LE SAVIEZ-VOUS ? Saurez-vous reconnaître à son chant cet oiseau à quatre sexes ?
Constituant l’une des espèces de passereaux les plus répandues et abondantes du Québec, facilement reconnaissable à son chant, souvent traduit par l’onomatopée « Où es-tu, Frédéric, Frédéric, Frédéric ? », le bruant à gorge blanche est particulièrement étudié chez les ornithologues en raison de la coexistence de deux formes distinctes de la même espèce nécessitant une reproduction croisée, un cas de figure peu fréquent dans le règne animal.
Ce phénomène rare a été étudié notamment par des scientifiques américains tels que B.H. Thorneycroft et Elaina Tuttle, dont une récente publication avait fait l’objet d’un article approfondi dans le magazine Nature en novembre 2016. La division de la population des bruants à gorge blanche en deux morphotypes, l’un présentant une couronne blanche et l’autre une couronne ocre, a souvent fasciné à cause de la reproduction croisée qui en résulte : les mâles d’un type s’accouplent presque toujours avec une femelle de l’autre type, et vice-versa.
« L’oiseau agit comme s’il avait quatre sexes. Un individu ne peut se reproduire qu’avec un quart de la population. Il y a très peu de systèmes sexuels avec plus que deux sexes », a expliqué le biologiste Christopher Balakrishnan dans l’entrevue réalisée pour le magazine Nature en 2016. Proche de la spécialiste américaine de ces oiseaux, Elaina Tuttle, il enseigne à l’université Caroline de l’Est de Greenville, en Caroline du Nord.
Dans un mémoire présenté à l’université Laval en 2008 sur le bruant à gorge blanche, Patrick Rousseau a mis l'accent sur ce polymorphisme du plumage en expliquant sa corrélation avec certaines différences comportementales. Alors que les bruants à gorge blanche et couronne blanche sont plus agressifs, polygames et mélodieux, les bruants à gorge blanche et couronne ocre sont davantage monogames, défendent leur progéniture contre les prédateurs et présentent un chant plus monotone.
La rareté de cette situation s’explique surtout par le fait qu’en nécessitant de chercher non seulement un individu de sexe opposé, mais aussi appartenant à l’autre morphe, ces oiseaux ont accentué le risque de ne pas trouver facilement de partenaire. Constituant l’un des bruants les plus répandus en été, avec son chant si facilement reconnaissable, ce passereau migrateur n’en finit pas moins d’occuper une place importante dans le paysage sonore du printemps québécois.
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