Ville de Beauceville
Un quartier affecté par de l'air «caoutchouteux»
« Depuis les deux dernières années, la situation semble s’être aggravée, Ces odeurs sont devenues très difficiles à supporter », ont fait savoir Chantal Poulin et Richard Duval.
D'après le ministère de l'Environnement, l'usine de Royal Mat n'aurait enregistré «aucun manquement» sur la qualité de l'air, selon les paramètres de la Loi.

Par Sylvio Morin, Chef des nouvelles
Des résidents du district 4, attenant au parc industriel de Beauceville, commencent à en avoir marre des odeurs de caoutchouc «très difficiles à supporter», qui proviendraient de l'usine de recyclage de pneus Royal Mat.
En tout cas, un couple résidant sur la 179e rue, non loin des installations, a entrepris de mettre en lumière cette problématique.
« Depuis les deux dernières années, la situation semble s’être aggravée (...) Ces odeurs sont devenues très difficiles à supporter et soulèvent de sérieuses inquiétudes concernant la qualité de l’air et les impacts possibles sur notre santé », a fait savoir Richard Duval, dans une lettre qu'il a lue à la séance du conseil municipal du 1er juin, et co-signée par sa conjointe, Chantal Poulin.
« Malheureusement, dans notre quotidien, il arrive encore régulièrement que nous devions garder les fenêtres fermées et même arrêter l’échangeur d’air, parfois durant la nuit, en raison des odeurs », a poursuivi l'homme d'affaires du secteur de l'imprimerie.
Rencontré à domicile par EnBeauce.com, le couple a confirmé que c'est lorsque le nordet souffle (vent du nord-est) que la situation est à son paroxysme. Les odeurs sont à la fois un mélange de caoutchouc brûlé, et de soufre.
Cela est entièrement compatible avec le procédé utilisé par l'entreprise pour recycler les pneus et en faire principalement des tapis industriels. En effet, la vulcanisation est un processus de cuisson du caoutchouc avec du soufre, qui génère des fumées complexes dont la composition varie selon la formulation du matériau. Ces émanations industrielles nécessitent un système d'extraction adéquat pour préserver la qualité de l'air.
« Il y a des fois, c'est tellement intense que ça nous brûle quasiment les poumons », d'affirmer M. Duval. Et les émanations se font sentir « à l'année longue, même les fins de semaine», d'ajouter Chantal Poulin.
Aucun manquement sur la qualité de l'air
Depuis 2023, 11 signalements — dont deux envoyés cette année par Chantal Poulin — concernant les odeurs provenant de l'usine de Royal Mat ont été reçus par le ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changement climatiques, de la Faune et des Parcs.
«Les renseignements reçus jusqu’à maintenant n’ont pas été suffisants pour établir un manquement à l’article 20 de la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE) », a fait savoir Frédéric Fournier, porte-parole du ministère pour la région de Chaudière-Appalaches, dans un message courriel à EnBeauce.com.
Il confirme aussi que l'entreprise a reçu, entre 2015 et 2023, trois sanctions en provenance du ministère: deux de 2 500 $ relativement aux aires d’entreposage des pneus, et une autre de 3 500 $ pour l’entreposage de matières dangereuses résiduelles à l’extérieur.
Par ailleurs, l’entreprise a été déclarée coupable, le 4 mars 2025, par voie de tribunal, d’avoir entreposé des pneus hors d’usage dans des aires non autorisées, sans avoir modifié son autorisation au préalable. La compagnie a dû verser une amende de plus de 38 000 $.
Toutefois, sur la qualité de l'air, il n'y a eu aucun manquement constaté selon les paramètres de la LQE. Frédéric Fournier a rappelé que son ministère assure un suivi serré des signalements à caractère environnemental qui sont transmises par les citoyens.
Solution plutôt que confrontation
En suivi à la plainte officiellement déposée le 24 avril, par le couple Poulin-Duval, et l'intervention à la période des questions de la séance du 1er juin, le maire de Beauceville, Patrick Mathieu, a confirmé qu'il avait entrepris les démarches de communication avec le ministère de l'Environnement pour un premier constat du dossier.
« Je suis présentement en "acquisition de connaissances" pour avoir l'heure juste dans ce dossier, a confié l'élu lors d'un entretien téléphonique. Je suis très sensible à ce problème d'odeurs nauséabondes, mais je veux aussi savoir si Royal Mat est dans les règles. Je ne veux pas débarquer en mode confrontation mais plutôt en mode solution. »
C'est justement un plan d’action concret qui est demandé par Chantal Poulin et Richard Duval afin de protéger les citoyens concernés. « Plusieurs d’entre nous avons acheté nos propriétés bien avant l’arrivée de cette usine. Nous croyons donc qu’il est raisonnable de s’attendre à pouvoir profiter d’un environnement sain et respirer un air de qualité », ont-ils signifié.
Enfin, signalons qu'aucun pote-parole de l'entreprise Royal Mat n'a retourné l'appel ni répondu au message courriel d'EnBeauce.com pour commenter la situation.
