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Les insultes de Donald Trump ébranlent l'OTAN alors que la guerre en Iran s'éternise

durée 04h00
20 mars 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

WASHINGTON — Le président américain Donald Trump creuse le fossé entre les États-Unis et les pays européens membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) en appelant ses alliés à l'aider à mener à bien la guerre qu'il a déclenchée contre l'Iran.

De nombreux pays membres de l'OTAN s'interrogeaient déjà sur l'avenir de l'alliance après qu'un membre clé — les États-Unis — eut menacé de s'emparer du Groenland, territoire d'un allié.

Le Canada est confronté à un problème différent: les alliances peuvent changer, mais la géographie est immuable.

«Sur le plan géographique, quel que soit le gouvernement en place aux États-Unis ou au Canada, certains facteurs géographiques sont immuables», a indiqué Aurel Braun, professeur de relations internationales et de sciences politiques à l'Université de Toronto.

Douze pays, dont le Canada, ont signé le Traité de l'Atlantique Nord en 1949 à Washington, D.C., dans le but d'assurer une sécurité collective face à l'Union soviétique. L'OTAN compte désormais 32 pays membres et constitue aujourd'hui le pacte de défense le plus ancien de l'histoire.

L'article 5 du traité, qui stipule qu'une attaque contre un membre entraînera une riposte de la part de tous les autres, n'a été invoqué qu'une seule fois, par les États-Unis, après les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

Un test de l'engagement de l'OTAN

Malgré cela, M. Trump a affirmé à plusieurs reprises qu’il n’était pas convaincu que les membres de l’OTAN viendraient en aide aux États-Unis si ceux-ci avaient à nouveau besoin d’aide. Il a dénigré le service des soldats alliés qui ont combattu, et sont morts, aux côtés des Américains.

Dans de nombreux messages publiés sur les médias sociaux, Donald Trump a laissé entendre que la guerre américano-israélienne contre l’Iran constituait un test de l’engagement de l’OTAN.

«La plupart de nos "alliés" de l'OTAN ont informé les États-Unis qu'ils ne souhaitent pas s'impliquer dans notre opération militaire contre le régime terroriste iranien au Moyen-Orient, et ce, bien que presque tous les pays aient fermement approuvé notre action et qu'il ne soit en aucun cas permis à l'Iran de posséder l'arme nucléaire», a écrit le président américain dans un long message publié mardi sur les médias sociaux.

«Nous les protégerons, mais ils ne feront rien pour nous, en particulier en cas de besoin», a-t-il ajouté.

Le Canada s’est joint jeudi au Royaume-Uni, à la France, à l’Allemagne, à l’Italie, aux Pays-Bas et au Japon dans une déclaration commune concernant le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran. Dans ce document, les pays ont exprimé leur volonté de «contribuer aux efforts appropriés pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit».

M. Braun a avancé que le problème avec M. Trump est qu'il est «grandiloquent, narcissique, vindicatif» et qu'«il a rabaissé, dénigré et déformé l'alliance».

Les provocations de M. Trump peuvent susciter chez les partenaires de l'OTAN des réactions motivées par un sentiment de colère ou de trahison, ce qui les empêche de se concentrer sur les véritables enjeux, a ajouté M. Braun.

Après le début des frappes aériennes contre l’Iran, de nombreux dirigeants européens se sont fait l’écho des attaques répétées de M. Trump contre l’aide à l’Ukraine en affirmant que la guerre du président n’était pas celle de l’Europe, a rappelé M. Braun.

Le ton insultant du président américain et la réaction qui en a résulté de la part des autres pays rendent ensemble difficile pour les membres de l'OTAN de voir clairement la situation internationale et de définir une stratégie, selon M. Braun.

D'un certain point de vue, l'avenir des États-Unis au sein de l'OTAN devrait désormais reposer sur des bases plus solides, estime Erwan Lagadec, professeur associé de recherche à l'Elliott School of International Affairs de l'Université George Washington.

Ces dernières années, le Congrès a adopté une législation qui interdit au pouvoir exécutif de réduire unilatéralement les effectifs militaires en Europe en dessous d’un certain niveau, et qui maintient le rôle des États-Unis au sein du commandement de l’OTAN.

L’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Matthew Whitaker, a assuré à l’alliance en février que les États-Unis restaient attachés à l’article 5.

«En principe, nous devrions donc […] être plus clairs au sujet de l’OTAN, de l’engagement des États-Unis envers l’OTAN sous cette administration, que nous ne l’étions il y a encore six mois, a expliqué M. Lagadec. Mais tout est possible avec M. Trump, qui semble aujourd’hui remettre à nouveau en question l’engagement des États-Unis envers l’OTAN.»

Les Canadiens savent par expérience que les garde-fous du Congrès n’empêchent pas le président d’agir selon ses impulsions.

L’Accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique a été négocié sous la première administration Trump et adopté par le Congrès.

De nombreux experts affirment que le programme tarifaire vaste et imprévisible de M. Trump sape son propre pacte commercial avec les voisins les plus proches des États-Unis.

Le président a également menacé à plusieurs reprises la souveraineté du Canada et a qualifié tant le premier ministre actuel que son prédécesseur de «gouverneur».

Alors que l’Europe s’efforce de renforcer ses capacités militaires en réponse à l’instabilité générée par l’administration Trump, tous les pays ne cherchent pas nécessairement à rompre complètement avec les États-Unis, a noté M. Lagadec.

Le Canada augmente également ses dépenses militaires, en partie en réponse aux menaces de l’administration Trump.

Mais M. Lagadec et M. Braun s’accordent tous deux à dire que — compte tenu de la longueur de la frontière canado-américaine, du vaste territoire commun et de la différence de population entre les deux pays — il n’est pas réaliste de penser que le Canada puisse dissocier sa défense de celle des États-Unis.

Kelly Geraldine Malone, La Presse Canadienne

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