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Les femmes coupables de crimes sexuels récidivent beaucoup moins que les hommes

durée 13h40
4 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les femmes reconnues coupables de crimes sexuelles sont toujours beaucoup moins susceptibles de récidiver, rapporte une méta-analyse réalisée par une professeure de l'Université de Montréal (UdeM).

Franca Cortoni, professeure émérite de l’École de criminologie de l’UdeM, a mis à jour une méta-analyse qui avait d'abord été publiée en 2010, en s'attardant aux nouvelles études publiées au sujet de la récidive des femmes depuis cette date.

Une quinzaine d'années plus tard, la chercheuse a trouvé «exactement la même chose»: «Les taux de récidive sexuelle, donc les femmes qui ont été détectées et sanctionnées, reconnues coupables de délit sexuel, une fois qu'elles ont été sanctionnées par le système de justice criminel (…), une fois qu'elles retournent dans la collectivité avec un suivi de cinq ans et plus (...) leur taux de récidive est extrêmement faible», a expliqué la professeure Cortoni.

Mme Cortoni a trouvé 14 nouvelles études au sujet de la récidive des femmes depuis 2010 à l'échelle internationale, qui ont été incluses dans la plus récente méta-analyse, publiée en octobre dernier dans la revue «Criminal Behaviour and Mental Health».

«On voulait vraiment avoir une vision plus large des taux de récidive, parce qu'on sait que les taux de récidive sont affectés par les pratiques et les lois dans les juridictions différentes, a précisé la professeure. Ce qu’une méta-analyse nous permet de faire, c'est de faire ressortir les éléments communs à toutes ces études-là en mettant de côté essentiellement les biais qu'on trouve dans chaque étude individuelle.»

Ce sont toujours «à peine 3 % des femmes» qui vont récidiver avec un nouveau crime sexuel, a constaté l'étude. «Et ça, c'est équivalent aux taux de récidive des hommes les plus faibles», a souligné Mme Cortoni.

«Ce sont des données très importantes, parce que le système de justice criminel, évidemment, veut toujours savoir comment réhabiliter, mais aussi on veut prévenir la récidive. Et sachant que les femmes sont beaucoup moins à risque de récidiver que la vaste majorité des hommes, ça implique aussi des approches différentes», a fait valoir la professeure.

Chez les hommes, le taux de récidive de crimes sexuels est de 13 % ou 14 %. Cela varie toutefois beaucoup selon le type d'agresseur.

«Avec les connaissances qu'on a aujourd'hui, les outils qu'on a pour évaluer les risques de récidive, on sait que les hommes incestués, par exemple, avec d'autres caractéristiques, leur taux de récidive n'est pas plus que 3 %. Ce sont ceux qui récidivent le moins. Alors qu'on a d'autres catégories d'agresseurs sexuels masculins, qu’eux autres, le taux de récidive peut être de 30 %», a détaillé Mme Cortoni.

La situation est différente chez les femmes, puisqu'avec un taux de récidive de 3 %, il est «extrêmement difficile» de savoir qui, parmi les récidivistes féminines de crimes sexuels, a un risque de récidive plus élevé qu'une autre, en raison d'un manque de données, a indiqué la professeure.

«Autrement dit, on n'arrive pas à distinguer encore laquelle pourrait être plus à risque de récidiver qu'une autre, parce que les taux de récidive sont si faibles», a-t-elle ajouté.

La professeure Cortoni a d'ailleurs fait valoir qu'«on est loin d'avoir des hypothèses solides» afin d'expliquer pourquoi les femmes commettent beaucoup moins de crimes en général que les hommes. Pour Mme Cortoni, cela pourrait avoir un lien avec l'évolution de l'espèce humaine, mais elle a souligné que davantage d'études sont nécessaires.

«On a de meilleures réponses pour comprendre pourquoi certains hommes s'engagent dans l’agression sexuelle, soit l'abus sexuel d'enfants ou de femmes, ou même d'autres hommes», puisque beaucoup plus de recherches ont été faite au sujet des hommes, a-t-elle expliqué.

Pour ce qui est des études sur les femmes, la situation a commencé à changer à partir des mouvements féministes dans les années 1970, a souligné Mme Cortoni.

«C'est depuis les années 1980 que la recherche a commencé de façon plus systématique et ça a vraiment explosé dans les années 1990, tout au moins au Canada», a-t-elle affirmé.

Coralie Laplante, La Presse Canadienne

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