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Entretiens avec des travailleuses de rue

Le travail de rue c'est quoi ?

durée 18h00
26 juin 2022
Léa Arnaud
durée

Temps de lecture   :  

5 minutes

Par Léa Arnaud, Journaliste

Le travail de rue, c’est quoi ? Vous en avez peut-être déjà entendu parler dans les milieux de vie que vous fréquentez ou ceux que vos enfants fréquentent.

Selon le Regroupement des Organismes Communautaires Québécois pour le Travail de Rue (ROCQTR), cette « pratique vise à tenir une présence quotidienne dans les milieux de vie des personnes et qui s’appuie sur l’établissement d’une relation de confiance avec elles pour les accompagner vers un mieux-être ».

Afin de mieux comprendre ce que fait un travailleur ou une travailleuse de rue, EnBeauce.com s’est entretenu avec les deux personnes en poste à la MRC Nouvelle-Beauce. France exerce ce métier sur ce territoire depuis 23 ans. Elle travaille maintenant surtout auprès des jeunes adultes. Pour sa part, Sarah a commencé il y a quelques mois seulement et s’adresse essentiellement aux adolescents d’environ 12 à 17 ans.

Le travail de rue
Selon France, le rôle du travailleur de rue c’est d’entrer en relation avec les gens qui ont peu ou pas de lien avec des personnes significatives dans leur milieu. Le but c’est de développer des liens et s’ils ont des besoins, de les accompagner vers les bonnes ressources.

« Peu importe le type de situation que les gens peuvent vivre, on va les accompagner vers les bons acteurs du milieu qui vont être capables de les aider », soutient-elle. « On touche un peu à tout, mais on n’est pas des spécialistes. On va accompagner les gens vers les spécialistes adaptés à leurs besoins. »

« On agit beaucoup à titre informatif et préventif aussi », a ajouté Sarah. 

La réduction des méfaits
Les deux travailleuses de terrain ont expliqué que les jeunes sont dans un âge d’expérimentation donc ils peuvent être dans des situations à risque à tout moment. C’est pour être proche d’eux et pouvoir intervenir en cas de problème non anticipé que Sarah fréquente la polyvalente, les parcs, les écoles, etc.

« L’adolescence c’est aussi une période d’adaptation. Les gens expérimentent beaucoup, ils peuvent vivre leur première peine d’amour par exemple. Alors nous on va travailler à la réduction des méfaits pour éviter que les jeunes prennent le mauvais chemin s’il y a lieu. C’est toujours une démarche sur une base volontaire, car on ne peut pas prendre des décisions sans sa volonté. On agit aussi à titre de conseiller », a-t-elle indiqué.

L’approche de réduction des méfaits consiste plutôt à travailler sur la connaissance des enjeux et la réflexion de la personne. 

Selon elles, les problématiques pour les jeunes tournent souvent autour de la toxicomanie, de la sexualité. « Ils sont pas forcément conscients des connaissances alors en jasant avec eux on essaie de faire de la mise en garde et de faire de la prévention. On ne dira pas “fait pas ça”, mais plutôt “si tu le fais quelles sont les conséquences", etc. On doit les conscientiser par rapport aux risques », a fait savoir France.

L’importance du lien significatif
Toutes deux ont souligné l’importance de créer un lien significatif avec les personnes utilisant leurs ressources. Pour cette raison, elles veillent à voir les gens qui en ont besoin sur une base régulière pour apprendre à les connaître et développer ce lien. « De cette façon ça fait du sens pour eux quand on leur donne un conseil ou qu’on les accompagne », a précisé France. 

Dire à quelqu’un « appelle à telle place, fais telle démarche », c’est différent que de dire « je connais quelqu’un qui pourrait t’aider, on pourrait peut être aller ensemble à la maison de la famille par exemple ». Le fait de les accompagner dans la démarche les rend moins gênés et les aide à s'intégrer.

Pour France, beaucoup de ces liens sont déjà forts puisqu’il y a même certaines personnes qu’elle accompagne depuis leur adolescence. Bien que de nouveaux visages apparaissent au fil du temps également.

Cependant pour Sarah, c’est en ce moment qu’elle travaille à bâtir ce lien de confiance. « Le midi je fréquente la polyvalente de Sainte-Marie. Je vais discuter avec les jeunes sur place. Je vais aussi au centre jeunesse et cet été je vais aussi aller dans les parcs et les festivals. Je vais tenir des kiosques de prévention par rapport à la toxicomanie. Ça permet aussi d’entrer au contact avec de nouvelles personnes. Les jeudis et vendredis soir, je suis à la Maison des jeunes. »

Aussi, elles ont un rôle très différent des parents ou des enseignants. Tout est également confidentiel. 

L’estime de soi 
D’après les deux professionnelles, le plus gros enjeu depuis toujours chez les jeunes, c'est l’estime de soi. « Un jeune qui a une bonne estime de lui-même et qui connaît ses forces va être capable de se respecter, et de mettre des limites. Donc s’il expérimente des choses c’est qu’il va être prêt à les vivre et à les faire. Mais s'il n'a pas confiance en lui, il est plus facilement influençable, il va embarquer plus facilement dans des histoires ou des situations un peu plus à risque », a expliqué France.

Par conséquent, il est essentiel d’apprendre à les connaître et de valoriser leurs points forts, de développer leurs intérêts, leurs passions et leur sens critique aussi. Il faut les outiller et les amener à réfléchir,  être plus dans le conseil que dans la morale. 

Le travail de rue s’adresse à tous
Souvent les gens vont mettre des étiquettes quand ils vont savoir que telle personne est en contact avec le travail de rue. 

« Moi j’ai de la misère avec les étiquettes parce que quelqu’un qui a un diagnostic schizophrène par exemple, et bien elle n’est pas son diagnostic, c’est juste une part d’elle. Elle n’est pas définie par ça », fait remarquer France.

Une personne peut s’adresser au travail de rue parce qu’elle vit une situation difficile, qu’elle a besoin de conseils ou d’une épaule. Ça peut être juste une fois ou finalement pour des mois. Après, le lien de confiance fait qu’on peut y faire appel à nouveau juste pour raconter les nouvelles, même les bonnes nouvelles!

« C’est d’accueillir la personne dans sa globalité », a conclu Sarah.

Pendant 15 ans, France a fréquenté les lieux que fréquente Sarah présentement. Mais avec les années elle a vieilli et beaucoup de gens et de familles ont évolué aussi. « Ils vivaient beaucoup d’enjeux, ces jeunes adultes-là, alors j’ai continué à faire le suivi avec eux. »

Finalement, le travail de rue s'adresse à toute personne qui en ressent le besoin. 

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