Le maire, Alex Veilleux, confirme qu'aucune démarche sérieuse n'a été entamée par un promoteur ou un organisme, alors qu'une pétition citoyenne demande à la Municipalité de reporter toute décision de démolition.
« Il n'y a rien qui a bougé. Dernièrement, j'ai reçu un appel d'un citoyen qui regardait pour peut-être monter un projet, mais c'était vraiment embryonnaire », a indiqué M. Veilleux à EnBeauce.com. Le maire écarte d'emblée l'idée de simplement conserver le bâtiment sans lui trouver de nouvelle vocation, une option qu'il dit avoir déjà explorée dans le passé.
« On aurait pu avoir la conservation dans le sens où l'on garde le bâtiment comme ça, on ne l'utilise pas, puis ça devient comme une grosse statue dans la municipalité. Il y a certaines municipalités qui font ça en attendant un projet, mais nous, les projets, on les a déjà eus dans le passé. On ne va pas attendre un autre projet de transformation, parce que de toute façon, la municipalité ne peut pas le faire elle-même. Il fallait que ça vienne des citoyens, il fallait que ça vienne du privé, puis là, il n'y a personne qui se manifeste. »
Les démarches de démolition déjà entamées
Faute de repreneur d'ici la fin octobre, la Municipalité a commencé à préparer les étapes menant à la démolition de l'église. « On a déjà commencé les démarches, à voir comment ça se faisait. On a regardé les compagnies qui font ça, parce que ce n'est pas n'importe quelle compagnie qui défait une église », a expliqué le maire, précisant qu'un plan d'architecte est également requis pour procéder. Le dossier devra aussi être soumis au comité de consultation d'urbanisme de la MRC, l'église étant inscrite au patrimoine.
« Il faut réussir à les convaincre que nos démarches sont légitimes. Sûrement qu'on va avoir des embûches qu'on ne connaît pas, vu que ce n'est pas une pratique qui se fait souvent, donc c'est dur d'obtenir l'information », a-t-il ajouté, précisant que la Municipalité travaille aussi avec son avocat sur le dossier.
Sur le plan financier, l'estimation initiale de 300 000 $ pour la démolition pourrait être revue à la hausse. « Ce qu'on avait estimé au tout départ, on parlait plus de 300 000 $. Après ça, quand on a refait des recherches avec les compagnies qui seraient peut-être intéressées à le faire, ça serait plus autour de 300 000 $ à 500 000 $. Mais encore là, il n'y a personne qui est venu sur le terrain jusqu'à présent », a nuancé M. Veilleux, ajoutant qu'une visite éventuelle des lieux par une entreprise spécialisée pourrait encore faire varier les coûts.
Une pétition lancée pour freiner la démolition
Une pétition en ligne, lancée par Rose-Marie Poulin (dont la mère avait pris la parole lors de la consultation publique du 21 avril pour plaider la préservation du bâtiment), demande à la Municipalité de reporter toute décision de démolition tant qu'une option de financement réaliste n'aura pas été explorée, et de reconsulter la population avant de passer à l'étape suivante. Le texte réclame également que le gouvernement du Québec réactive ses programmes d'aide à la restauration du patrimoine religieux, qui permettraient selon les signataires de financer la réhabilitation minimale déjà chiffrée à 600 000 $.
« Construit avec acharnement par des générations de familles modestes, cultivateurs, bûcherons, des gens du terroir, ce bâtiment témoigne d'une époque où la force de travail et le dévouement étaient la seule monnaie d'échange », peut-on y lire.
De son côté, le maire dit accueillir cette initiative sans animosité, tout en réitérant qu'aucune option intermédiaire viable n'a été trouvée. « Je suis entièrement conscient que pour certaines personnes qui ne prennent pas le temps de tout calculer, c'est comme si on était là pour démolir leur patrimoine. Dans une autre entrevue, j'ai justement mis l'accent sur le fait qu'aucun des conseillers, au début du mandat, ne pensait se rendre jusqu'à cette démarche-là. Mais quand on a commencé à avoir les chiffres, puis les non-possibilités de faire quelque chose de non coûteux, il n'y a pas deux options. Ou tu la gardes et tu acceptes de payer sans arrêt, ou tu la détruis. Il n'y a rien entre les deux », a-t-il fait valoir.
Interrogé sur l'option médiane évoquée par quelques citoyens, M. Veilleux la ramène au statu quo actuel, qu'il juge intenable à terme. « Ce qu'elle demande, dans le fond, c'est de pas détruire l'église et de la conserver. C'est le statu quo : on la garde, on paie 54 000 $ par année, et éventuellement, il va falloir mettre de l'argent dès que les vitres ou le toit vont laisser l'eau rentrer. On ne peut pas utiliser la grande partie du bâtiment, parce qu'elle n'est pas assurable. »
Selon lui, cette option de conservation pure n'a recueilli que peu d'appuis lors des consultations tenues avec la population.
À moins d'un projet de reprise déposé d'ici le 29 octobre, la Municipalité de Saint-Benjamin entend donc poursuivre les démarches déjà amorcées en vue d'une démolition, dont le coût final ne pourra être confirmé qu'une fois une entreprise spécialisée passée sur les lieux.