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Poilievre accuse Carney de semer la peur dans son discours sur les États-Unis

durée 19h51
20 avril 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a accusé le premier ministre Mark Carney de semer la peur dans un récent discours adressé aux Canadiens au sujet des relations avec les États-Unis.

Dans une vidéo de dix minutes publiée dimanche sur les médias sociaux, M. Carney a indiqué que les liens économiques étroits entre le Canada et les États-Unis, qui constituaient autrefois une force majeure, sont désormais une source de faiblesse.

Le premier ministre a avancé qu'il serait erroné d'attendre que les États-Unis renouent avec la coopération des décennies passées et qu'Ottawa doit plutôt aller de l'avant avec un plan visant à diversifier ses échanges commerciaux.

Dans sa propre vidéo publiée lundi sur les médias sociaux, M. Poilievre a fait valoir que le discours de M. Carney visait à détourner l’attention des Canadiens de questions telles que l’inflation.

M. Poilievre a fait valoir que le gouvernement n’avait pas réussi à faire progresser la construction de logements, à accélérer les grands projets, ni à faire avancer les négociations commerciales avec les États-Unis.

«On n'a pas besoin de plus de discours illusoires de la part de M. Carney. On a besoin de résultats concrets, comme un panier d'épicerie moins cher, et un litre d'essence moins cher», a-t-il soutenu.

Le premier ministre de l’Île-du-Prince-Édouard, Rob Lantz, a mentionné lundi lors d’une table ronde à Ottawa qu’il estimait que le discours de M. Carney était mal formulé et qu’il voyait toujours un «avenir long et prospère» pour les relations entre le Canada et les États-Unis.

«Je n’ai pas aimé ce choix de mots. Je n’aurais pas parlé de faiblesse, a expliqué M. Lantz. Il est vrai que les États-Unis sont un partenaire commercial très, très important pour nous, qu’ils l’ont toujours été, et que nous dépendons peut-être un peu trop de notre accès facile à ce marché.

«L’ère Trump prendra fin. Je pense que ce à quoi nous assistons est une occasion de nouer de nouvelles relations commerciales à travers le monde, et c’est ce que nous faisons, mais je continue de voir un avenir long et prospère devant nous dans nos relations avec les États-Unis», a-t-il ajouté.

Il a ensuite déclaré aux journalistes qu’il était «inutile» de s’aliéner un partenaire avec lequel le Canada est en négociation, tout en soulignant qu’il soutenait pleinement l’approche de M. Carney pour le développement du Canada.

Dans son discours, M. Carney a indiqué qu’il comptait tenir les Canadiens régulièrement informés en leur présentant une évaluation franche des efforts visant à diversifier l’économie au-delà du marché américain.

«Je vais être transparent sur tout ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et ce que nous en faisons», a-t-il souligné.

M. Carney a réaffirmé les efforts de son gouvernement visant à renforcer les liens économiques et de défense avec des pays autres que les États-Unis.

«Nos forces traditionnelles, qui reposaient sur des liens étroits avec l'Amérique, sont maintenant des faiblesses. Nous devons agir», a-t-il ajouté.

Le premier ministre a également fait remarquer que les jeunes Canadiens n’ont jamais connu une époque où le monde était stable, citant l’invasion américaine de l’Irak en 2003, la crise financière de 2008 et la pandémie de COVID-19.

Il a également souligné que le pays pouvait s’inspirer de ses victoires face aux défis historiques du passé, citant son succès dans la résistance aux incursions militaires américaines pendant la guerre de 1812 et les actions de «héros autochtones comme Tecumseh».

Les commentaires de M. Carney interviennent quelques jours après que son gouvernement a obtenu la majorité au Parlement, alors que les conservateurs font pression sur lui pour qu’il conclue un accord commercial avec les États-Unis — une promesse qu’il avait faite lors des élections de l’année dernière.

Les libéraux ont répété à plusieurs reprises qu’ils ne signeraient pas un mauvais accord avec les États-Unis, tout en déclarant ouvertement que les investissements étrangers au Canada sont en baisse. M. Carney a souligné que les droits de douane américains menacent de nombreux secteurs, notamment ceux du bois d’œuvre, de l’acier et de l’automobile.

Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, avait déclaré au début du mois qu’il ne s’attendait pas à ce que les négociations sur l’Accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique soient conclues avant le 1er juillet.

C'est en effet la date limite à laquelle les États-Unis doivent notifier au Canada et au Mexique leurs intentions concernant le pacte commercial trilatéral, connu sous le nom d'ACEUM.

Soutien de certains premiers ministres

Le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest, R.J. Simpson, a avancé lundi lors de la table ronde qu’il partageait l’analyse de M. Carney et que les liens du Canada avec les États-Unis constituaient une source de faiblesse.

«Je dirais que c'est une faiblesse. Je veux dire, il suffit de regarder la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Nous sommes vraiment sous pression avec l'ACEUM, mais je pense que le Canada a ce qu'il faut pour devenir plus autonome», a-t-il précisé.

M. Simpson a ajouté que, même si le Canada entretiendra toujours des relations étroites avec les États-Unis en raison de sa situation géographique, il n’a pas besoin d’être «dépendant».

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a affirmé que le Canada devait continuer à diversifier ses échanges commerciaux.

«Nous sommes le premier client des États-Unis, et ils sont également notre premier client, a-t-il rappelé. Le protectionnisme ne fonctionne nulle part dans le monde et nous devons aller de l’avant avec l’ACEUM, et conclure un accord.»

La première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, a fait savoir qu’elle partageait l’avis de M. Carney.

«Lorsque vous avez un seul client qui représente la grande majorité de votre activité, et dans le cas du Nouveau-Brunswick, cela représente 92 % de nos exportations vers les États-Unis, c'est une vulnérabilité», a-t-elle précisé.

— Avec des informations de Dylan Robertson

Catherine Morrison, La Presse Canadienne

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