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12 mars 2007 - 09:51

Le qigong (chi kung), une célébration de la vie

Le qigong, considéré comme un trésor de la culture chinoise, consiste en tout entraînement ou étude en rapport avec le qi (énergie vitale) requérant des efforts soutenus sur une grande période de temps (gong). En Chine, il en existerait plus de deux mille formes différentes pouvant être regroupées selon leur utilité dans le développement artistique, philosophique ou spirituel, martial et médical. Ces catégories ne sont pas mutuellement exclusives; À titre d’exemple, prenons le taijiquan (tai chi), une forme martiale de qigong, qui fut introduit dans la médecine chinoise.

Que sont « qi » et « gong »?
Avant de parler du qigong, il serait bon de s'attarder séparément sur les deux notions que sont « qi » et « gong » afin de mieux comprendre de quoi il retourne. Nous pouvons dire qu'une large part de la culture chinoise traditionnelle repose sur les développements associés à la notion de « qi ». Un des plus vieux livres chinois, le Yi Jing ou Livre des mutations, en décrit le comportement depuis des millénaires. Ses applications peuvent rejoindre n'importe quelle activité quotidienne de la vie courante dont la médecine et les arts martiaux.

« Qi » est associé au monde de l'invisible, c'est un principe à la base de la vie et du fonctionnement de l'univers. Nous le retrouvons tant au sein de la relation intime se déroulant entre les particules sub-atomiques qu'au niveau de l'évolution des galaxies. Entre les deux pôles de ce continuum incluant l'homme et toute la nature, qi prendra des significations variables selon le contexte dans lequel il est employé.

Il n'existe pas en français de correspondance directe pour cet idéogramme (celui du haut dans l’illustration), ni dans les autres langues occidentales d'ailleurs. Cependant, quand il est question de ce qui ne peut pas se voir, de ce qui supporte l'univers et de l'essence de la vie, nous traduisons approximativement « qi » par « air », « souffle » ou, le plus communément, par « énergie ».

« Gong » est communément employé comme abréviation pour « gong fu » (kung fu). Si nous décomposons l’idéogramme du bas de l’illustration, nous constatons qu'il est constitué de deux parties. la première fait référence à un travail , un labeur associé à une construction ou un projet. Avec le temps, il en est venu à signifier habileté et dextérité. La deuxième partie est associée à des mots comme force, effort, intensité, vigueur, vertu, valeur, résistance, endurance, résolution et ténacité. La combinaison de ces deux caractères renvoie à des expressions comme ' énergie et temps ', force du travail, endurance du travail, travail accompli.

Nous pouvons également y rattacher des notions comme celles d'un acte méritoire, d'un accomplissement, d'un résultat obtenu et celles regroupant la recherche des principes impliqués dans l'exécution d'une tâche. Sous la rubrique « gong », nous retrouvons donc tant une notion de maîtrise que celle du long processus d'entraînement pour y arriver; d’où la citation en épigraphe. Gardant cela présent à l'esprit, nous pouvons traduire cet idéogramme par travail, art, entraînement, pratique ou réalisation.

Revenons au qigong
Quoique relativement plus développé en Chine, quelques autres peuples ont également connu ce genre de travail énergétique sous d'autres noms et d'autres formes. Citons ceux de l'Inde et du Tibet à titre d'exemples. Environ 80 millions de Chinois pratiqueraient quotidiennement cette activité; ce qui représente approximativement 6 à 7% de la population actuelle de ce pays.

La lecture de quelques ouvrages révèle une variabilité au niveau des références historiques le concernant. Je suis porté à croire que cela est en partie attribuable à une question de points de vue, étant donné la diversité des formes que peut revêtir cette discipline. Certains documents en font remonter l'origine primitive à 4,000 ans en Chine alors que selon l’archéologie, il serait possible de reculer jusqu’à 8,000 ans en Égypte et en Mésopotamie. Le plus vieil écrit chinois (gravures sur une pièce de jade) connu à ce jour date de 2,500 ans. On possède aussi des illustrations sur soie de la dynastie occidentale des Han (-206 à 24 de notre ère). Jadis, la pratique de cette discipline était très liée à la vie elle-même. On la désignait par l'expression ' yang sheng fa', c'est à dire méthode pour nourrir, prendre soin de la vie.

Tout en se diversifiant dans une multitude de formes tant au niveau médical que martial, le qigong s'acquitte de sa tâche d'une manière qui lui est propre. En médecine chinoise, il fait partie de la gamme d'interventions au même titre que la diététique, la pharmacopée, l'acupuncture, les massages et la psychothérapie. Comme eux, il vise un retour à l'équilibre au niveau de la circulation énergétique en travaillant sur l'harmonisation des diverses composantes de notre corps, de la respiration et de la pensée.

Normalement, dans le développement de ce processus, il s'en suit une intégration proportionnelle de la personne dans son milieu environnant. Pour simplifier, les qigong médicaux peuvent être considérés comme des formes d'acupuncture sans aiguilles. De fait, ils sont à l'origine de cette discipline qui daterait d'environ 3,000 ans.

C'est d'ailleurs par l'entremise de l'acupuncture que les divers modes chinois d'intervention énergétique ont commencé à être connus de l'occident sur une vaste échelle vers le début des années '70. A l'heure actuelle, une forme ou une autre de qigong fait partie des cours optionnels de certaines facultés de médecine aux États-Unis et dans l'ouest du Canada. Plusieurs cliniques spécialisées dans le traitement du stress et de la douleur chronique l'incluent maintenant dans leur arsenal thérapeutique.

Ayant débuté en 2000 au CLSC Beauce-Sartigan, diverses formes de qigong sont encore enseignées au Centre de santé et de services sociaux de Beauce. Sa pratique est particulièrement indiquée pour les gens souffrant d’anxiété, d’humeur dépressive et de douleurs chroniques. Son introduction dans une approche intégrée du traitement du cancer fera l’objet d’un article en soi.


Claude Fournier
Courriel : [email protected]

Claude Fournier est clinicien au Centre de santé et de services sociaux de Beauce où il enseigne le qigong et le taijiquan. Un partenariat avec la Fondation du cœur Louis-Georges Fortin et Accueil-Sérénité lui permet de transmettre ces enseignements à des personnes respectivement atteintes de maladies cardiaques et pulmonaires et de cancer.

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