André est optimiste quant à ses chances.

La mère explique qu'elle était encore en train de digérer son calvaire.

«Je n'ai pas encore pleuré. Peut-être qu'un jour je le ferai, pour me libérer. Mais pour l'instant, j'ai encore des choses à faire», indique-t-elle.

Elle espère inscrire bientôt sa fille à l'école et rêve d'une vie tranquille.

Son anniversaire, le 12 février, revêt une signification particulière cette année.

«Je me suis déjà donné mon cadeau, dit-elle. C'était de me sortir du pétrin dans lequel je me trouvais aux États-Unis. C’est ce que je pouvais m’offrir.»

Charlotte Glorieux, La Presse Canadienne

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