De Sainte-Hénédine
La Ferme Gagnonval tourne la page après 40 ans de production laitière
Après quatre décennies consacrées à l’élevage laitier, Marc et Daniel Gagnon s’apprêtent à fermer les portes de la Ferme Gagnonval Inc., située à Sainte-Hénédine.
Une décision empreinte de réalisme et de lucidité, mais aussi de fierté, alors que les deux frères concluent leur parcours avec les honneurs, notamment en recevant le prix Lait’xcellent Or 2024, décerné par les Producteurs de lait du Québec.
Tout a commencé en 1985, lorsque Daniel reprend la ferme de son père. Quinze jours après avoir terminé l’école, il se lance dans la construction d’une nouvelle grange, aidé par les voisins et animé par la volonté de moderniser les installations. Son frère Marc le rejoint officiellement en 1994, après plusieurs années à travailler à l’extérieur. Ensemble, ils fondent la Ferme Gagnonval Inc. et forment une équipe complémentaire, chacun développant ses champs d’expertise.
Des rôles bien définis et une complicité forgée sur le temps
Marc s’occupe de la mécanique, de l’entretien des équipements et des travaux aux champs. Au fil des années, il met en place des technologies comme le GPS et le nivellement de précision pour améliorer le rendement agricole. Daniel, quant à lui, se concentre sur la production laitière, la génétique et le bien-être animal. Sous leur gouverne, la ferme conserve un troupeau d’environ 35 vaches, tout en augmentant continuellement la qualité du lait.
« C’est par l’amélioration continue, l’écoute des conseillers, l’adaptation et l’investissement qu’on a réussi à se démarquer », a expliqué Daniel. Systèmes de ventilation optimisés, ajustements génétiques pour réduire les mammites, alimentation mieux contrôlée : rien n’a été laissé au hasard.
L’arrivée du système RTM (ration totale mélangée) et d’équipements pour un ensilage quotidien plus efficace illustre cette quête constante de performance. Leur rigueur leur permet d’atteindre des standards élevés, souvent reconnus par l’industrie. « Mais ça ne s’improvise pas du jour au lendemain, a nuancé Marc. Ce sont des années d’adaptation, d’essais, de remises en question. »
La décision de fermer, mûrie depuis deux ans
Aujourd’hui, à l’aube de leur retraite, ils sont fiers du chemin parcouru, tout en sachant que la fin des activités est inévitable. Marc n’a pas d’enfant. Daniel, père de trois jeunes enfants, préfère leur laisser le choix, plus tard, de revenir s’ils le souhaitent. « On va garder les terres, mais on n’imposera rien. Ils décideront par eux-mêmes », dit-il.
En attendant, la fermeture prochaine marque la fin d’une ère. « Travailler entre frères, ce n’est pas toujours évident, mais on a appris à bien se compléter. On avait chacun nos forces », a ajouté Marc. Une communication quotidienne entre les deux, dès la traite du matin, a permis de structurer le travail et de faire progresser la ferme sans heurts.
Si la fin approche, les souvenirs restent. Daniel garde en mémoire l’effervescence des premières années, la solidarité entre voisins, les défis relevés, les années de croissance du prix du lait. Mais aussi les menaces qui ont pesé sur la gestion de l’offre, un système qu’il défend durement : « C’est ça qui nous permettait de planifier, d’investir, de rembourser. J’espère qu’il sera maintenu pour les prochaines générations. »
Un message aux générations futures
Les frères lancent d’ailleurs un message aux jeunes qui envisagent de reprendre une ferme. « Allez voir ailleurs avant de vous lancer. Prenez le temps. Entourez-vous bien. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus d’outils qu’à notre époque, dit Marc. « Et n’oubliez pas que la gestion va être le nerf de la guerre, a complété Daniel. Il faut être à jour, remplir la paperasse, aller chercher les subventions. Ce n’est pas simple, mais c’est essentiel. »
La Ferme Gagnonval fermera ses portes, mais l’héritage de rigueur, d’innovation et de respect du métier qu’y ont laissé Marc et Daniel Gagnon demeurera bien vivant dans le paysage agricole beauceron.
Vous pouvez écouter l'entrevue vidéo réalisée avec Marc et Daniel Gagnon ci-dessus pour en savoir plus.
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