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Pier Dutil

J'haïs les grèves

durée 18h00
27 novembre 2023
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par Pier Dutil

Le droit de grève existe dans notre société depuis des décennies et il est tout à fait légitime de l’exercer pour les travailleurs syndiqués qui y ont recours.

Je trouve déplorable que l’on doive en arriver là avant de finir par s’entendre pour déterminer ses conditions de travail. C’est une mesure extrême, parfois nécessaire, je le reconnais, mais, finalement, ça ne profite réellement à personne et c’est pourquoi j’haïs les grèves.

Pourquoi?

En décrétant une grève, les syndiqués espèrent nuire à la partie patronale et ainsi faire pression afin d’obtenir de meilleures conditions, ce qui est tout à fait normal.

Mais dans le secteur public, la partie patronale, c’est le Gouvernement, donc les élus, principalement ceux du parti au pouvoir. Or, ces élus ne souffrent pas directement de la grève. Bien sûr ils subissent une certaine pression, on les apostrophe de diverses manières, mais, dans l’ensemble, ils ne sont pas directement touchés.

C’est différent dans le domaine privé où une grève affecte et peut même menacer la survie d’une entreprise. Les patrons sont directement touchés et doivent souvent assumer des pertes importantes.

Nombreuses victimes

Les grèves des employés de l’État que nous observons présentement au Québec ont des impacts majeurs sur les finances de centaines de milliers de personnes.

D’abord et avant tout, les grévistes voient leur salaire coupé. Et plusieurs ne possèdent pas de fonds de grève, donc n’ont plus de revenus. Même ceux qui disposent d’un fonds de grève ne reçoivent pas un salaire équivalent à celui qu’ils retirent en travaillant. De ce côté, les syndiqués grévistes sont perdants, mais ils connaissaient ces conditions au moment de prendre un vote de grève.

En santé, les patients sont également des victimes de ces grèves. Les examens et les interventions reportées font subir un stress supplémentaire aux malades et il se pourrait même que certains aient à subir une détérioration importante de leur état de santé.

En éducation, les étudiants risquent de perdre de nombreux jours qui, s’ils ne sont pas repris ultérieurement, les priveront de connaissances nécessaires à leur formation. Quant aux parents, ils doivent faire preuve de débrouillardise pour s’occuper de leur progéniture qui se retrouve à la maison. Plusieurs devront prendre des journées de congé qui pourraient ne pas être rémunérées, ce qui occasionnera des pertes de revenus importantes qui affecteront le budget familial déjà serré en cette période de forte inflation et de taux d’intérêt élevés.

L’économie en général sera affectée par les grèves. Les pertes de revenus subies par les grévistes et les victimes collatérales finiront par se répercuter dans les divers commerces qui comptaient sur la période de Noël pour se refaire. 

Et pendant tout ce temps, les élus, comme les dirigeants syndicaux, continuent de recevoir leurs salaires.

Plus que les salaires

Dans le conflit actuel, on entend principalement parler des salaires. Pourtant, les conditions de travail sont tout aussi importantes.

On le voit notamment chez les infirmières et chez les professeurs où il existe une importante pénurie d’employés. De mauvaises conditions de travail font en sorte que la relève n’est pas attirée vers ces professions. Et, malheureusement, il est impossible de cloner des infirmières et des professeurs. Comme le veut l’adage, on n’attire pas des mouches avec du vinaigre.

J’ai un faible

Je dois vous avouer que, présentement, j’ai un faible pour deux groupes en particulier : les infirmières et les professeurs.

Durant la pandémie, nos dirigeants ne manquaient pas de mots pour louanger le personnel médical. On qualifiait tout ce beau monde «d’anges gardiens». Mais saviez-vous que les infirmières du Québec sont parmi les moins bien payées au Canada?

Une infirmière bachelière (3 ans d’université) gagne 52 988 $ à ses débuts, comparativement à 73 963 $ pour sa consoeur ontarienne et 73 359 $ pour la moyenne des infirmières canadiennes.

Durant les années de Gaétan Barrette au ministère de la Santé, ce dernier avait consenti des augmentations allant de 25 à 50 % aux médecins et spécialistes sous le prétexte que la rémunération de nos médecins devait se comparer à celle de leurs confrères et consoeurs de l’Ontario et du reste du Canada. Pourquoi ne devrait-on pas faire la même chose pour nos infirmières? Ce qui est bon pour pitou devrait aussi être bon pour minou.

Quant aux professeurs, même s’ils ont bénéficié d’un certain rattrapage salarial en 2021, leurs conditions laissent encore à désirer. La situation dans les classes ne cesse de se détériorer avec un nombre croissant d’élèves en difficulté. Les cas de violence subis par les professeurs ne sont plus des exceptions. Et, malheureusement, les professeurs doivent subir la colère des parents qui sont convaincus que leurs petites merveilles sont des anges, même si, parfois, il s’agit d’anges cornus.

Quand j’entends les parents témoigner leur appui aux professeurs durant les grèves actuelles, je me demande pourquoi les professeurs ne bénéficient pas d’un tel appui durant l’année scolaire?

Finalement, même si je reconnais la légitimité du droit de grève, je persiste et je signe : j’haïs les grèves à cause des nombreuses victimes qu’elles font. Mais je n’haïs pas les grévistes.

En terminant, j’aimerais mentionner que pour chaque journée de grève des employés de l’État, ce dernier économise de 135 à 150 millions de dollars.

Pensée de la semaine

Je dédie la pensée de la semaine à tous les grévistes :

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