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14 mars 2018 - 15:04

Philippe Couillard a répondu à Jean-François Lisée sur l'aérospatiale

Dans une lettre ouverte, Philippe Couillard a apporté quelques précisions dans le dossier de l'aérospatiale face à Jean-François Lisée.

La voici :

J’ai lu avec intérêt votre lettre ouverte la semaine dernière et je me permets ici d’apporter quelques commentaires et correctifs. Je constate que vous vous opposez au développement de la C Series, au maintien des activités à Mirabel, qui représentent quelque 2000 emplois bien rémunérés jusqu’en 2041, au siège social de la C Series à Montréal, aux 40 000 travailleurs du secteur de l’aérospatiale, dont la C Series est la locomotive, ainsi qu’à la croissance de notre investissement collectif dans ce qui est le meilleur avion de sa catégorie.

Permettez-moi tout d’abord de revenir en arrière. En octobre 2015, Bombardier n’avait pas seulement besoin d’un investissement significatif : l’entreprise avait besoin d’un signal clair envers la C Series pour redonner confiance au marché. L’investissement du gouvernement du Québec est venu solidifier l’ensemble des activités de la compagnie et aura rassuré le marché concernant la viabilité du programme. Plus important encore, ce geste aura permis de confirmer deux commandes significatives de la part d’Air Canada et de Delta. Sans cet investissement stratégique — auquel vous et M. Legault étiez opposés —, il n’y aurait plus de C Series, probablement plus de Bombardier, et des milliers d’emplois directs et indirects dans un secteur essentiel de notre économie auraient été perdus.

Dès le départ, nous avons été clairs : pour compléter le programme des investissements totaux, quelque trois milliards de dollars seraient nécessaires et le gouvernement du Québec avait fait sa part. Il faudrait donc trouver un troisième partenaire et, entre-temps, Bombardier continuerait d’investir. Le marché des avions commerciaux est difficile à percer seul ou avec seulement un partenaire financier. Sans partenaire stratégique, la pérennité de la Société C Series était remise en question.

En avril 2017, la compagnie Boeing a déposé une plainte auprès du département du Commerce des États-Unis (DOC) et de la Commission du commerce international (ITC) demandant l’imposition de droits compensateurs et de droits antidumping à l’égard des C Series vendus aux États-Unis. Cette plainte a généré encore plus d’incertitude sur les marchés envers l’avenir de la C Series. Et la détermination préliminaire de droits de l’ordre de 300 % a fragilisé davantage le programme en lui fermant à toutes fins pratiques l’accès au marché américain.

En octobre dernier, il s’était écoulé plus de dix-huit mois sans commande significative pour la C Series. L’arrivée d’un partenaire stratégique s’avérait donc essentielle pour la poursuite du programme. Dans ce contexte, le partenariat que avons annoncé avec Airbus représentait (et représente toujours) la seule solution viable pour assurer l’avenir des 2000 emplois liés à la C Series, garantir la pérennité du programme et consolider non seulement les activités de Bombardier Aéronautique, mais aussi celles de l’ensemble de la grappe aérospatiale au Québec. Pour une deuxième fois, notre gouvernement a, seul, sauvé des milliers d’emplois de qualité, malgré le manque de soutien des oppositions envers les travailleurs concernés et leurs familles.

Airbus a mis au service de la C Series tout le poids de sa marque et sa force de vente. Il est venu rassurer les acheteurs potentiels, et de nouvelles commandes se sont ajoutées depuis. En combinant l’avion le plus innovant et performant de sa catégorie, créé et développé par le génie québécois, au poids et à la crédibilité d’Airbus, nous avons généré un nouvel élan. En alliant Bombardier au plus grand compétiteur de Boeing, une toute nouvelle dynamique s’est installée dans ce segment de marché qui devrait représenter un volume de près de 6000 avions au cours des vingt prochaines années.

Pour les travailleurs de Bombardier et de l’industrie, mais aussi pour l’ensemble des Québécois qui ont soutenu l’entreprise et le programme, nous avons mis toutes les conditions en place afin d’assurer le succès de la C Series. C’est avec en tête l’objectif d’assurer la croissance de l’industrie au Québec et celle de notre investissement collectif que nous avons pris cette décision.

Avec ce partenariat, nous avons prolongé de cinq ans, soit jusqu’en 2041, la durée de l’entente de continuité qui assure l’avenir des 2000 emplois à l’usine de Mirabel, en plus de maintenir le siège social de la société en commandite à Montréal. Par le fait même, nous avons consolidé la grappe de l’aérospatiale, qui compte aujourd’hui 40 000 emplois.

Le Québec est ainsi devenu le plus important pôle de développement d’Airbus en dehors de l’Europe, et les fournisseurs québécois pourront bénéficier non seulement d’une augmentation de leur volume de ventes pour la C Series, mais aussi d’opportunités de croissance en facilitant l’accès à la chaîne d’approvisionnement d’Airbus. Les entreprises qui m’ont accompagné à Toulouse ont pu constater l’immense potentiel que cela représente. Elles savent très bien que sans nos deux interventions, ce potentiel n’aurait tout simplement pas existé.

La ligne d’assemblage américaine de Mobile, en Alabama, ne servira qu’à desservir ce marché, alors que la ligne d’assemblage principale demeurera à Mirabel. Nous anticipons d’ailleurs que sa production augmentera à environ une centaine d’avions par année. De plus, si une ligne supplémentaire devenait nécessaire, elle sera installée prioritairement à Mirabel.

Toutefois, il ne faut pas faire abstraction du fait que la décision de la Commission du commerce international (ITC), qui donne raison à Bombardier face à la plainte de Boeing, ne concerne que la commande de Delta. Elle ne nous protège donc pas contre des plaintes similaires lorsque d’autres commandes seront confirmées sur le marché américain.

Dans ce contexte, je me permettrai de citer David Chartrand, coordonnateur québécois du Syndicat des machinistes (AIMTA), qui écrivait sur son blogue du Huffington Post Québec le 5 février dernier : « […] exiger de Bombardier et d’Airbus de renoncer à la ligne d’assemblage de Mobile en Alabama nous exposerait au risque de revivre la dernière année, mais avec la possibilité que la fin soit moins heureuse […]. Cette situation est frustrante et son constat difficile à accepter, mais à l’heure actuelle, il serait hypocrite, irresponsable et opportuniste de dire le contraire.  »

Avez-vous pris la peine de demander aux travailleurs ce qu’ils voulaient, comment ils vivaient cette période angoissante durant laquelle leur gagne-pain était menacé ? Je suis allé à leur rencontre. Je ne crois pas qu’ils vous aient vu sur le plancher de leur usine. À plusieurs reprises, je me suis rendu à Mirabel pour parler avec les travailleurs, pour les écouter et pour leur assurer que JAMAIS le gouvernement du Québec ne les laisserait tomber. Ces travailleurs et leurs familles savent très bien qui les a soutenus dans l’adversité. Ils savent aussi très bien, M. Lisée, qui ne l’a pas fait.

Philippe Couillard

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