Selon Rose-Marie Poulin
Saint-Benjamin: un délai jugé trop court pour sauver l'église
Rose-Marie Poulin, à l'origine de la pétition demandant un report de la démolition de l'église de Saint-Benjamin, a publié une réplique aux propos tenus par le maire Alex Veilleux dans un article récent d'EnBeauce.com.
Elle y conteste la façon dont ses démarches ont été présentées et rappelle l'historique d'un dossier dans lequel, dit-elle, sa famille est engagée depuis 15 ans. « Mes parents se batt[ent] pour la cause depuis 2010 », précise-t-elle, ajoutant que sa parole « ne sert qu'à témoigner pour ceux qui se sont essoufflés, ceux qui se sont battus puis résignés après de nombreuses années ».
Le cœur de sa réplique porte sur l'interprétation que fait le maire de sa pétition. Selon elle, celui-ci l'a présentée comme une demande de statu quo, soit de garder l'église et continuer d'en payer l'entretien sans rien en faire. « Ce n'est pas ce que la pétition demande », tranche-t-elle, citant le texte original : « Nous demandons à la Municipalité de Saint-Benjamin de reporter toute décision de démolition tant qu'une option de financement réaliste n'a pas été explorée et de reconsulter la population avant de passer à l'étape suivante. »
Elle reconnaît que la conservation pure du bâtiment, aux frais des contribuables, n'a recueilli que peu d'appuis lors de la consultation publique du 21 avril dernier, à laquelle une soixantaine de personnes avaient assisté. Mais elle rappelle que la majorité s'était alors prononcée en faveur d'une vente, et non d'une démolition, une lecture qu'elle attribue au maire lui-même, qui avait résumé la consultation en indiquant qu'une grande majorité souhaitait se départir de l'église « tout en essayant de conserver le bâtiment grâce à un tiers ».
« La vendre, pas la détruire », insiste-t-elle. « Pourtant, la Municipalité a déjà commencé à préparer la démolition, avant même la fin de l'appel de projets. »
Un délai jugé trop court
Rose-Marie Poulin s'en prend également à l'échéancier fixé par le conseil municipal pour trouver un repreneur. « Moins de cinq mois pour trouver un repreneur, monter un financement et un projet sur un bâtiment patrimonial, c'est très peu », fait-elle valoir, déplorant l'absence d'accompagnement actif pour aider un promoteur ou un organisme à but non lucratif à s'organiser dans ce délai. « Si elle ne se vend pas entre juin et octobre, on déduit que les citoyens sont d'accord pour la détruire », craint-elle.
La réplique revient longuement sur un chapitre plus ancien du dossier. Selon Rose-Marie Poulin, un comité de revitalisation avait redessiné, en 2022, un projet de réhabilitation plus modeste que celui de 2019, dont les coûts avaient grimpé de 3,7 millions à près de 4,3 millions de dollars entre 2019 et 2021. Pour cette version allégée, Québec aurait promis 2,8 millions de dollars sur 3,7 millions, avec un programme pouvant couvrir jusqu'à 83 % des coûts admissibles ; la MRC des Etchemins aurait confirmé 136 000 $, Desjardins aurait été sollicité et des investisseurs privés se seraient montrés intéressés.
Il aurait manqué environ 490 000 $ pour boucler le montage financier, avec l'objectif d'un coût nul pour les contribuables. C'est dans le cadre de ce projet, précise-t-elle, que l'église aurait été cédée à la Municipalité pour 1 $ et désacralisée, une exigence liée au financement provincial selon l'ancien maire. Le conseil de l'époque aurait toutefois mis un frein au projet en 2023, et le règlement d'emprunt aurait été annulé en 2024. « Je ne prétends pas que ce projet aurait forcément abouti. Mais on était à quelques centaines de milliers de dollars du but. La question n'est pas de savoir si c'était possible, mais pourquoi on a arrêté d'essayer », écrit-elle.
Des besoins criants, dit-elle, ailleurs comme au village
Rose-Marie Poulin oppose enfin le projet de démolition à un autre chantier inscrit au plan d'immobilisations de la Municipalité : une nouvelle installation pour l'Office des terrains de jeux (OTJ), évaluée à 2,5 millions de dollars et prévue pour 2028, sous réserve d'une subvention. « On sait donc aller chercher de l'argent pour du neuf. Pourquoi pas pour ce qui existe déjà ? », demande-t-elle, rappelant que la démolition de l'église coûterait pour sa part entre 300 000 $ et 500 000 $. Une facture que la vente de terrains pourrait en bonne partie compenser, selon les estimations du maire.
Elle souligne aussi des besoins plus immédiats en matière d'espaces communautaires. Selon elle, le chauffage aurait été coupé dans la salle Daniel-Lessard, le seul espace encore utilisable du bâtiment, ses activités pouvant alors être transférées à l'édifice municipal. Or, dit-elle, il faudra inévitablement investir quelque part car il serait difficile de loger, tous en même temps, dans l'hôtel de ville, le service de garde, le local de l'âge d'or, les célébrations religieuses, le bureau de poste et une bibliothèque, sans compter des démarches déjà entamées pour y déplacer aussi le bureau de poste et y installer celui du maire.
En terminant, elle reconnaît qu'une partie de la population est lasse d'entendre parler du dossier après tant d'années, mais plaide pour qu'une décision aussi définitive ne se prenne pas par lassitude. « Un patrimoine appartient aussi à ceux qui arrivent », écrit-elle, en insistant sur ce que représenterait, selon elle, l'absence d'église pour l'identité future du village.
Pour rappel, Rose-Marie Poulin a lancé une pétition dans le but de préserver l'église, le dimanche 20 septembre. À l'heure d'écrire cet article, cette dernière comptait 408 signatures. Il est possible de lire la réponse intégrale de Rose-Marie directement sur le lien de la pétition en cliquant ici.
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