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Les fruits et légumes bios auraient des bienfaits modestes pour la santé

durée 11h04
3 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Les fruits et légumes biologiques semblent avoir des bienfaits modestes pour la santé mais, en bout de compte, il demeure préférable de consommer des fruits et légumes conventionnels que de ne pas en manger du tout, conclut un texte récemment mis en ligne par l'Observatoire de la prévention de l'Institut de cardiologie de Montréal.

Les fruits et légumes biologiques, on le sait bien, sont en effet plus dispendieux que les produits conventionnels, ce qui pourra les placer hors de la portée de certains consommateurs, a rappelé l'auteur du texte, le professeur Éric Thorin, qui est notamment chercheur au centre de recherche de l'ICM.

«Si vous avez l'occasion de manger bio, faites-le, ça c'est sûr, a-t-il dit. Mais surtout, mangez des fruits et légumes parce que ça, on sait depuis tellement longtemps maintenant que c'est un bénéfice pour la santé qu'il n'y a même plus à se poser de questions.»

Deux études publiées au cours des dernières années indiquent que la consommation de fruits et légumes biologiques pourrait être bénéfique pour la santé, mais on ne dispose pas encore de preuves scientifiques définitives à cet effet.

La première étude a été réalisée par des chercheurs danois, qui ont réparti leurs sujets en quatre catégories (allant de jamais à toujours) selon leur consommation de produits biologiques.

Chaque passage d'une catégorie à la suivante ― par exemple, de presque toujours à toujours ― a été associé à un «une baisse légère, mais statistiquement significative de 6 % du taux d’incidence de maladie cardiovasculaire liée à la présence de plaque d’athérome», peut-on lire sur le site de l'Observatoire.

«C'est quand même intéressant sur le long terme, a dit le professeur Thorin au sujet de cette réduction de 6 % qui peut paraître modeste. On fait souvent l'analogie à la pression artérielle. On dit qu'une baisse de même cinq millimètres de mercure de pression artérielle est suffisante pour réduire le risque de manière très significative. Donc, ça paraît rien, cinq millimètres de mercure, mais l'impact est majeur.»

La deuxième étude a été réalisée auprès de quelque 54 000 participants de la cohorte française NutriNet-Santé. On avait alors observé ― et de manière inexpliquée, seulement chez les hommes ― que les consommateurs de produits biologiques abaissaient leur risque de diabète de type 2, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires comparativement à ceux qui n’en consommaient jamais.

«Ce sont probablement les deux premières grosses études qui sont confirmatoires, qui montrent qu'il y aurait un bien potentiel à consommer biologique, a dit M. Thorin. Ce sont quand même des données qui sont nouvelles parce que ça n'avait jamais été fait d'une manière aussi systématique et aussi bien contrôlée.»

On ne peut toutefois pas conclure que cette protection était attribuable aux aliments biologiques, puisque ceux qui en consomment se distinguent fréquemment du commun de mortels à plusieurs niveaux: ils sont plus jeunes et plus actifs physiquement, ils n'ont jamais fumé, ils présentent un poids corporel normal, ils s'alimentent mieux... autant de facteurs qui peuvent réduire leur risque de troubles métaboliques.

«Les deux études le remontrent, que ce soit la danoise ou la française, il y a une sélection, c'est-à-dire que ceux qui consomment biologique sont plus jeunes, souvent des femmes par exemple, niveau d'éducation plus élevé, ils sont plus actifs, ils ont un poids corporel normal selon les normes médicales, puis ils suivent un régime alimentaire qui est globalement équilibré», a souligné M. Thorin.

Donc, si on combine tout ça, a-t-il poursuivi, «c'est sûr que de toute façon, si on oublie le bio, ces personnes-là vont être en meilleure condition physique et en meilleure santé».

Le professeur Thorin rappelle, dans le texte mis en ligne par l'Observatoire de la protection, «que certaines études montrent que les personnes qui ne consomment jamais de fruits et de légumes ont un risque de mortalité prématurée de 53 % plus élevé et vivent trois ans de moins que celles qui en mangent au moins cinq portions par jour».

«Le plus important demeure donc de consommer une grande variété de végétaux, qu’ils proviennent de l’agriculture biologique ou conventionnelle», écrit-il.

Cela étant dit, les consommateurs de fruits et légumes conventionnels seront inévitablement exposés à de plus grandes quantités de pesticides, mais il n'est pas évident qu'on doive s'en inquiéter outre mesure.

Si d'un côté, des études démontrent «que la consommation d’aliments biologiques réduit d’environ 30 % (...) l’exposition aux métabolites des pesticides de synthèse», de l'autre, «les études qui ont comparé les effets d’une alimentation basée sur les produits bios n’observent pas de différences de risque de cancer comparativement aux produits conventionnels».

On pourrait possiblement comparer la situation à celle de ceux qui courent ou font du vélo en ville: bien que leur activité les expose à des niveaux de pollution plus élevés, les bienfaits de l'activité physique sur leur santé demeurent nettement supérieurs à l'impact négatif de cette exposition plus importante.

Dans l'état actuel des connaissances, indique le texte de l'Observatoire, «il ne semble pas que la réduction des résidus de pesticides entraînée par l’alimentation biologique puisse avoir une pertinence clinique mesurable».

Le plus important, écrit M. Thorin, est donc «d’augmenter l’apport en végétaux, qu’ils soient bios ou non, et de limiter celui des aliments industriels ultratransformés», dont on sait qu'ils peuvent avoir de multiples effets néfastes sur la santé.

«Le message, ça devrait être que le plus important, c'est d'essayer de prendre soin de vous, puis prendre soin de soi, c'est bien manger, faire un peu d'activité, et aussi d'essayer de gérer son stress», a-t-il conclu.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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