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Une station de ski de N.-É. préservera de la neige jusqu'à l'hiver prochain

durée 12h42
22 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

HALIFAX — Elle mesure 125 mètres de long, 35 mètres de large et près de 11 mètres de haut, et, avec un peu de chance, elle sera toujours là au début de la prochaine saison de ski.

Ski Martock, une station située à environ 60 kilomètres au nord-ouest d’Halifax, tente de prendre une longueur d’avance sur la saison hivernale à venir grâce à une énorme butte de neige recouverte de ce qui s’apparente à une couverture isolante de pointe.

«Elle contient 18 000 mètres cubes de neige, nous l’avons donc recouverte, et notre objectif est d’en conserver autant que possible pour démarrer la saison prochaine un peu plus tôt», a indiqué Andy MacLean, directeur des opérations de la station, lors d’une entrevue.

À la fin de la saison, les équipes du Ski Martock ont entassé autant de neige que possible dans ce grand amas. Les ouvriers ont ensuite déroulé des bandes de géotextile qui isolent la butte, réfléchissent la lumière du soleil et protègent la neige du vent et de la pluie.

M. MacLean estime que le tas pourrait perdre 50 % de son volume d’ici le début de la nouvelle saison en décembre, mais il s'est fait indiquer que la moyenne se situait plutôt entre 30 et 40 %.

Cette technologie a été mise en place avec l’aide de la société tchèque Snow Support. Une partie de la neige, surtout aux abords de la bâche, est recouverte de 30 centimètres de copeaux de bois servant d’isolant.

«Vous avez sûrement entendu parler de gens qui coupaient de la glace en hiver pour la stocker ensuite dans de la sciure de bois, dans une glacière, afin d’en disposer tout l’été lors des journées chaudes. Il s’agit donc simplement d’une version à plus grande échelle de ce principe», a expliqué M. MacLean.

Une méthode éprouvée

La conservation de la neige sous des couvertures thermo-isolantes a vu le jour sur les stations de ski européennes et suscite aujourd’hui un intérêt croissant à travers le monde. M. MacLean a raconté s'être inspiré de la station Sun Peaks, située à environ 55 kilomètres au nord-est de Kamloops, en Colombie-Britannique: la première au Canada à avoir fait l'essai de cette technique.

Christina Antoniak, directrice de la marque et des communications de Sun Peaks, a indiqué que la station avait dépensé 180 000 $ pour son système de couvertures, développé par la société finlandaise Snow Secure. Il a été installé sur 14 000 mètres cubes de neige en mai 2025. En octobre, 80 % de cette neige était encore là.

Mme Antoniak a expliqué que la station avait pu répartir la neige restante sur la partie inférieure de son Nancy Green International Race Centre, ce qui a permis de garantir son ouverture dans les temps malgré des conditions météorologiques variables.

Les membres de prochaine génération de l’équipe Canada Alpin, un programme de développement de haut niveau, s’entraînaient sur le site en novembre et ont été impressionnés par la qualité de la neige, a-t-elle ajouté.

«Évidemment, la neige change de consistance lorsqu’elle est stockée pendant les mois les plus chauds, a souligné Mme Antoniak lors d’une entrevue. Elle devient un peu plus compacte et plus dure, ce qui en fait en réalité une surface de neige idéale pour les compétiteurs, car ils ont besoin d’une neige dure et rapide pour s’entraîner.»

Elle a précisé que le système avait si bien fonctionné que Sun Peaks a investi dans deux autres unités cette année, pour un coût d’environ 400 000 $.

Alors que la station de Colombie-Britannique consacre habituellement tous ses efforts d’enneigement en début de saison au centre de compétition afin que les athlètes de haut niveau puissent s’entraîner le plus tôt possible, elle espère que la neige stockée permettra de réorienter les efforts et d’enneiger d’autres zones. Cela offrirait une saison commençant plus tôt pour le grand public.

«Nos téléphones n’arrêtent pas de sonner, rien que du côté des professionnels du secteur: les gens veulent en savoir plus sur notre projet, savoir comment ça s’est passé, car ils envisagent d’adopter ce type de technologie pour leurs propres stations de ski, a affirmé Mme Antoniak. Nous pensons donc que c’est fantastique si cela permet de donner à notre secteur une certaine résilience à une période de l’année où les choses deviennent un peu plus difficiles et imprévisibles.»

M. MacLean a expliqué que l’enneigement artificiel à Martock, avec son altitude relativement basse et le climat de la Nouvelle-Écosse, est toujours un défi, mais que la station n’a manqué aucune saison en soixante ans.

«Notre plus grand défi a toujours été le climat maritime auquel nous sommes confrontés: une forte humidité, des variations de température importantes, et la pluie qui tombe toujours en janvier», a déclaré M. MacLean.

«Je veux dire que le changement climatique contribue certainement aux difficultés avec ces étés chauds. Mais pour nous, l’hiver a toujours été un véritable défi dans la région.»

Il précise que l’objectif est d’ouvrir la piste principale de Martock au mois de décembre. Du matériel d’enneigement artificiel sera nécessaire, mais le stock devrait aider les équipes à prendre de l’avance sur les travaux, car certains des 100 000 visiteurs annuels sont impatients de dévaler les pistes.

Si cela fonctionne bien, Ski Martock et sa station sœur, Ski Cape Smokey, au Cap-Breton, pourraient étendre leur utilisation du système.

Devin Stevens, La Presse Canadienne

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