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23 juin 2020 - 14:00

Deux groupes

Des étudiants du Cégep Beauce-Appalaches prennent part au 17e Prix littéraire des collégiens

Par Salle des nouvelles

Deux groupes d’étudiants du Cégep Beauce-Appalaches ont pris part au 17e Prix littéraire des collégiens, qui s’est déroulé en partie à distance en raison des consignes de distanciation physique. D’une part, des passionnés de lecture ont relevé le défi de lire les cinq romans québécois en nomination pour ce prix dans le cadre d’une activité parascolaire. 

D’autre part, dans le cadre du cours Actualité culturelle : Prix littéraire des collégiens, les finissants du profil Création et médias, qui ont analysé les œuvres en profondeur, ont aussi eu la chance de rencontrer les auteurs et de discuter avec eux au téléphone. Les deux groupes ont fait partie d’un jury composé de 754 étudiants de 60 établissements collégiaux du Québec qui a décerné en ligne le premier prix à Naomi Fontaine pour son roman Shuni.

Les étudiants ont conçu des affiches publicitaires pour chacun des romans en nomination afin d’en promouvoir la lecture. Leurs affiches seront d’ailleurs exposées dans un local du cégep. Ils ont aussi pris la plume pour rédiger une critique littéraire sur les œuvres qui ont allégé leur confinement. Voici quelques-uns de leurs travaux en lien avec des œuvres qui les ont divertis, troublés, fait rire ou conscientisés :

Shuni de Naomi Fontaine (Mémoire d’encrier) - Affiche de Marika Vachon et critique de Maelys Delago ;

Bienvenue ma sœur

Avec poésie et douceur, Naomi Fontaine, une auteure innue, raconte à Julie, une amie d’enfance qui, une fois adulte, revient s’installer à Uashat en tant que missionnaire, la vie dans la réserve dans une longue lettre appelée Shuni.

C’est tout en simplicité et en employant des mots évocateurs que l’auteure expose à son amie la beauté de la réalité de Uashat. Elle y aborde plusieurs thèmes qui viennent toucher le lecteur, qui s’attache aux personnages. C’est le cas entre autres lorsqu’elle mentionne le complexe d’infériorité auquel sont confrontés les Innus face à la communauté « blanche », et ce, en parlant de la petite fille qu’elle a été et de son garçon, élevé à Québec, qui cherche à savoir pourquoi lui aussi ne pourrait pas être blanc. Elle raconte le chemin parcouru avant de pouvoir enfin s’estimer et être fier de sa culture. Cette fierté ressort notamment grâce aux extraits de nombreux auteurs autochtones, entre autres An Antane Kapesh, première femme innue à avoir publié des livres en français. 

Quant à la résistance, elle raconte comment sa communauté fait tous les jours face au racisme et aux relations compliquées avec les blancs. Enfin, un des thèmes les plus forts du roman reste celui de la maternité, abordée dans des lettres adressées à son fils, surnommé Petit ours. Finalement, elle crée un pont entre les deux communautés pour ne former plus qu’un :

Sa lettre permet de voir au-delà des statistiques associées aux Autochtones, provoque la réflexion et plonge le lecteur dans la peau du destinataire, qui devient plus sensible au message. Il incarne alors Shuni.

Suzanne Travolta d’Élisabeth Benoît (P.O.L) - Affiche d’Emmanuelle Côté et critique de Mary Boucher ;

En cette période de confinement, l’intrigant roman Suzanne Travolta vous fera décrocher de votre quotidien. Au premier abord, plusieurs éléments laissent présager que ce ne sera qu’un récit policier comme les autres : une curieuse histoire de suicide, une voisine étrange sous-surveillance, une famille qui entretient de drôles d’habitudes et un duo d’enquêteurs attachants. Toutefois, la narration vraiment singulière entraîne le lecteur dans une sorte de tourbillon qui, une fois le roman terminé, donne envie de s’y replonger.

Dès les premières pages, on suit Suzanne Travolta, une informaticienne, dans son quotidien juste après le suicide de sa voisine Marie-Josée. Rapidement, les proches de Marie-Josée se mettent à graviter autour de Suzanne et des enquêteurs, qui assurent parfois la narration, s’intéressent à elle. Au fil de l’histoire, la complexité de l’enquête ne cesse de croître, donnant l’envie irrépressible au lecteur d’en comprendre toute l’étendue. Mais lorsqu’il croit enfin avoir compris, c’est un nouveau pan de l’histoire qui lui est dévoilé. 

La façon singulière qu’ont les personnages d’utiliser les répétitions pour s’exprimer, au lieu d’alourdir le texte, lui confère une saveur toute particulière qui nous fait apprécier encore davantage l’histoire : « Laurent veut garder le canapé. Laurent ne veut pas que le canapé bouge de là. Je veux pouvoir m’asseoir sur le canapé de ma sœur quand je vais chez ma sœur, je ne vais pas m’asseoir par terre chez ma sœur ni sur une chaise d’ailleurs ».

L’intrigue en elle-même est un bonbon pour tout amateur de roman policier puisqu’elle saura vous faire travailler les méninges. La fin de ce récit vous laissera sans mots et l’envie irrépressible de vous y replonger vous tenaillera, mais n’ayez crainte, c’est un effet secondaire tout à fait normal.

Les Offrandes, de Louis Carmain (VLB) – Affiche et critique d’Alice Grenier ;

L’envers de la médaille

En plein cœur du Mexique, Maude, une Québécoise, travaille sur les disparitions d’animaux de compagnie. Lorsque son ex-belle-mère lui raconte le suicide de deux jeunes filles dans la cour de son immeuble, la Québécoise ne peut s’empêcher d’y mettre le nez. Dans ce pays qui n’arrête pas de bouger, Maude plonge, malgré elle, dans une affaire qui la sort de sa zone d’expertise. 

Les Offrandes de Louis Carmain est un roman à suspense qui dresse un portrait sombre, mais réaliste du Mexique. « Le soir venu, Maude émergeait de ses déceptions. Elle sortait sur le balcon et buvait une Modelo en regardant généralement le smog. Elle essayait d’y trouver le soleil. Parfois, au fond, l’empreinte du soleil. Un souvenir de soleil. » Entre la violence très présente dans les rues, la corruption policière et les remarques sexistes envers les femmes, ce roman transporte le lecteur dans un univers déstabilisant.  L’ambiance lourde et obscure de l’enquête de Maude est contrebalancée par l’humour de la narration. Les péripéties et la soif de connaitre le dénouement du récit incitent les lecteurs à tourner les pages encore et encore. 

Par les yeux d’une blonde dans un pays de bruns, les lecteurs rencontrent des personnages éclatés : un peintre oublié qui ne finit jamais ses tableaux, l’ex-belle-mère qui surprotège son chien, un adolescent qui s’initie à la sexualité et bien d’autres accompagnent l’enquêtrice.  Aucun détail n’est superflu, toute l’information est cruciale et rien n’est laissé au hasard dans cette intrigue bien ficelée qui, grâce à ses quelques mots en espagnol et à ses nombreuses références à la culture du Mexique, nous en fait découvrir la face cachée.

Ouvrir son cœur, d’Alexie Morin (Le Quartanier) – Affiche et critique de Miguel Morin ;

Chroniques de la différence

Avec son autobiographie thérapeutique, Alexie Morin entreprend un voyage au plus profond de ses souvenirs pour essayer de comprendre la personne qu’elle est devenue. Elle tente de trouver la réponse à une question qu’elle ne cesse de se poser depuis l’adolescence : comment vivre quand on se sent si différente ?

L’histoire commence à l’enfance, avec une jeune fille souffrant de strabisme sévère. On est témoin de son parcours scolaire où les couteaux «œil croche» volent bas, on suit les hauts et les bas de son amitié avec une voisine gravement malade et ses frustrations enflammées par la différence. L’adolescence se pointe ensuite le nez, main dans la main avec l’envie d’être acceptée et la peur de prendre trop de place ou, surtout, de prendre une place qui ne lui est pas réservée. Les questionnements sur la mort, l’anxiété, le premier emploi-torture d’âme, l’anxiété, le cégep, un TDAH non diagnostiqué, l’anxiété, les appartements, l’université : c’est un glissement de terrain pour Alexie, qui voit chacune de ses zones de confort s’écrouler devant ses yeux.

Ouvrir son cœur, c’est une histoire touchante par son honnêteté et par son caractère hautement personnel. En prenant place dans le voyage dans sa tête que nous offre l’auteure, on ne sait pas vraiment vers quelle conclusion nous allons aboutir, les cartes sont brouillées et se débrouillent peu à peu, laissant en éclaircies des paysages qui sont communs à un grand nombre de gens : incertitude, anxiété, différence. Ouvrir son cœur présente un portrait complet de ceux pour qui vivre est assez compliqué, de ceux qui remettent en question tout ce qui les entoure, chacun de leurs gestes, jusqu’à l’obsession. Chercher des réponses, des raisons jusqu’à la fin… pour comprendre que finalement « c’est eux qui ont raison, les gens bien adaptés ».

L’évasion d’Arthur ou La commune d’Hochelaga, de Simon Leduc (Le Quartanier) – Affiche de Philippe Fortin et critique de Danick Landry.

Le déconfinement d’Arthur ou La géopoétique d’Hochelaga

Dans L’évasion d’Arthur ou la commune d’Hochelaga, l’évasion du personnage principal débute d’abord dans sa tête, où il peut fuir l’école et autres désagréments de la vie.  Elle se poursuit de façon plus pragmatique, chez la pédopsychiatre, sur les glaces du Saint-Laurent, jusqu’à la commune d’Hochelaga. Dans cet univers imaginé par Simon Leduc dans son premier roman, on creuse des labyrinthes rejoignant ceux de la psyché, on change le monde, on organise le paradis psychotropique, parallèlement à celui antipsychiatrique, on réanime un robot, on règle des problèmes de famille. Tout ça jusqu’à ce que la police s’en mêle et plus loin encore.    

Le titre de l’œuvre propose un choix, mais les personnages n’en laissent pas : la revendication minimale, c’est l’impossible. Si la vérité sort de la bouche des enfants, elle est ici parfois crue, gorgée d’irrévérence et livrée dans un langage débridé. Pas besoin de lire longtemps pour le comprendre, la vérité sort de leur bouche, mais la liberté pousse dans leur cœur, et l’espoir avec. Simon Leduc ne s’en tient pas qu’aux enfants puisque presque chaque chapitre offre une voix nouvelle. Des préadolescents libérateurs de jeunesse improvisés trafiquants, en passant par les docteurs de l’étranger, les snowbirds ex-détenus, jusqu’aux universitaires punks et autres « poqués », il n’y a qu’un seul dénominateur commun : le rêve de quelque chose de mieux. En effet, l’auteur pointe du doigt de ses personnages plusieurs noirceurs de notre société, comme le système d’éducation, la pression de performance, l’automédication et bien d’autres. La commune est donc avant tout un mouvement à contre-courant exposant le paradoxe d’une société atomisée, d’un agglomérat de solitudes : « Le citoyen C. recommande l’acquisition d’un pédalo à des fins géopoétiques, matérialistes et sportives. Ce moyen de transport permettrait l’exploration de nouveaux territoires et une prise de conscience de l’insularité pathologique du Montréalais contemporain. » 

Arthur ne fait pas que s’évader, il tend la main. Il propose de le suivre, où il y a du laid, qu’on trouve parfois beau, du triste, du drôle, mais surtout du monde, avec des rêves. Du rêve qui fleurit dans l’asphalte d’Hochelaga, mais qui n’en est que plus beau. 

Ces critiques littéraires ont également été soumises à un jury dont leur enseignante, Jacinthe Duchesne, a fait partie en compagnie de Jean-François Lacoursière, professeur au Département de littérature et communication du cégep de Trois-Rivières, et de Louise-Maude Rioux Soucy, directrice adjointe de l’information et responsable des pages culturelles au Devoir.

Jacinthe Duchesne est évidemment très fière de tous ses étudiants : « Ils ont vraiment fait du bon travail et ont pu réaliser que la littérature joue un rôle primordial dans nos vies, notamment lors des moments difficiles comme cette période de confinement. Je me souviendrai longtemps des échanges intéressants que nous avons eus, notamment sur la plateforme Zoom ».

Les objectifs du Prix littéraire des collégiens sont de : 

• promouvoir la littérature québécoise auprès des étudiants des collèges et des cégeps en encourageant l’exercice du jugement critique à travers la lecture;

• récompenser une œuvre originale, le prix étant assorti d’une bourse de 5000$ remise à l’auteur;

• reconnaître la qualité et la pertinence d’une œuvre.

Pour en savoir plus sur le Prix littéraire des collégiens : prixlitterairedescollegiens.ca

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