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15 octobre 2020 - 18:00

Portait

La chasse au féminin : Mylène Nadeau

Léa Arnaud

Par Léa Arnaud, Journaliste

Mylène Nadeau, 49 ans, a trouvé une passion lorsqu’elle a rencontré son conjoint et ne l’a jamais lâché depuis, cela fait maintenant 30 ans qu’elle chasse.

Cette résidente de Sainte-Elzéar a connu des années difficiles suite à un accident de travail en 2007, c’est dans sa passion qu’elle a trouvé la force de se battre, déterminant la chasse comme un allié à sa survie.

Comment avez-vous découvert la chasse ?
« J’ai commencé avec mon conjoint au début de ma vingtaine. Il n’y avait pas beaucoup de chasseurs dans ma famille.

Mon conjoint vient de la région de Montréal et on s'était connus par le travail. Quand il a emménagé ici il a amené ses armes et on a commencé à tirer un peu. Petit à petit, c'est devenu une passion, puis on fait du petit gibier, ensuite le chevreuil et quand j'ai chassé l'original c'était fini! C'est fou, c'est une passion pour moi la chasse à l’orignal, avec le dindon ce sont mes chasses préférées. 

C’est comme ainsi que ça a commencé et ça n’a jamais arrêté. »

Quelles sont les chasses que vous pratiquez ?
« J’ai fait pas mal toutes les chasses. Le petit gibier, l’ours, le dindon, le chevreuil, l’orignal, le coyote,  je pêche aussi un peu, mais pas beaucoup.

J’ai 3 enfants et pour nous c'était vraiment ça nos vacances, on partait une semaine à l’automne pour la chasse à l’orignal et on faisait le chevreuil au travers. Étant donné que j’avais un commerce, c'était plus facile la fin de semaine pour le chevreuil. Des fois on prenait aussi une semaine à l’ours au printemps.

Mais c'est fou quand on découvre la chasse tranquillement, c'est tellement plaisant! »

Est-ce que vous vous souvenez de votre première sortie de chasse ?
« La première année où j'ai chassé l’orignal, mes collègues ont tellement ri de moi. J'étais toute seule sur le bord d'un lac, c'était humide, et tout ce que j'entendais la journée longue c'était un hibou. Toute la journée.

Le soir quand on se réunissait, au bout de 4 jours, je leur ai dit “Je suis assez écoeuré d'entendre ce hibou” et là il y a eu un grand silence, tout le monde m'a regardé. Quelqu’un m’a dit “Il fait combien de coups ton hibou ?” J’ai répondu 3 coups et ils ont tous ri. En fait, c'était un jeune orignal qui faisait ce son-là.

Ça m’aura pris trois années avant que je ne le sache. 

Je me souviens aussi de la première chasse au gros gibier que j’ai faite, c’était l’ours. 

C'était inquiétant un peu, car je ne savais pas trop à quoi m’attendre. En plus, j’avais demandé à être en hauteur et finalement j'étais assise à terre, sur un tronc d’arbre qui était tombé là. On était sur la Côte-nord car un de nos amis avait une pourvoirie là-bas.

Quand on est allé voir, je surveillais surtout le côté d’où on m'avait dit qu'il arriverait. Mon cheum m’a donné une série de conseils “prends ton temps, respire comme il faut “ toutes les recommandations possibles et imaginables. 

Et là, je n’avais même pas eu le temps de m'asseoir  qu’il était là, l’ours était sorti. 

En fait, il était habitué, le soir quand on arrivait et qu'il entendait la porte du pick up claquée, il savait que son repas allait être servi. Mais ça a été tellement vite, je n’ai même pas chassé une demi-heure. Il était environ à 40 pieds quand je l'ai tiré, j'avais une ouverture de tir entre deux arbres. 

J’ai eu la piqûre tout de suite !

Ce qui m'a surpris le plus, c'est que quand on l’a vidé et qu'on a enlevé la peau... Ça ressemblait tellement à un humain ! On jurerait le corps d’un homme, ça m’a vraiment frappé, je ne m’y attendais pas. C'est très différent d’un chevreuil ou d’un orignal, eux ressemblent plus à une vache ou à un cheval.

Tout allait super bien par rapport à la chasse, jusqu'à cette partie-là, le débitage, ça refroidit un peu. »

Mais comment vous vous sentez après avoir abattu un animal ?
« Les sensations que tu as quand tu chasses c’est que t’es triste et t’es content. 

J’ai déjà travaillé avec des animaux avant, je travaillais dans une clinique vétérinaire donc j’ai déjà fait face à la mort. Mais là c'est moi qui prends une vie, c’est différent que d'être face à un animal qui souffre, c'est là que la tristesse embarque.

Après avoir abattu un gibier, tu es fier de toi parce que tu as réussi à obtenir ce que tu allais chercher, mais d’un autre côté tu as pris une vie. L'animal était plus beau debout quand on l’observait. 

C’est une drôle de sensation à chaque fois. Ça me le fait tout le temps d’année en année, je suis aussi contente que triste. Ça fait des drôles d’émotions, c’est chargé. 

Mes enfants ont tous été initiés à la chasse, mais il y a une de mes filles qui n’est pas capable. Elle est venue deux fois, elle a abattu des gibiers, alors oui elle est contente, mais quelque part ça ne passe pas. Pour elle, la tristesse est plus forte que la joie, mais elle nous accompagne et fait des photos. »

Cette activité vous permet-elle de vous détendre ?
« Oui en fait j'ai eu un accident de travail en 2007, je m'étais fait deux tendinites. Ça ne s’est pas guéri, car j'avais en fait une maladie au niveau des membres supérieurs, qui donne un signal de douleur constant. Les traitements ne sont pas évidents, c'est beaucoup de médicaments.

Mais j’allais toujours à la chasse!

Je suis déjà tombé en bas de mon stand, je n’étais pas là, je faisais simplement acte de présence. J’ai eu une dizaine d'années qui étaient vraiment difficile et parmi tous les loisirs que je faisais j'ai gardé que la chasse. 

En effet, comme il faut entretenir le terrain et les chemins, on va marcher et ce côté-là me forçait à sortir, ça me donnait de l'énergie et puis ça me permettait de me vider l'esprit. J'ai eu les mains longtemps dans des attelles, j'ai justement abandonné la chasse à l'arc après une dizaine d'années à cause de ça. Ça a été dur d'arrêter, j'ai finalement remplacé l’arc par l'arbalète, mais c'est moins plaisant de tirer avec. 

Après il y a des années ou je n’ai rien tiré, mais je n'ai jamais été déçue parce que j'ai toujours appris quelque chose, soit par d'autres chasseurs soit par des essais sur le terrain. 

Et puis il y a la chasse au dindon qui me fait mourir de rire. Il y a même certains call que je ne fais pas, car je pars à rire. 

J’ai écouté des émissions de chasse, aux États-Unis surtout et je trouve ça passionnant, mais quand j’entends roucouler, gobbler un dindon, je ne peux m'empêcher de rire. La première année que j’en ai chassé, j'ai eu de la misère à tirer, car les épaules me sautaient tellement je riais. C'est tellement plaisant. Je le compare beaucoup à l'orignal car tu lui parles, il va te répondre, etc. Moi je trouve ça vraiment le fun et la viande est très bonne. »

Et comment vivez-vous le fait d’être une femme dans un domaine plus souvent masculin ?
« Et bien les premières années c'était mal vu les femmes qui chassent, on entendait des mots pas très jolis comme “Bo-bonne à décider de sortir” “il a traîné son lave-vaisselle” et j’en passe… 

Il y a même seulement 10 ans c'était encore assez difficile de se faire une place. Personnellement, j’avais une entreprise et c’était comme ça aussi. Les milieux où c'est souvent des hommes on doit bûcher deux fois plus pour avoir la même chose.

Mais j'ai toujours été habituée à être dans ce genre de domaines. À force, ils restent surpris des résultats. 

Dans les femmes qui chassent, on est souvent de la même génération. 

C’était des femmes assez discrètes dans les regroupements et évènements de chasse. Certains disaient “Ah tu traines ton permis”, car il y a des hommes qui faisaient passer des formations à leur femme pour avoir un permis supplémentaire. Ainsi, ils pouvaient rapporter deux chevreuils au lieu d’un. Ça se fait encore aujourd'hui... 

Aujourd'hui ce qui aide beaucoup les filles qui chassent c’est internet, il y a notamment un regroupement de femmes qui s’appelle “les Chasseuses du Québec”. 

Moi je trouve que c’est encore plus plaisant de voir de plus en plus de femmes dans ce milieu.

Personnellement, j’ai fait une sortie de chasse juste avec ma fille une année, on a été chassé l’orignal et ça a super bien été. »

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