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Chronique Pier Dutil, par

27 janvier 2020 - 18:00

Groupe CANAM redevient propriété québécoise

GROUPE CANAM REDEVIENT PROPRIÉTÉ QUÉBÉCOISE

Le 20 janvier dernier, en annonçant la transaction par laquelle CMI (famille Dutil), la Caisse de Dépôt et Placement du Québec (CDPQ) et le Fonds de Solidarité FTQ venaient de racheter la part de 60 % détenue par le fonds d’investissement American Industrial Partners (AIP) dans le Groupe Canam, Marcel Dutil était heureux de proclamer que l’entreprise redevenait une propriété entièrement québécoise.

Une transaction surprenante

En 1984, dans le cadre du programme REA, le Groupe Canam Manac, comme il s’appelait à l’époque, est devenu une compagnie publique cotée à la bourse. L’action émise à 9,50 $ a connu un vif succès, atteignant une valeur d’un peu plus de 50 $. La direction a alors décidé de procéder à une subdivision de l’action (split en langage boursier) par laquelle chaque actionnaire recevait trois actions pour chacune des actions détenues à ce moment.

En 1986, lors d’une deuxième émission, les nouvelles actions ont été émises à 15 $, mais elles n’ont pas connu le même succès que celles de la première émission.

Après plusieurs années de vie publique, Marcel Dutil ne se gênait pas pour affirmer que la décision de rendre la compagnie publique avait été l’une de ses pires décisions. Dès lors, il rêvait de racheter toutes les actions pour privatiser l’entreprise. Mais, pour réaliser une telle transaction, il fallait disposer de beaucoup de «cash», ce qui n’était pas le cas à l’époque.

En 2017, la direction du Groupe Canam s’est tournée vers un partenaire avec lequel elle avait déjà réalisé une telle transaction chez Manac, le fonds American Industrial Partners. Dans ce cas, AIP possédait 50 % et les autres partenaires québécois en détenaient autant. Quand on est à parts égales, les décisions doivent se prendre avec l’accord des deux parties.

Ce qui m’avait personnellement surpris dans la transaction de 2017 entre AIP et le Groupe Canam, c’est que le partenaire américain devenait actionnaire majoritaire à hauteur de 60 %. Ce n’était pas dans les habitudes de Marcel Dutil de se retrouver minoritaire. Mais c’était le prix à payer pour que Groupe Canam redevienne une compagnie privée et cette transaction était considérée comme une étape à franchir, car, déjà, Marcel Dutil prévoyait le rachat de la participation d’AIP dans une perspective d’environ cinq ans.

La belle mariée devenue Germaine

Après un peu plus de deux ans seulement, Marcel Dutil a décidé de reprendre les rênes de l’entreprise, du moins pour la partie canadienne.

Dans une entrevue accordée au journaliste de LaPresse+, Jean-Philippe Décarie, Marcel Dutil explique pourquoi il a pris cette décision : «La belle fille que j’ai mariée en 2017 est vite devenue une Germaine dont j’ai décidé de divorcer cet été.»

Voilà qui explique tout. AIP possédait 60 % de l’entreprise et était alors un actionnaire majoritaire. Quand tu es majoritaire dans une entreprise, c’est toi qui tiens le gros bout du bâton et tu peux te permettre d’imposer tes décisions aux autres actionnaires minoritaires. Marcel Dutil n’était à l’aise dans cette situation.

Un fonds de placement qui prend ses décisions dans une tour à bureaux de New York n’a pas nécessairement la même vision qu’un propriétaire qui vit à proximité de ses employés.

Lorsque la transaction de 2017 avait été annoncée, la participation majoritaire d’AIP avait semé beaucoup d’inquiétude auprès des employés et de plusieurs leaders économiques beaucerons et québécois qui craignaient de voir un autre fleuron québécois passer entre des mains américaines. Malgré les propos rassurants de Marcel Dutil, l’inquiétude persistait.

Une entreprise milliardaire 

En rachetant la part de 60 % d’AIP pour une montant de 840 M$, la valeur du Groupe Canam s’établit à 1,4 G$. La petite usine de St-Gédéon, qui a fabriqué sa première poutrelle d’acier en 1961, est devenue une grande entreprise qui regroupe plus de 4 900 employés dont 800 à St-Gédéon et près de 200 dans les bureaux de St-Georges.

Elle dispose également d’usines à Québec, Boucherville, Laval, Shawinigan, Mississauga et Calgary, de même que des bureaux d’ingénierie à Brasov en Roumanie et Kolkata en Inde. La récente transaction inclut également deux usines américaines, soit celles de Stonebridge au New Jersey et de Claremont au New Hampshire.

AIP demeure partenaire à hauteur de 60 % dans les usines américaines appartenant aux filiales Canam Steel Corporation et Fabsouth.

Un fier beauceron

À 77 ans, au lieu d’investir des centaines de millions de dollars, Marcel Dutil aurait pu se contenter de vendre la part de la famille et encaisser des millions. Il aurait ainsi pu s’assurer une vie fort confortable de même qu’à tous les membres de sa famille et des générations futures.

Penser ainsi serait bien mal connaître l’entrepreneur Marcel Dutil qui a encore des projets plein la tête. J’espère que l’un de ses projets sera de permettre la rédaction d’un livre racontant l’histoire unique de cet homme d’affaires qui n’a jamais renié ses origines beauceronnes.

Avec la famille Dutil et ses partenaires québécois aux commandes, Groupe Canam est entre bonnes mains pour notre plus grand bonheur.


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