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Un groupe inuit veut la fin de Nutrition Nord Canada et un programme plus approprié

durée 12h22
9 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Par La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — L'organisation représentant les Inuits au Canada affirme que le programme du gouvernement fédéral destiné à subventionner la réduction des prix élevés des denrées alimentaires dans le Nord ne fonctionne pas et devrait être supprimé.

L'appel à la suppression de Nutrition Nord Canada s'inscrit dans le cadre de la nouvelle stratégie de réduction de la pauvreté d'Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), publiée mardi.

Le rapport indique que le programme n'a pas réussi à améliorer la sécurité alimentaire dans l'Inuit Nunangat, le territoire des Inuits, et que son approche fragmentée n'est pas pleinement alignée sur les priorités des Inuits.

«C'est une approche dispersée dans un contexte politique qui réclame une intervention ciblée, a déclaré le président de l'ITK, Natan Obed, à La Presse Canadienne. Nous voulons reprendre davantage le contrôle de ce domaine et dire: “Si le gouvernement du Canada compte dépenser un dollar pour la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire ou le bien-être des enfants, nous aimerions que cela se fasse dans le cadre de ces paramètres politiques et selon les priorités que nous avons nous-mêmes définies et qui, selon nous, feront la plus grande différence possible.”»

Nutrition Nord Canada verse des fonds aux détaillants pour aider à réduire le coût élevé des produits alimentaires dans 124 communautés. Certains détaillants ont été accusés de ne pas appliquer l’intégralité de la subvention aux articles qu’ils vendent.

Le rapport indique que Nutrition Nord Canada devrait être remplacé par un nouveau programme réservé exclusivement aux ménages inuits, doté de mesures de transparence et de responsabilité plus strictes.

Il préconise la création de coopératives et d’autres détaillants alimentaires locaux afin de donner aux Inuits un plus grand contrôle sur les chaînes d’approvisionnement et la fixation des prix des denrées alimentaires, ainsi qu’un soutien accru aux initiatives de récolte et de sécurité alimentaire menées par les communautés.

«Si le gouvernement du Canada prévoit de dépenser plus de 200 millions $ pour la sécurité alimentaire dans le Nord, nous estimons que ce sont ceux qui en ont le plus besoin qui devraient en bénéficier», a indiqué M. Obed.

Les Canadiens non autochtones vivant dans l’Inuit Nunangat ont un revenu individuel médian de 100 000 $, tandis que le revenu individuel médian des Inuits de la région est d’environ 32 000 $, note le rapport.

Les Canadiens non autochtones de l’Inuit Nunangat sont également plus susceptibles d’avoir un emploi, d’avoir terminé leurs études secondaires et d’être titulaires d’un diplôme d’études supérieures, indique le rapport. Ils ont également une espérance de vie moyenne de 85 ans, contre 72 ans pour les Inuits, et sont plus susceptibles d’être propriétaires de leur logement et de bénéficier d’une sécurité alimentaire.

Le rapport de l'ITK présente également la toute première mesure du panier de consommation de l'Inuit Nunangat, qui estime le coût d'un niveau de vie de base. Elle s'appuie sur la mesure du panier de consommation de Statistique Canada, que le Canada utilise comme mesure officielle de la pauvreté.

Elle couvre le coût de l'alimentation, de l'habillement, du logement, des transports, des produits d'hygiène personnelle et des technologies de communication.

L'ITK estime la mesure du panier de consommation de l'Inuit Nunangat à 74 000 $ par an pour une famille de quatre personnes. En comparant ce chiffre aux revenus familiaux moyens, l'ITK estime qu'environ 41 % des familles vivant dans l'Inuit Nunangat étaient en situation de pauvreté en 2023, année de collecte des données.

Stratégie préconisée

M. Obed a énoncé que ces chiffres ne le surprenaient pas et qu’ils montraient pourquoi l’approche d’Ottawa en matière de sécurité alimentaire dans le Nord échouait.

«C'est un problème qui a des implications considérables pour la viabilité de notre société et le bien-être de notre peuple», a-t-il dit.

La stratégie propose que le gouvernement fédéral s’oriente vers un programme dirigé par les Inuits et doté d’un financement stable et à long terme.

Elle propose également l’élaboration conjointe d’une politique éducative et un soutien aux initiatives éducatives menées par les Inuits, y compris le financement de l’Université de l’Inuit Nunangat, dont l’ouverture est prévue en 2030. Cette université offrira pour la première fois aux étudiants inuits la possibilité d’obtenir des diplômes d’études supérieures sur leurs territoires.

Le rapport préconise davantage de mesures fédérales pour renforcer l’économie inuite. Il indique qu’Ottawa devrait veiller à ce que les entreprises détenues par des Inuits bénéficient de la relance des marchés publics militaires.

La stratégie préconise également un revenu minimum garanti adapté aux besoins, ainsi que des améliorations de l’aide au revenu et du salaire minimum.

M. Obed a souligné que si le Canada n'agit pas pour réduire la pauvreté dans l'Inuit Nunangat alors qu'il cherche à sécuriser l'Arctique, il risque de répéter ce qu'il a fait dans les années 1950, lorsqu'il a tenté d'affirmer sa souveraineté sur la région en déplaçant les communautés inuites et en détruisant leur mode de vie.

Le rapport indique que la réduction de la pauvreté dans l’Inuit Nunangat nécessite un engagement, une responsabilisation et des investissements soutenus, et que les Inuits eux-mêmes doivent être à la table des négociations.

«Avec les bons partenariats, les ressources adéquates et le respect de l’autodétermination des Inuits, nous pouvons combler les écarts en matière d’opportunités et de bien-être et veiller à ce que tous les Inuits aient les moyens de mener une vie saine, autonome et prospère, relève le rapport. L’intérêt actuel pour le développement de l’Arctique incite les partenaires à renforcer les communautés inuites grâce à des infrastructures innovantes à double usage qui incarnent une approche holistique visant à lutter efficacement contre la pauvreté et à combler le fossé entre les communautés inuites et non autochtones.»

Alessia Passafiume, La Presse Canadienne

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