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Les personnes évacuées à la suite des feux de forêt en Ontario se souviennent

durée 06h00
19 juillet 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

6 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

THUNDER BAY — En l'espace de quelques heures, la fumée qui recouvrait la Première Nation de Whitesand est devenue plus épaisse, plus sombre et plus âcre.

Dès lundi après-midi, des débris ont commencé à tomber des pins. La panique s'est emparée de cette communauté isolée de l'Ontario, située à plus de 250 kilomètres au nord de Thunder Bay.

C’est alors que Daniel Nodin a compris qu’il était temps pour tout le monde de faire ses bagages et de fuir pour sauver sa vie.

Même si le brasier était encore invisible, ce pompier à la retraite savait une chose: les feux de forêt ne tuent pas à distance, mais la fumée, elle, peut le faire.

«Si vous respirez ça, alors, vos poumons risquent de céder à cause de l’inhalation de fumée et de la chaleur», a-t-il expliqué.

M. Nodin a d’abord dit à sa fille et à son gendre qu’il était trop risqué de rester.

«Je suis retourné en ville pour dire aux gens qu’il fallait qu’on parte d’ici — ce feu va devenir incontrôlable, se souvient-il avoir dit. J’ai dit aux gens de la réserve : commencez à faire vos bagages, partez tout de suite, nous sommes en danger.»

M. Nodin et sa famille font partie des quelque 350 personnes de la Première Nation de Whitesand et des communautés voisines non constituées en municipalité d’Armstrong et de McKenzie Lake qui ont trouvé refuge dans un hôtel de Thunder Bay et se demandent si leurs maisons seront encore debout à leur retour.

De nombreux autres évacués provenant d’autres communautés – notamment de la Première Nation de Collins, ravagée par les flammes – se trouvent également dans la ville, alors que près de 200 feux de forêt font rage dans le nord de l’Ontario.

À ce jour, ces incendies ont ravagé une superficie supérieure à celle de l’ensemble des feux de l’année dernière et ont projeté une fumée toxique qui s’est propagée à travers la province et jusqu’à plusieurs États américains.

Alors que M. Nodin se rendait à Thunder Bay, il ne voyait que de la fumée et une lueur rouge dans le ciel. Il y avait de longues files d’attente à une station-service devant laquelle il est passé.

«C’était la pagaille, les gens étaient en pleine panique», a-t-il relaté lors d’une entrevue.

Son frère Andrew Nodin et sa famille séjournent également à l’hôtel. Ils ont réussi à fuir la Première Nation de Whitesand avec seulement quelques vêtements pour quelques jours.

Andrew Nodin a expliqué qu’il avait dû laisser son berger allemand derrière lui et qu’il s’inquiétait pour ce chien «qui est comme un fils pour moi».

Il a décrit des scènes poignantes observées depuis la route pendant leur fuite.

«Des cendres brûlantes tombaient sur mon nouveau pick-up, a-t-il raconté. Des cendres chaudes et froides tombaient du ciel.»

Certaines personnes ont entrepris le périlleux trajet de retour vers la communauté pour récupérer quelques affaires supplémentaires ou prendre des mesures de précaution afin de protéger leur maison contre l’incendie de forêt.

«Mais je ne voudrais pas risquer ma vie juste pour aller sauver mes effets personnels», a commenté Andrew Nodin.

Témoignage d'Ella Arney

Ella Arney, 75 ans, et son mari ont quitté leur domicile à McKenzie Lake vers 23 heures lundi.

Ils ont emporté quelques affaires, notamment des médicaments, à la lumière de lampes de poche, car une ligne électrique avait été arrachée par un arbre en feu.

«Toute la journée, la fumée était si épaisse qu’on aurait dit minuit , a commenté Mme Arney lors d’une entrevue dans le hall de l’hôtel. Nous étions assis sur notre ponton et les aiguilles de pin, d’épicéa et de sapin baumier tombaient comme de la pluie à côté de nous.»

Elle a ajouté que la simple idée de perdre sa maison était angoissante.

«Ça vous vide complètement de toute énergie de savoir que vous ne savez pas si vous aurez une maison où retourner ou non», a-t-elle déclaré.

La Première Nation de Whitesand a proposé à ce couple de personnes âgées de se loger à l’hôtel.

Centre de rafraîchissement mis en place

De retour dans la réserve, l’une des dernières personnes à partir fut Darian Baskatawang, conseiller principal auprès des dirigeants de la communauté.

M. Baskatawang a dû attendre jusqu’à environ 1 h 30 du matin mardi pour s’assurer que tout le monde était sorti sain et sauf.

«Quand nous sommes partis, c’était sous le couvert de l’obscurité ; aucune étoile ne brillait à travers la fumée, a-t-il indiqué. Aucune lumière ne perçait ce ciel. C’était juste du noir absolu.»

Avant l’évacuation, M. Baskatawang a expliqué que la communauté avait mis en place un centre de rafraîchissement pour lundi, car les températures devaient atteindre 40 °C ce jour-là.

«Nous avions vu dans le ciel une fumée très sombre, très dense, et nous savions donc qu’il devait y avoir un incendie à proximité», se souvient-il.

M. Baskatawang a indiqué avoir appelé le bureau de Thunder Bay du ministère des Ressources naturelles à 14 h ce jour-là pour demander si la communauté devait être évacuée ou si un ordre de confinement à domicile devait être donné, mais on lui a assuré qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter.

L’ordre d’évacuation est tombé dans la soirée, a-t-il précisé.

«Les gens étaient déjà partis bien avant cela, car ils savaient que la fumée s’aggravait et que les incendies se rapprochaient», a souligné M. Baskatawang.

La Première Nation de Whitesand prend en charge les chambres d’hôtel et les repas de ses propres membres ainsi que des personnes évacuées des communautés voisines, a précisé M. Baskatawang, et veille à ce que chacun ait accès à des soins médicaux.

«Ce gouvernement, le chef et le conseil, a décidé que nous allions utiliser nos ressources au profit de l’ensemble de la communauté, au-delà de la barrière fédérale-provinciale», a-t-il dit.

Il est temps que les gouvernements fédéral et provincial prennent leurs responsabilités alors que les communautés des Premières Nations sont en proie aux flammes dans toute la province, a observé M. Baskatawang.

La ministre fédérale de l’Emploi et des Familles, Patty Hajdu, qui représente la circonscription de Thunder Bay-Superior North, a déclaré que les frais d’évacuation des communautés des Premières Nations seraient pris en charge par Ottawa.

«Si une Première Nation est à court de liquidités, elle doit s’adresser à son conseiller régional ou appeler son député — c’est-à-dire moi — et nous veillerons à ce qu’elle obtienne immédiatement les ressources financières dont elle a besoin», a-t-elle expliqué samedi aux journalistes à Thunder Bay.

Elle a précisé que les localités non constituées en municipalité de la région qui ont dû être évacuées relèvent de la responsabilité de la province.

Le premier ministre Doug Ford, qui s’est également exprimé lors de la conférence de presse, a déclaré que les personnes évacuées de ces zones bénéficieraient d’une aide comprenant l’hébergement, la nourriture et l’accès aux services médicaux.

Cependant, son ministre des Ressources naturelles, Mike Harris, n’a pas précisé si la Première Nation de Whitesand serait remboursée pour l’aide apportée à ses voisins d’Armstrong et de McKenzie Lake.

«Notre priorité absolue, pour l’instant, est d’assurer la sécurité des personnes, et nous évaluerons bon nombre de ces questions au fur et à mesure», a-t-il assuré.

Le maire de Thunder Bay, Ken Boshcoff, a indiqué que les services municipaux travaillaient jour et nuit pour aider les personnes évacuées à s'installer et à se sentir en sécurité.

«Cela met vraiment en évidence notre rôle en tant que communauté d’accueil : nous devons veiller à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour ces personnes qui arrivent ici», a-t-il dit samedi.

Cette semaine, devant le Superior Inn de Thunder Bay, les scènes étaient empreintes à la fois de chagrin et d’espoir. Des habitants déposaient des dons, notamment des vêtements, de la nourriture et des couches pour bébés, tandis que les évacués discutaient de ce qui les attendait à leur retour chez eux.

À l’intérieur de l’hôtel, une grande salle était remplie de dons disposés sur des tables, tandis que les évacués choisissaient des vêtements et des chaussures.

Des personnes faisaient la queue juste à côté pour le dîner, tandis que d’autres étaient assises autour des tables et mangeaient du poulet, des légumes cuits et des desserts.

Melanie Tibishkogijig, conseillère de la Première Nation de Whitesand, s’est dite bouleversée par le soutien et la générosité dont sa communauté a bénéficié de la part des habitants de Thunder Bay.

«Je suis tellement reconnaissante envers tous ceux qui pensent à notre peuple», a-t-elle souligné.

Sharif Hassan, La Presse Canadienne

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